Recrutement à l’international: un nouveau souffle pour les entreprises en région


Édition du 07 Septembre 2022

Recrutement à l’international: un nouveau souffle pour les entreprises en région


Édition du 07 Septembre 2022

Par Ruby Irene Pratka

Ann Gervais, conseillère en main-d’œuvre et immigration du Centre local du développement (CLD) de Rouyn-Noranda (Photo: courtoisie)

RECRUTEMENT. Au début du siècle dernier, l’Abitibi avait besoin de bras, et des travailleurs de l’Europe de l’Est ont répondu à l’appel. Aujourd’hui, les entreprises doivent encore regarder au loin. « Pour plusieurs d’entre elles, l’immigration fera la différence entre la survie et la fermeture », observe Ann Gervais, conseillère en main-d’œuvre et immigration du Centre local du développement (CLD) de Rouyn-Noranda.

Leurs besoins sont criants et variés – des soudeurs aux éducatrices en passant par des cuisiniers. Depuis juin, en collaboration avec la Ville de Rouyn-Noranda, le CLD offre plusieurs services aux PME qui comptent recruter à l’étranger. L’initiative vise à « démocratiser » l’embauche à l’international, à travers des missions de recrutement collaboratives, des ententes de groupe avec des recruteurs, un service de référence et des formations.

La Ville et le CLD ont également publié un livret portant sur les bonnes pratiques en matière d’accueil des nouveaux arrivants. Selon Ann Gervais, les entreprises qui intègrent bien des travailleurs étrangers réussissent parce que toute l’équipe s’implique pour présenter les façons de faire ou prêter une oreille attentive à ce que leurs collègues vivent. « Des fois, les petits gestes font la différence. »

 

L’importance de la préparation

L’accueil d’un travailleur étranger ne se limite pas aux démarches de visa et à la réservation de vols. Céline Gélinas est consultante en immigration à l’Agence de placement en développement international (APDI), qui facilite entre autres la venue des travailleurs du Burkina Faso en Abitibi. Elle souligne que le trajet de huit heures entre Montréal et l’Abitibi représente une occasion en or pour des échanges interculturels. Puis, une fois arrivés dans leur nouveau milieu de vie, l’ADPI « amène même les travailleurs à l’épicerie pour qu’ils puissent voir à quoi ça ressemble ». 

Si une entreprise n’a pas les capacités de fournir du soutien à l’intégration à l’interne ou d’embaucher une firme spécialisée, Ann Gervais et Céline Gélinas lui suggèrent de se tourner vers les organismes locaux d’accueil aux immigrants. Quiconque a déménagé quelque part sans y connaître personne se souviendra de la solitude des premiers mois, qui peut nuire à la santé mentale et au rendement au travail. « L’employeur n’est pas responsable de la vie sociale des employés, mais des organismes peuvent aider », note Céline Gélinas.

 

Une expérience beauceronne

Près de 1000 kilomètres au sud de l’Abitibi, l’histoire se répète dans des usines de la Beauce. Au point où, il y a cinq ans, PME Partenaires, une firme spécialisée en ressources humaines établie à Saint-Georges-de-Beauce, a ajouté le recrutement des travailleurs étrangers à son offre de services. Elle recrute principalement en Amérique latine, au Maghreb et aux Philippines. Cette main-d’œuvre étrangère est devenue « incontournable » pour de nombreuses entreprises de la région, constate l’un de ses conseillers seniors en ressources humaines, Robert Gagné. 

Toutefois, la lourdeur bureaucratique des démarches nécessaires peut en intimider plusieurs. « Le recrutement en soi n’est pas difficile ; ce sont plutôt les processus d’immigration qui sont compliqués et changeants », précise-t-il. Il faut aussi s’armer de patience, considérant qu’un travailleur recruté aujourd’hui risque de ne pas rejoindre l’entreprise avant l’automne 2023. 

Manac, un fabricant de semi-remorques lui aussi basé à Saint-Georges-de-Beauce, fait figure de pionnière dans l’embauche des travailleurs étrangers dans la région. Les premiers soudeurs du Costa Rica et du Nicaragua sont arrivés en 2013 ; maintenant, l’usine compte des employés provenant d’une quinzaine de pays. 

Comme Ann Gervais et Robert Gagné, le PDG de Manac, Charles Dutil, considère que loin de « voler » des emplois aux travailleurs locaux, les « nouveaux » sont essentiels à ce que les entreprises continuent de rouler à plein régime.

« Je crois que 95 % des gens veulent faire leur travail correctement, dans un environnement agréable et sécuritaire. C’est tout aussi vrai pour un Beauceron que pour un Costaricain, affirme Charles Dutil. Notre rôle, c’est de sélectionner les bons employés et de les motiver. »

Son entreprise a collaboré avec plusieurs firmes pour recruter des travailleurs, mais ses employés se sont aussi déplacés en Amérique latine pour faire des entrevues et des tests de compétence. Une fois l’embauche et les démarches bureaucratiques complétées, Manac prend également en main l’intégration des nouveaux employés et la sensibilisation de l’équipe locale. 

Pour faciliter le tout, le fabricant a mis sur pied un système de parrainage et embauché un spécialiste en ressources humaines hispanophone. Pendant que les employés hispanophones suivent des cours de francisation donnés par le centre de services scolaire local, plusieurs employés locaux francophones améliorent leur espagnol. L’entreprise a aussi bonifié ses programmes d’accueil de nouvelles recrues, tant immigrantes que locales.

Bien que la plupart des travailleurs étrangers arrivent avec un permis de travail fermé (lié à l’employeur) de deux ans, plusieurs le prolongent et choisissent de devenir des « nouveaux Beaucerons » à plus long terme. L’un d’entre eux a d’ailleurs récemment été nommé contremaître.

À la longue, quand leur intégration est réussie, toute la Beauce sort gagnante, estime Charles Dutil. « Ça ouvre nos horizons, et ça rend notre environnement de travail et notre communauté meilleurs. »

Au début du siècle dernier, l’Abitibi avait besoin de bras, et des travailleurs de l’Europe de l’Est ont répondu à l’appel. Aujourd’hui, les entreprises doivent encore regarder au loin. « Pour plusieurs d’entre elles, l’immigration fera la différence entre la survie et la fermeture », observe Ann Gervais, conseillère en main-d’œuvre et immigration du Centre local du développement (CLD) de Rouyn-Noranda.  

Leurs besoins sont criants et variés – des soudeurs aux éducatrices en passant par des cuisiniers. Depuis juin, en collaboration avec la Ville de Rouyn-Noranda, le CLD offre plusieurs services aux PME qui comptent recruter à l’étranger. L’initiative vise à « démocratiser » l’embauche à l’international, à travers des missions de recrutement collaboratives, des ententes de groupe avec des recruteurs, un service de référence et des formations.
La Ville et le CLD ont également publié un livret portant sur les bonnes pratiques en matière d’accueil des nouveaux arrivants. Selon Ann Gervais, les entreprises qui intègrent bien des travailleurs étrangers réussissent parce que toute l’équipe s’implique pour présenter les façons de faire ou prêter une oreille attentive à ce que leurs collègues vivent. « Des fois, les petits gestes font la différence. » 
L’importance de la préparation
L’accueil d’un travailleur étranger ne se limite pas aux démarches de visa et à la réservation de vols. Céline Gélinas est consultante en immigration à l’Agence de placement en développement international (APDI), qui facilite entre autres la venue des travailleurs du Burkina Faso en Abitibi. Elle souligne que le trajet de huit heures entre Montréal et l’Abitibi représente une occasion en or pour des échanges interculturels. Puis, une fois arrivés dans leur nouveau milieu de vie, l’ADPI « amène même les travailleurs à l’épicerie pour qu’ils puissent voir à quoi ça ressemble ». 
Si une entreprise n’a pas les capacités de fournir du soutien à l’intégration à l’interne ou d’embaucher une firme spécialisée, Ann Gervais et Céline Gélinas lui suggèrent de se tourner vers les organismes locaux d’accueil aux immigrants. Quiconque a déménagé quelque part sans y connaître personne se souviendra de la solitude des premiers mois, qui peut nuire à la santé mentale et au rendement au travail. « L’employeur n’est pas responsable de la vie sociale des employés, mais des organismes peuvent aider », note Céline Gélinas.  
Une expérience beauceronne
Près de 1000 kilomètres au sud de l’Abitibi, l’histoire se répète dans des usines de la Beauce. Au point où, il y a cinq ans, PME Partenaires, une firme spécialisée en ressources humaines établie à Saint-Georges-de-Beauce, a ajouté le recrutement des travailleurs étrangers à son offre de services. Elle recrute principalement en Amérique latine, au Maghreb et aux Philippines. Cette main-d’œuvre étrangère est devenue « incontournable » pour de nombreuses entreprises de la région, constate l’un de ses conseillers seniors en ressources humaines, Robert Gagné. 
Toutefois, la lourdeur bureaucratique des démarches nécessaires peut en intimider plusieurs. « Le recrutement en soi n’est pas difficile ; ce sont plutôt les processus d’immigration qui sont compliqués et changeants », précise-t-il. Il faut aussi s’armer de patience, considérant qu’un travailleur recruté aujourd’hui risque de ne pas rejoindre l’entreprise avant l’automne 2023. 
Manac, un fabricant de semi-remorques lui aussi basé à Saint-Georges-de-Beauce, fait figure de pionnière dans l’embauche des travailleurs étrangers dans la région. Les premiers soudeurs du Costa Rica et du Nicaragua sont arrivés en 2013 ; maintenant, l’usine compte des employés provenant d’une quinzaine de pays.   
Comme Ann Gervais et Robert Gagné, le PDG de Manac, Charles Dutil, considère que loin de « voler » des emplois aux travailleurs locaux, les « nouveaux » sont essentiels à ce que les entreprises continuent de rouler à plein régime. 
« Je crois que 95 % des gens veulent faire leur travail correctement, dans un environnement agréable et sécuritaire. C’est tout aussi vrai pour un Beauceron que pour un Costaricain, affirme Charles Dutil. Notre rôle, c’est de sélectionner les bons employés et de les motiver. » 
Son entreprise a collaboré avec plusieurs firmes pour recruter des travailleurs, mais ses employés se sont aussi déplacés en Amérique latine pour faire des entrevues et des tests de compétence. Une fois l’embauche et les démarches bureaucratiques complétées, Manac prend également en main l’intégration des nouveaux employés et la sensibilisation de l’équipe locale. 
Pour faciliter le tout, le fabricant a mis sur pied un système de parrainage et embauché un spécialiste en ressources humaines hispanophone. Pendant que les employés hispanophones suivent des cours de francisation donnés par le centre de services scolaire local, plusieurs employés locaux francophones améliorent leur espagnol. L’entreprise a aussi bonifié ses programmes d’accueil de nouvelles recrues, tant immigrantes que locales.    
Bien que la plupart des travailleurs étrangers arrivent avec un permis de travail fermé (lié à l’employeur) de deux ans, plusieurs le prolongent et choisissent de devenir des « nouveaux Beaucerons » à plus long terme. L’un d’entre eux a d’ailleurs récemment été nommé contremaître. 
À la longue, quand leur intégration est réussie, toute la Beauce sort gagnante, estime Charles Dutil. « Ça ouvre nos horizons, et ça rend notre environnement de travail et notre communauté meilleurs. »

 

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