Le CÉLI de Catherine Poirier: ne pas flancher au pire moment

Publié le 21/10/2021 à 07:30

Le CÉLI de Catherine Poirier: ne pas flancher au pire moment

Publié le 21/10/2021 à 07:30

Catherine Poirier

Catherine Poirier se dit fière de ne pas avoir flanché lors de l’effondrement des marchés boursiers en février-mars 2020. (Photo: courtoisie)

PLEINS FEUX SUR MON CELI est une rubrique où des investisseurs individuels nous partagent leurs bons et mauvais coups en investissement tout en soumettant leur portefeuille à l'analyse d'un pro. Depuis son entrée en vigueur en 2009, le compte d’épargne libre d’impôt (CELI) a gagné en popularité et s’est imposé comme outil complémentaire au régime enregistré d’épargne-retraite (REER). De nombreux experts ont vu dans cet outil une sorte de révolution fiscale, car tous les gains produits sont à l’abri du fisc. Si plusieurs l’utilisent comme un simple véhicule d’épargne, d’autres exploitent son plein potentiel comme outil d’investissement. Car, comme pour le REER, le CÉLI vous permet de détenir une multitude de produits financiers, allant des fonds communs de placement aux fonds négociés en bourse en passant par les titres d'entreprises à capital ouvert.


(Illustration: Camille Charbonneau)



Nom : Catherine Poirier

Profession : superviseure des opérations

Valeur du CÉLI : 55 800$

Stratégie : titres individuels

Bon coup : sa résilience lors du repli boursier de 2020

Mauvais coup : avoir focalisé exagérément sur des rendements de dividende trop élevés

Objectif : obtenir un revenu de dividende pour couvrir ses dépenses

Son conseil à l’investisseur qui commence : lancez-vous et n’ayez pas peur

 

«Je suis fière de ne pas avoir flanché lors de l’effondrement des marchés boursiers en mars 2020 et d’avoir conservé la très grande majorité de mes actions», mentionne Catherine Poirier lorsqu’elle évoque ses bons coups comme jeune investisseuse. D’autant plus que son CÉLI n’était alors ouvert que depuis à peine un an. Voir ses titres tourner au rouge et son actif fondre comme neige au soleil l’ont presque poussée à tout liquider, à perte. «J’ai vu cela comme un moment décisif. Avoir tout vendu je ne serais pas revenue en Bourse.»

Au lieu de cela, elle va redoubler d’ardeur dans ses investissements et augmenter ses cotisations. «Ça m’a plutôt motivée à obtenir des promotions au travail, à faire des heures supplémentaires, à épargner davantage et à investir et acheter plus d’actions», dit cette employée de DHL Supply Chain, une compagnie allemande de logistique qui opère entre autres à St-Jean -sur-Richelieu.

Apprendre et ajouter des cordes à son arc n’est rien de nouveau pour elle. Mme Poirier a complété deux baccalauréats à l’Université Laval, un en architecture et l’autre en animation de jeux vidéo (elle est aussi illustratrice). Grâce à l’appui de ses parents et de leur REEE (régime enregistré d’épargne-études), elle a terminé son parcours scolaire sans trop s’endetter. «Je n’ai pas travaillé pendant mes études, mais je ne suis pas dépensière de nature.»

En 2018, avec 10 000 $ de passif et 500 $ dans son compte-chèques, elle se demande quand même ce qui l’attend. «Je me sentais prise au piège. Je ne voyais pas comment je pouvais m’enrichir. Comme la majorité des gens, je me disais que j’allais travailler jusqu’à mes 65 ans.» Une vidéo YouTube de Robert Kiyosaki, un homme d’affaires américain et auteur d’un célèbre livre en finances personnelles, Père riche, père pauvre, va susciter son intérêt. «Je me suis mise à lire beaucoup sur le sujet de l’investissement.» Elle va parcourir les grands classiques. Les auteurs étasuniens: Benjamin Graham, et son Intelligent Investor, John C. Bogle, The little Book of Common Sense investing et Peter Lynch, One up on Wall Street. Plus près de chez nous, au Québec, elle mentionne comme influence les livres Liberté 45 de Pierre-Yves McSween et La retraite à 40 ans de Jean Sébastien Pilote ainsi que de nombreux blogueurs québécois. 

En 2019, forte de ses lectures et après avoir payé ses dettes étudiantes, elle ouvre un CÉLI chez Wealthsimple — qui est en quelque sorte le pendant canadien de la firme de courtage Robinhood aux États-Unis. «J’étais super motivée et contente de pouvoir acheter, sans frais, de petites participations dans de grandes entreprises.»

Les premières actions qu’elle acquiert sont des titres énergiques et de services publics. Elle achète du Enbridge (ENB.TO), du Fortis (FTS.TO), du Emera (EMA.TO) et du Algonquin Power (AQN.TO). Des entreprises bien établies qui ont un historique de croissance du dividende. Elle va vite gonfler son portefeuille de plusieurs autres titres, mais la chute des marchés durant la pandémie va la forcer à revoir sa stratégie. «J’ai vu mon CÉLI chuter de près de 50%. Je me suis rendu compte que j’avais trop chassé les titres d’entreprises qui versaient des dividendes très élevés, lesquels n’étaient pas soutenables à long terme.»

Elle va se faire piéger notamment avec la compagnie albertaine Vermillon (VET.TO) œuvrant dans le secteur énergétique. «Son cours dégringolait et je continuais d’en acheter. Puis, ils ont coupé leur dividende et j’ai vendu mes actions et perdu environ 75% de mon investissement.» Elle recentre alors sa stratégie en misant davantage sur des entreprises aux bilans solides, mais versant de moins gros dividendes. «Malgré leur petit rendement du dividende, j’étais plus à l’aise avec leurs fondamentaux et j’étais persuadée qu’ils puissent l’augmenter avec le temps.» Elle met alors la main sur des titres comme Microsoft (MSFT), Apple (AAPL), Visa (V) et plusieurs des grandes banques canadiennes. En parallèle, elle continue son apprentissage en épluchant les revues financières et les sites de finances personnelles. «Je regardais aussi comment les grandes institutions financières investissaient leur argent. Je faisais un peu de la rétro-ingénierie. Et, si cela était conforme à mon profil d’investisseur, j’achetais quelques-unes de leurs positions.»

Mme Poirier détient actuellement des participations dans 39 entreprises cotées en bourse. Elle se considère comme une investisseuse axée sur le revenu, c’est-à-dire sur la croissance des dividendes. «Je recherche des entreprises solides au potentiel de croissance qui, si possible, sont sous-évaluées et se négocient au rabais. J’aime avoir une marge de sécurité d’au moins 10% quand j’achète.» Elle voit l’investissement comme un moyen d’atteindre une certaine liberté financière même si elle ne se voit pas arrêter de travailler.

«Idéalement, je souhaiterais que mes rendements passifs (mes dividendes) couvrent l’ensemble de mes dépenses et puissent croître avec le temps — malgré l’inflation.» Elle croit pouvoir atteindre cet objectif à 37 ans. «Peut-être avant, vers 35 ans», précise-t-elle après réflexion. La frugaliste futée — c’est le pseudo qu’elle s’est donné sur son blogue — documente son parcours financier et prodigue quelques conseils. Aux gens qui souhaiteraient gérer leur argent elle répond: «foncez et n’ayez pas peur de faire des erreurs. Il y a aujourd’hui toutes sortes d’outils à votre disposition qui n’existaient pas auparavant.»

 

Dans l’œil du pro

«Si on fait un parallèle avec la fable de La Fontaine, elle est nettement plus fourmi que cigale», note d’emblée Alexandre Legault, vice-président et gestionnaire de portefeuille chez Allard Allard et associés. Il salue sa capacité d’épargne et son intérêt pour l’investissement. Il est d’avis que tout ne se résume pas à l’argent que l’on met de côté, il y a aussi le mode de vie. «Plus celui-ci est modeste, moins tu as une grosse retraite à financer, et plus tu as de chance d’atteindre tes objectifs.» Il convient qu’elle a bien réfléchi à sa stratégie et aux moyens pour atteindre ses buts.

Il y a quatre conditions nécessaires que doit remplir tout investisseur qui souhaite gérer son portefeuille, croit M. Legault. «Il doit avoir du temps, le goût de le faire, l’expertise et l’expérience.» Il constate qu’a priori elle réunissait déjà deux de ces conditions et qu’en s’instruisant, en renforçant sa littéracie financière, elle a développé son expertise. «L’expérience va lui venir avec le temps. Elle a déjà vécu le repli de mars 2020.» Il conclut qu’elle est donc bien positionnée pour avoir du succès à gérer son portefeuille.

M. Legault note qu’elle a une bonne diversification et que les 11 grands secteurs d’activités sont couverts. Il constate aussi son intérêt évident pour les dividendes. Selon ses calculs, son CÉLI lui procure un revenu (pondéré) du dividende d’environ 4,4%. «C’est plus élevé que le rendement du dividende du S&P/TSX — d’environ 2,5%.» Elle a aussi une bonne diversification géographique. «Les titres étrangers (américains) représentent environ 26% du poids du portefeuille.» Il signale toutefois que ces titres sont sujets à une retenue à la source de l’ordre de 15%. «Cela lui ampute une part de ses revenus du dividende d’environ 0,4%.»

Il suggère à notre investisseuse quelques pistes de réflexion. «Il faut voir plus en amont que la simple mesure du dividende.» La capacité à générer d’importants flux de trésorerie, le modèle d’affaires de l’entreprise et son environnement concurrentiel doivent faire l’objet de questionnements. «Cela nous informe aussi sur la viabilité d’une politique de dividende.» M. Legault n’est pas étonné outre mesure du nombre de titres (39). «Ce qui m’interpelle surtout c’est le temps qu’elle aura à consacrer pour assurer le suivi.» Il note par ailleurs que Mme Poirier a établi une politique d’achat d’actions basée sur certains critères. «Elle doit bien savoir ce qu’elle évalue et éviter de tomber dans des pièges (Value Trap).» Dans le même ordre d’idées et tout aussi important, il lui conseille de se créer une discipline de vente «qu’est-ce qui fait qu’une action sort du portefeuille?».

 

Si vous souhaitez vous aussi partager avec les lecteurs de Les Affaires votre stratégie d’investissement dans votre CÉLI et faire analyser votre portefeuille par un pro, écrivez-nous à denis.lalonde@groupecontex.ca

 

Le CELI de Catherine Poirier

Nom de l'entreprise Symbole boursier % du portefeuille
Canadian Natural Resources  CNQ.TO 6,7% 
Dream Industrial REIT  DIR-UN.TO 5,7% 
Riocan REIT  REI-UN.TO 5,3% 
Apple  AAPL 4,7% 
Labrador Iron Ore Royalty Corporation  LIF.TO 4,6% 
Microsoft  MSFT 4% 
Exchange Income Corporation  EIF.TO 3,9% 
Métaux Russel  RUS.TO 3,7% 
Financière Manuvie  MFC.TO 3,7% 
Pembina Pipeline  PPL.TO 3,6% 
Enbridge  ENB.TO 3,4% 
AbbVie  ABBV 2,9%
TransAlta Renewables  RNW.TO 2,8% 
Banque Scotia  BNS.TO 2,8% 
Emera  EMA.TO 2,7% 
BCE  BCE.TO 2,6% 
Fortis  FTS.TO 2,5%
Canadian Utilities  CU.TO 2,2% 
Nike  NKE 2,1% 
Johnson & Johnson  JNJ  2,1%
Banque CIBC  CM.TO 2,1% 
Algonquin Power & Utilities  AQN.TO 2,1% 
TFI International  TFII.TO 1,9%
Procter & Gamble  PG 1,9% 
Banque de Montréal  BMO.TO 1,9% 
Banque Royale  RY.TO 1,9% 
Telus  T.TO 1,8% 
Banque TD  TD.TO 1,7% 
Banque Nationale  NA.TO 1,7% 
VICI Properties  VICI 1,6%
STORE Capital  STOR 1,5%
PepsiCo  PEP 1,4%
Hydro One  H.TO 1,3% 
Visa  V  1%
Starbucks  SBUX  1%
Canadian Tire Corporation  CTC-A.TO 1% 
3M  MMM 0,9% 
MasterCard  MA 0,7% 
Reality Income  O  0,6%
Espèces    0%
Total    100%


 

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