Agropur: pas de ristournes en espèces aux membres

Publié le 11/02/2021 à 16:14

Agropur: pas de ristournes en espèces aux membres

Publié le 11/02/2021 à 16:14

Par La Presse Canadienne

Le chef de la direction d'Agropur Émile Cordeau (Photo: Ryan Remiorz pour La Presse canadienne)

Agropur demande à ses quelque 3000 membres de contribuer aux efforts visant à réduire sa dette, mais cela n’a pas empêché la coopérative de verser des primes dix fois plus élevées à ses hauts dirigeants l’an dernier.

Pour l’exercice terminé le 31 octobre dernier, l’équipe du conseil de direction, qui compte 10 postes, s’est ainsi partagé la somme de 6,7 millions $ en rémunération incitative à court et long terme. En tenant compte des salaires et autres avantages, les émoluments du conseil de direction ont frôlé les 13 millions $, en hausse de 50 % par rapport à 2019.

Ces informations figurent dans le rapport annuel intégral, dans lequel figurent les résultats audités, remis aux membres d’Agropur, que La Presse canadienne a pu consulter. Contrairement aux années précédentes, la coopérative derrière des marques comme le lait Natrel et le fromage d’Oka n’a pas diffusé cette version sur son site web.

Agropur a également tenu sa 82e assemblée annuelle de manière virtuelle mercredi, mais son chef de la direction Émile Cordeau n’était pas disponible pour répondre aux questions des médias — ce qui n’avait pas été le cas l’an dernier.

Si le transformateur laitier a déclaré des ristournes aux membres de 43,5 millions $ l’an dernier, comparativement à 30 millions $ en 2019, elles ne seront toutefois pas versées en argent aux membres.

« Afin de contribuer à la réduction de l’endettement de la coopérative, le conseil (d’administration) a décidé de distribuer ces ristournes en parts de placement A exclusivement », est-il écrit dans le rapport.

Dans un courriel, jeudi, la directrice des affaires publiques chez Agropur, Diane Jubinville, n’a pas répondu aux questions entourant la décision de verser des primes aux hauts dirigeants alors que les ristournes n’étaient pas versées en espèces aux membres.

« Nous évoluons dans une industrie extrêmement concurrentielle et les données financières sont des informations sensibles », a-t-elle écrit. 

Agropur a affiché des revenus de 7,7 milliards $ en 2020, en hausse de 6 % par rapport à 2019, tandis que ses excédents d’exploitation se sont chiffrés à 459 millions $, en progression de 25,6 %. L’excédent net s’est toutefois légèrement contracté, à 38,8 millions $.

Très active au chapitre des acquisitions au cours de la dernière décennie, la coopérative traîne également une dette à long terme de 1,1 milliard $, qui était de 1,4 milliard $ à la fin de l’exercice 2019. En dépit de la baisse, il reste « beaucoup de travail à faire » à ce chapitre, a souligné M. Cordeau, dans son message aux membres.

Selon les états financiers du rapport annuel remis aux membres, Agropur doit refinancer cette année un prêt d’environ 47 millions $ et un autre d’environ 878 millions $ en 2022.

Les 3,6 milliards $ déployés pour notamment réaliser des acquisitions entre 2012 et 2019 ont fait grimper le chiffre d’affaires de « façon accélérée », mais la « rentabilité n’a pas suivi », a reconnu le comité de direction.

Au cours d’un entretien téléphonique, l’expert en gouvernance et professeur à l’Université Concordia Michel Magnan a souligné que les primes versées à la direction d’Agropur pouvaient, par exemple, être attribuables à l’atteinte d’objectifs financiers comme la croissance des ventes ainsi que la réduction de la dette.

« Là où il y a peut-être un contraste, c’est que l’on dit aux membres “prenez votre mal en patience et éventuellement vous allez avoir votre argent”, a-t-il dit. On leur dit de viser le long terme, mais en parallèle, on dirait que les objectifs fixés pour la direction sont sur le court terme. »

Depuis qu’il a succédé à Robert Coallier comme chef de la direction d’Agropur en 2019, M. Cordeau a procédé à de nombreux changements, qui se sont notamment traduits par des fermetures d’usines au Québec et des réductions d’effectifs. En décembre dernier, la coopérative avait annoncé la vente de sa division de yogourts, qui comprend les marques Iögo et Olympic, à la multinationale française Lactalis, pour un montant qui n’a pas été dévoilé.

 

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