Les bienfaits de la confiance en philanthropie


Édition du 12 Mai 2021

Les bienfaits de la confiance en philanthropie


Édition du 12 Mai 2021

(Photo: 123RF)

PHILANTHROPIE. Le financement de la philanthropie basée sur la confiance comporte certes ses propres défis, mais il présente également des avantages spécifiques.

Le financement offert dans le cadre d’une approche de philanthropie basée sur la confiance (ou financement de confiance) est plus souvent accordé sur une base pluriannuelle. Les organismes ont également davantage d’autonomie et de flexibilité dans l’utilisation des fonds qu’ils en auraient dans une approche plus traditionnelle.

«Chez nous, il n’est pas rare qu’on soutienne un organisme durant 10 ans. Et comme nous sommes persuadés qu’ils sont ceux qui connaissent le mieux leurs besoins et ceux de leur cause, nous les laissons investir les sommes qu’on leur confie aux endroits qu’ils considèrent comme prioritaires», illustre Ode Belzile, directrice des activités philanthropiques à la Fondation J. Armand Bombardier.

Et ça fonctionne, selon plusieurs donateurs. Ode Belzile raconte que la Fondation Lucie et André Chagnon, entre autres, a aussi réalisé que les organismes qu’ils appuyaient avaient plus d’impact lorsqu’on leur laissait davantage d’autonomie.

Cette façon de faire s’inscrit dans une volonté de soutenir la mission des organismes, un concept connu en anglais sous le nom d’unrestricted funding. Difficile à obtenir traditionnellement, le soutien à la mission est pourtant déterminant, explique Ode Belzile. Il vise notamment à soutenir le coeur des opérations d’un organisme, soit ses infrastructures, ses locaux, ses outils, ses équipes et tout le reste.

«Le financement par projet, plus traditionnel, rend ça difficile, note-t-elle. Ça fragilise les bases. Les organismes doivent constamment présenter des projets, ce qui leur prend beaucoup de temps et les condamne parfois à faire de la comptabilité créative pour financer certaines choses prioritaires.»

La Fondation J. Armand Bombardier finance par exemple Exeko, un organisme travaillant sur l’inclusion des personnes marginalisées, depuis près de sept ans, en plus de soutenir sa mission. Pour Ode Belzile, il ne fait aucun doute que cet organisme, qui a réalisé, en 2019 seulement, 2 294 heures de médiation avec une équipe de 27 médiateurs et médiatrices, a en conséquence eu une influence accrue sur son milieu.

La Fondation du Grand Montréal a commencé à adopter une approche basée davantage sur le financement de confiance vers 2017. Selon sa vice-présidente à la philanthropie et à la communauté, Tasha Lackman, le changement a eu un effet positif notable.

Elle cite le cas de La Maison bleue, un service de périnatalité sociale qui a réussi, notamment en raison de son financement de longue date, à étendre son offre de service et à soutenir ses opérations courantes. Elle mentionne aussi le cas de La Cantine pour tous, un organisme en sécurité alimentaire que soutient la Fondation du Grand Montréal. «Avec deux autres bailleurs de fonds, on leur a gar anti un financement très flexible en soutien à la mission pendant trois ans, dit Tasha Lackman. L’organisme a réussi à tripler son offre de service en plus de pouvoir expérimenter. Tout ça grâce, entre autres, à la confiance et à la flexibilité.»

 

À bas la paperasse!

Le financement de confiance vise également à réduire le fardeau administratif des organismes. Avant d’accorder un don, une fondation accepte que le poids d’apprendre à connaître le donataire lui incombe.

Plutôt que de demander au donataire de lui préparer une présentation, ce qui lui demande un «temps fou», remarque Ode Belzile, le donateur se fait plus actif. «On simplifie aussi la reddition de compte, dit-elle. On demandera seulement les informations strictement nécessaires pour évaluer notre impact.»

Même son de cloche à Fondations communautaires du Canada. Cindy Lindsay, directrice de l’apprentissage et de l’engagement de ce réseau national, reconnaît que les processus formels sont parfois exigeants pour les organismes. «En conséquence, nous nous adaptons à leur réalité, assure-t-elle. Une demande de financement en ligne, ou même écrite, ne convient pas toujours, par exemple à des organismes de gens marginalisés. Nous pourrions donc accepter une demande présentée oralement ou sur vidéo.»

Cindy Lindsay explique par ailleurs que le financement de confiance s’accompagnera souvent de délais raccourcis en ce qui a trait au traitement des demandes. «En tant que fondations communautaires, nous pouvons être perçues comme étant dans une position de pouvoir, car nous détenons l’argent, constate-t-elle. Mais pour avoir du succès, nous devons changer cela.»

 

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