Avez-vous besoin de crédits carbone dans votre portefeuille?

Publié le 06/06/2022 à 12:29

Avez-vous besoin de crédits carbone dans votre portefeuille?

Publié le 06/06/2022 à 12:29

«Essentiellement, il s’agit d’attirer l’attention du capitalisme sur le problème du changement climatique.» (Photo: 123RF)

Vous avez pu constater, lorsque vous réservez un vol ou que vous regardez votre reçu à la station-service ou à l’épicerie, que «vos émissions de carbone ont été compensées». Ça fait du bien. Les investisseurs qui veulent éprouver ce type de satisfaction peuvent facilement obtenir une participation au carbone en achetant un FNB de crédit carbone.

Toutefois, pour décider si l’on doit investir ou non, il faut un examen plus approfondi. Mais la prémisse d’un profit est simple : c’est la monnaie d’échange d’un système de transactions conçu avec une offre de plus en plus limitée, le gouvernement le gère et la demande persiste.

Les crédits carbone, qu’est-ce que c’est au juste?

En quelques mots, un crédit carbone est un permis qui autorise le détenteur à émettre une certaine quantité de dioxyde de carbone ou d’autres gaz à effet de serre. C’est à bien des égards une permission de polluer, jusqu’à un certain point. Comment ça fonctionne dans le monde des affaires, c’est en fixant une limite aux sociétés et secteurs polluants, en plafonnant la quantité de pollution autorisée : le crédit carbone.

«Ce crédit baisse peu à peu avec le temps, car l’on s’attend à ce que les sociétés réduisent de plus en plus leurs émissions», explique Clark Barr, directeur des méthodologies de solutions climatiques à Sustainalytics, une filiale de Morningstar. Si une société pollue davantage que le plafond autorisé, elle doit acheter des crédits carbone supplémentaires. Si elle pollue moins, elle peut gagner de l’argent en vendant ses crédits excédentaires. C’est un système de «cap and trade» (plafonnement et échange).

Une politique de tarification carbonique vise à inciter les émetteurs à réduire leurs gaz à effet de serre (GES) et à s’améliorer dans ce domaine, dit Guru Durairaj, CFA, vice-président adjoint, Ressources naturelles et oléoducs, à DBRS Morningstar. «Le système crée aussi des incitations économiques pour d’autres projets volontaires qui pourraient se traduire par des réductions supplémentaires des GES ou par leur suppression», ajoute-t-il.

Les marchés volontaires utilisent les compensations carbone, qui sont différentes des crédits carbone, note Luke Oliver, chef des investissements climatiques à KraneShares. «Les compensations carbone aident les sociétés à contrebalancer leurs émissions par des projets comme des plantations d’arbres ou la construction de parcs éoliens ou solaires», alors que les crédits carbone offrent plus de transparence et un mécanisme normalisé d’approvisionnement et de tarification, dit-il. «Essentiellement, il s’agit d’attirer l’attention du capitalisme sur le problème du changement climatique.»

Certains des plus gros marchés secondaires des crédits carbone sont ceux qui s’inscrivent dans le système européen SCEQE (système communautaire d’échange de quotas d’émission) et le système californien Cap and Trade.

Les investissements dans les crédits carbone, comment ça marche?

Les investisseurs particuliers et les fonds qui leur sont destinés peuvent obtenir une participation aux crédits carbone en achetant des FNB, comme KraneShares Global Carbon Strategy ETF (KRBN), lancé en 2020, qui a actuellement un actif sous gestion d’environ 1,4 milliard $US. Depuis lors, toute une série de FNB et de fonds communs de crédit carbone sont entrés en lice dans le monde entier, y compris récemment en Chine.

«Une sensibilisation de plus en plus grande des investisseurs s’est produite ces dernières années, qui s’accompagne du désir qu’ont les compagnies de fonds de capturer cette demande», dit Nick Piquard, gestionnaire de portefeuille et stratège d’options chez FNB Horizons. C’est FNB Horizons qui a lancé le premier produit de ce type, le FNB Horizons Carbon Credits (CARB), qui offre une participation exclusive au système européen par l’utilisation de contrats à terme sur les droits d’émission («European Union Allowance»).

KraneShares offre aussi une participation ciblée aux FNB cotés en bourse aux États-Unis spécialisés dans les contrats à terme sur les crédits carbone de l’Union européenne (KEUA) et de la Californie(KCCA). «L’année dernière, les transactions de contrats à terme sur ces marchés se sont élevées à 683 milliards $US — une croissance de plus de 100% par rapport à l’année précédente», dit Luke Oliver.

Les crédits carbone sont-ils des placements «ESG»? Pas vraiment.

Une nécessité juridique et de bonnes intentions peuvent rendre les investissements dans les crédits carbone attrayants, mais des doutes planent encore sur le caractère vraiment «ESG» du mécanisme sous-jacent.     

Donner un prix au carbone est extrêmement important, dit Bobby Blue, analyste principal, recherche sur les gestionnaires multiactifs ou alternatifs à Morningstar, mais «je ne pense pas que ce soit un tant soit peu un investissement ESG», note-t-il. Combien y a-t-il d’investisseurs qui veulent les garder éternellement? «On achète ces crédits, et en dernier lieu, ce qu’on fait, c’est les vendre à un émetteur», dit Bobby Blue.

Et dans les faits, l’efficacité du système n’est pas toujours parfaite. Selon la littérature du CFA institute sur l’investissement ESG, «Si le plan est trop restrictif, il peut encourager la délocalisation des industries dans des juridictions moins contraignantes (un phénomène appelé “fuite de carbone”), donc être impuissant à réduire les émissions.»

Un autre problème est soulevé quand les gouvernements émettent trop de crédits carbone, et que le prix en est trop bas pour inciter à une décarbonisation. «L’approche de l’Union européenne s’est traduite par un prix du carbone extrêmement bas pendant une période allant de 2012 à 2018 où les sociétés ont reçu de généreux crédits et enregistré des gains faciles alors qu’elles réduisaient leurs propres émissions à un coût relativement bas, dit Clark Barr. Toutefois, les choses ont commencé à changer, et depuis 2018, le prix n’a cessé d’augmenter alors que l’attribution de crédits a continué à baisser et que les options d’atténuation offertes aux sociétés se font chères.»

«Les politiques climatiques deviennent plus rigoureuses et les pays du monde entier adoptent de nouveaux outils pour réduire les émissions», acquiesce Adriana Alvarado, vice-présidente principale, cotes souveraines mondiales à DBRS Morningstar et co-autrice d’un commentaire récent sur la tarification du carbone et les implications possibles sur le crédit en Europe. Donner un prix au carbone peut toutefois présenter un problème pour les sociétés. «La tarification du carbone a le potentiel d’accroître la pression financière sur les sociétés réglementées par des coûts plus élevés», note le rapport. Et certaines sociétés connaîtront plus de réussite que d’autres.

«Du point de vue d’un investisseur, dit Clark Barr, cette incertitude couvre désormais le coût des achats de crédits, et l’accroissement du prix du carbone qui en résulte crée un risque pour les sociétés qui dépassent actuellement le total des crédits carbone qui leur ont été alloués dans les systèmes cap-and-trade.»  

Le rôle des crédits carbone dans un portefeuille

Si vous n’avez pas d’état d’âme quand il s’agit de vendre des crédits à une société qui se trouve encore dans sa phase de transition carbonique, quel rôle les crédits carbone pourraient-ils jouer dans votre portefeuille? «Ils peuvent présenter les avantages que procure une certaine diversification à un portefeuille largement constitué de marchandises», dit Bobby Blue.

Toutefois, quand il s’agit de définir exactement comment se comporte le carbone, on se trouve de nouveau en terre inconnue, et il faut donc qu’une allocation corresponde à cette réalité. «C’est difficile à justifier comme investissement à part entière. Les crédits carbone sont un créneau très pointu qui nécessite une compréhension assez profonde du marché et des forces auxquelles ils sont soumis, dit Bobby Blue. La difficulté, c’est qu’il faut être vraiment opportuniste sur le rééquilibrage. On pourrait avoir une augmentation de 40 % en deux mois, et lorsque ça se produit, c’est rapide. Il faut prendre des mesures tout de suite, et être tactique dans ces conditions est difficile», note-t-il, ajoutant que de bonnes règles et de bons seuils de rééquilibrage permettent à cet actif de briller, et de jouer potentiellement un rôle aux périodes d’inflation alors que le prix des marchandises augmente.

Et si l’inflation est suivie d’une récession?    

Qu’est-ce qui pourrait mal tourner?

«Une récession pourrait avoir un impact sur la demande de carburants fossiles, donc du prix des crédits carbone», dit Nick Piquard. Bobby Blue en convient : «Si une récession venait à se déclarer, on imagine facilement qu’elle pourrait affecter le prix du carbone».

Bobby Blue imagine comment une chute du prix du carbone se manifesterait sur le marché : «Les flux des investissements de particuliers sont capricieux. Si les performances baissent et si les investisseurs ne comprennent pas totalement ce qui motive cette baisse, ils vont se désengager.»

Bien qu’un événement de vente soudain puisse conduire à une augmentation de l’offre sur le marché, Nick Piquard remarque que les crédits carbone sont aussi uniques dans la mesure où leur offre est déterminée par un organisme de réglementation. Toutefois, cela conduit aussi à un risque politique. «S’il semble bon aux gouvernements d’apporter soudain un approvisionnement important de crédits carbone, leur prix va vraisemblablement diminuer, note Nick Piquard. Mais avec un organisme international comportant une multiplicité de pays comme le SCEQE de l’Union européenne qui a bien défini sa vision d’une baisse de 55 % des émissions d’ici 2030, et si l’économie croît dans le temps, je ne pense pas qu’un changement aussi radical s’annoncerait.»

Bobby Blue et Luke Oliver voient tous deux la politique comme le plus gros risque auquel soient confrontés les marchés du carbone. «La hausse du prix du carbone pourrait subir les pressions d’industries ou de consommateurs qui encourent des coûts plus élevés», dit Luke Oliver. Aux États-Unis, le gouverneur républicain de Virginie a essayé de retirer la participation de son état aux enchères carbone cap-and-trade. «Toutefois, ses tentatives se sont heurtées aux Démocrates du Sénat de l’état et ont peu de chances d’aboutir sans qu’on livre bataille», dit Luke Oliver.

Il y a deux autres possibilités «positives» à considérer à propos des investissements dans les crédits carbone. Luke Oliver identifie le risque lié à l’innovation, par lequel les industries adoptent une technologie de capture qui réduit significativement les émissions, à une vitesse plus rapide que l’offre d’allocations carbone. «Toutefois : 1) c’est un facteur positif à long terme pour les objectifs climatiques, et 2) il est très probable que les programmes de plafonnement et d’échange doivent ajuster leur plafond et leur mécanisme de tarification pour tenir compte d’importants changements dans la demande», dit-il.

L’autre issue «positive», potentiellement pour tout le monde, que considère Bobby Blue : enfermez votre contrat à terme ou votre ETF de crédits carbone, dans un coffre-fort si vous voulez. Laissez tomber. Votre propre capture financière de carbone.

 

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