Brésil et États-Unis s'affronteront au Sommet des Amériques

Offert par Les Affaires

Publié le 03/03/2001 à 14:01

Brésil et États-Unis s'affronteront au Sommet des Amériques

Offert par Les Affaires

Publié le 03/03/2001 à 14:01

Par François Normand
cloture Québec

(Photo: Rafaela Biazi pour Unsplash)

IL Y A 20 ANS, LE SOMMET DES AMÉRIQUES. À moins d’une surprise de taille, il est improbable qu’un accord de libre-échange soit conclu lors du Sommet des Amériques qui aura lieu du 20 au 22 avril à Québec. On y présentera plutôt les choix possibles concernant les différents sujets de négociation.

Autrement dit, c’est à Québec que les États décideront à quelle hauteur et à quel rythme ils libéraliseront les points de négociation (accès aux marchés, agriculture, investissements, services, marchés publics, droits de propriété intellectuelle, politique de la concurrence, subventions, antidumping et mesures compensatoires, ainsi que règlement des différends).

La toile de fond de cette rencontre sera une lutte féroce entre les États- Unis et le Brésil, selon Mathieu Ares , un spécialiste de l’Amérique latine et membre du Groupe de recherche en économie et en sécurité (GRES) de l’ Université du Québec à Montréal.

Bien qu’il participe aux négociations, le Brésil est réticent à se joindre à la ZLEA (zone de libre-échange des Amériques) parce qu’il croit que ce n’est pas dans ses intérêts. « Pour le Brésil, la ZLEA va permettre aux États-Unis d’envahir son marché et ceux de la région. »

Le Brésil est certes une puissance industrielle, son produit intérieur brut (1 097,7 milliards de dollars US (G$) en 1998) étant même supérieur à celui du Canada (729,4 G$ US), selon L’état du monde 2001

Mais les produits industriels de ce pays ne sont pas compétitifs comparativement aux produits américains, estime M. Ares.

En fait, les avions de la compagnie brésilienne Embraer seraient les seuls produits industriels compétitifs, de l’avis du spécialiste. Le Brésil produit aussi des automobiles, mais elles sont plutôt destinées à l’Amérique latine. Donc, pour ce qui est des produits industriels, le Brésil estime qu’il n’a pas grand-chose à gagner avec la ZLEA.

Restent les produits agricoles. « Mais les États-Unis ne sont pas ouverts dans le secteur des légumes. Par exemple, en ce moment, le Mexique a un contentieux avec les États-Unis pour les tomates et les avocats », explique M. Ares. Les céréales ? Les États-Unis sont les premiers exportateurs de céréales au monde... « Il reste un peu d’acier, mais les États-Unis sont protectionnistes. »

C’est pour toutes ces raisons que le Brésil, « qui se perçoit comme les États-Unis de l’Amérique latine, et qui veut devenir une puissance politique », est plutôt réticent à ouvrir totalement son marché aux Américains. « Il veut plutôt créer des liens entre les petites économies qui touchent au Brésil », dit M. Ares.

 

Le Brésil tisse sa toile

Pourquoi alors le Brésil participe-t-il aux négociations entourant la ZLEA ? Parce qu’il n’a pas le choix, selon le chercheur du GRES. « Les partenaires économiques du Brésil, comme le Chili et l’Argentine, sont très intéressés par la ZLEA. Le Brésil a donc peur d’être seul dans son coin. » Il participe toutefois aux négociations à son rythme.

« Depuis le début des négociations, les Brésiliens font tout pour retarder la création d’une zone de libre-échange dans les Amériques. Le Brésil se prépare. Il intègre davantage son économie avec les économies sud-américaines. » Le Brésil est le leader du Mercosur, le marché commun du cône sud (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay). Le Chili et la Bolivie sont membres associés.

Pour intégrer davantage les économies, et avoir ainsi une bonne longueur d’avance sur les Américains lorsque sera créée la ZLEA, on construit notamment un pipeline avec des pays de la région pour intégrer le potentiel énergétique vers Brasilia, la capitale du Brésil.

« Il y aussi des grands travaux d’infrastructures dans la zone Mercosur. On veut faire une voie navigable sur le fleuve Parana, qui traverse les quatre pays du Mercosur », précise M. Ares. L’idée, c’est de faire du Parana une voie maritime commerciale comme le fleuve Saint-Laurent.

 

Le jeu américain: bousculer

Les Américains ne sont pas en reste dans les négociations de la ZLEA. « Le jeu des États-Unis est de bousculer le Brésil », dit M. Ares. Par exemple, à Québec, les Américains vont demander qu’on accélère le rythme des négociations. L’échéance pour en venir à un accord a été fixée à 2005, un peu pour ménager tout le monde, selon le chercheur.

Mais des porte-parole du gouvernement américain ont indiqué récemment qu’il pourrait y avoir un accord dès l’an prochain, en 2002. Et si le Brésil retarde trop le processus, les États-Unis vont tout simplement négocier des accords de libre-échange bilatéraux avec les partenaires économiques du Brésil, selon M. Ares. D’ailleurs, sous l’administration Clinton , les États-Unis ont signé quelque 300 accords bilatéraux et multilatéraux.

Pour l’essentiel, trois motifs expliqueraient l’empressement des Américains à vouloir conclure rapidement la ZLEA, selon M. Ares. Premièrement, on peut mentionner la philosophie derrière le libre-échange. « Plus les mouvements de capitaux, de biens et de services sont grands, plus on favorise la sécurité nationale des États-Unis. Des gens qui commercent entre eux ne se battent pas. »

Deuxièmement, les Américains voient bien sûr dans la ZLEA un vaste marché pour les entreprises américaines. « Les États-Unis se perçoivent comme l’économie la plus dynamique. Donc, pour eux, ce sont les autres pays qui vont subir les coûts d’ajustement (par exemple, des pertes d’emplois). Ils savent qu’ils vont gagner. »

Troisièmement, les Américains souhaitent que la création de la ZLEA accélère l’instauration d’un libre-échange mondial, qui se ferait dans le cadre de l’ Organisation mondiale du commerce (OMC). « On veut ce libre- échange le plus libéral possible et le plus tôt possible. »

Dans ce contexte, la ZLEA pourrait devenir un genre de moyen de pression pour les Américains, estime M. Ares. « L’idée pour les États-Unis, c’est de faire pression sur les Européens et les pays asiatiques. On dit: Regardez. Vous bloquez les négociations à l’OMC (agriculture, règles en matière d’investissement, industries culturelles). Eh bien! on va négocier notre propre zone de libre-échange. »

 

QU’EST-CE QUE LA ZLEA ?

Le but des négociations de la ZLEA (zone de libre-échange des Amériques) est de créer officiellement d’ici 2005 un marché unique de 34 pays qui comprend 800 M de personnes, affichant un produit intérieur brut (PIB) global de 17 billions (17 000 milliards) de dollars canadiens.

La ZLEA forme un ensemble géopolitique très hétérogène. Par exemple, des pays développés (Canada, États-Unis) vont y côtoyer des pays en voie de développement (Haïti, Nicaragua, Guyane, etc.). À noter que Cuba n’a pas été invitée à participer à la ZLEA, car elle ne répond pas aux deux critères d’admission: avoir un régime démocratique et une économie ouverte.


 

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