Trois types de repreneuriat complètement différents

Offert par Les Affaires


Édition du 26 Mai 2021

Trois types de repreneuriat complètement différents

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Édition du 26 Mai 2021

Par Philippe Jean Poirier
Mohamed Guetat

Mohamed Guetat, PDG de Momentum Technologies (Photo: courtoisie)

TRANSFERT D’ENTREPRISE : GROS PLAN SUR LE REPRENEURIAT. Que l’acheteur soit un membre de la famille, un employé de longue date ou un acquéreur externe, l’objectif du repreneuriat demeure de pérenniser l’entreprise. Pourtant, l’aventure dans laquelle s’engagent ces trois types de repreneurs a toutes les chances d’être complètement différente. 

« J’ai été étiqueté très vite “relève”, malgré le fait que je voulais ne rien savoir au départ », raconte Jean-François Audet, l’actuel président et actionnaire majoritaire de l’entreprise Les Pneus L.M.R, basée à Delson. Son père a acheté l’entreprise en 1988 et y a consacré soirs et fins de semaine pendant plusieurs années. « Ce n’était pas une vie qui m’intéressait. » 

Employé de l’entreprise dès l’âge de 14 ans, Jean-François Audet a gravi les échelons à son rythme, en travaillant à l’entretien, comme préposé au service routier, comme commis au comptoir et à la facturation. Pendant ce temps, il a réfléchi à quel genre de dirigeant il aimerait être. « Si j’étais pour reprendre l’entreprise, je voulais le faire à ma manière. Mon père était beaucoup dans la microgestion, alors que moi, je préfère déléguer et faire confiance aux personnes que je mets en place. » 

Les enfants sont souvent vus comme des « successeurs naturels », note Christine Lavoie, conseillère au Centre de transfert d’entreprise du Québec. « Il y a une fierté associée à reprendre le flambeau de génération en génération. Ça peut toutefois être difficile de se positionner par rapport au style de gestion du parent, en raison du lien émotif qui les unit. » 

Depuis qu’il est aux commandes, Jean-François Audet reconnaît avoir eu de la difficulté par moments à ne pas se sentir visé par les critiques de l’entourage. Il aura aussi fallu beaucoup d’heures de discussion et un passage à l’École d'entrepreneurship de Beauce pour convaincre son père de la légitimité de son approche de gestion, axée sur le coaching et la responsabilisation. Aujourd’hui, sa plus grande satisfaction de dirigeant est voir un employé occupé un nouveau poste et se développer professionnellement dans l’entreprise.

 

Le pouvoir de rétention d’une reprise interne 

La reprise interne présente elle aussi ses avantages et ses inconvénients. Du point de vue du recrutement, elle constitue une excellente stratégie de rétention. « Quand on sait que l’entreprise peut nous appartenir un jour, c’est beaucoup plus motivant de s’y investir et d’y rester pour réaliser ce rêve-là », raconte Mohamed Guetat, l’actuel PDG de Momentum Technologies, une firme de service-conseil en technologie de l’information basée à Québec. 

Le PDG d’origine tunisienne parle d’expérience. Il a été le premier repreneur potentiel identifié par le comité de relève créée par la firme de TI en 2013. Embauché en 2007, il a d’abord été programmeur analyste, programmeur fonctionnel, responsable de compte avant d’assumer divers postes de direction. « Je connais le nom de chaque employé et je comprends les enjeux stratégiques de l’entreprise », fait-il valoir. 

Pour Christine Lavoie, le grand avantage du repreneur interne découle justement du fait qu’il peut asseoir sa légitimité sur une bonne connaissance des opérations et de la culture de l’entreprise. « L’enjeu qui se pose, prévient-elle cependant, c’est par rapport à la négociation du transfert. Si les parties ne parviennent pas à s’entendre, ça peut provoquer le départ d’un employé clé. » 

Chez Momentum Technologies, la négociation n’a pas été un long fleuve tranquille. Des associés fondateurs ont plaidé pour une vente à l’externe au plus offrant, avant de se rallier au plan de relève prévoyant un transfert de pouvoir vers une nouvelle génération de coactionnaires internes. 

« C’est important d’impliquer un parti externe dans la transaction pour avoir un regard indépendant sur la transaction », conseille Mohamed Guetat. Les dirigeants de Momentum Technologies ont sollicité leur propre firme de fiscalistes pour les accompagner dans le processus de reprise, qui s’est finalisé à la mi-mai. 

 

Reprise externe, nouvelle vision 

Si les repreneurs externes n’ont pas une connaissance intime de l’entreprise qu’ils s’apprêtent à diriger, ils arrivent malgré tout avec une vision et des méthodes différentes qui peuvent donner un nouvel élan à une entreprise. 

Quand les hommes d’affaires gaspésiens Vincent Coderre et Jean-François Nellis ont repris la Microbrasserie Pit Caribou en 2019, ils avaient une forte courbe d’apprentissage devant eux. « Jean-François et moi, nous ne sommes pas des brasseurs, précise Vincent Coderre. Ce n’était pas évident de comprendre comment fonctionnaient les opérations; il a fallu s’appuyer sur l’expertise des employés. » 

En contrepartie, les deux hommes d’affaires ont amené une expertise de gestion qui a pu faire défaut dans l’entreprise par le passé. Dans une entrevue donnée à La Presse lors de son départ, l’ex-propriétaire Francis Joncas admettait lui-même être davantage « un gars de plancher » qu’un « gestionnaire ». 

Depuis leur arrivée, les deux hommes d’affaires ont créé plusieurs processus RH, dont une politique de vacances appréciée des employés et des procédures de santé et sécurité plus formelles dans l’usine. Ils ont aussi amorcé l’automatisation d’une ligne d’embouteillage, qui leur permettra d’augmenter leur cadence de production tout en allégeant certaines tâches d’usine.  

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