Trois entrepreneures québécoises face au casse-tête du financement

Offert par Les Affaires


Édition du 30 Mai 2015

Trois entrepreneures québécoises face au casse-tête du financement

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Édition du 30 Mai 2015

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LOCATION JEAN LÉGARÉ : UNE RELÈVE SUR LES CHAPEAUX DE ROUES

L'entreprise familiale, c'était le terrain de jeu de Nathalie Légaré pendant son enfance. «L'entreprise était située à côté de la maison. Quand je jouais dehors, j'étais entourée de camions et de mécaniciens. À 11 ans, je remplissais déjà des états de compte.» En 2009, elle prend les commandes de Location Jean Légaré. Depuis, l'entreprise de location de véhicules de 42 ans d'existence a vu sa croissance s'accélérer.

En 2011, Nathalie Légaré devenait actionnaire majoritaire avec une participation de 51 %. L'année suivante, elle procédait à la première acquisition de l'histoire de l'entreprise, alors que le propriétaire d'une petite entreprise semblable de Saint-Constant, sans relève, lui proposait d'acheter ses éléments d'actif. «L'emplacement et les bâtiments répondaient à tous mes critères. Et c'était assez loin de Montréal pour qu'on ne se cannibalise pas.»

Puis, en 2013, elle achetait pour le marché québécois la franchise de conteneurs d'entreposage et de déménagement Pods. «Le financement a été compliqué, mais je ne pouvais pas passer à côté de cela, dit la femme d'affaires de 44 ans. Le concept complétait à merveille nos activités.»

Sur sa lancée, elle a fait d'une pierre deux coups en ouvrant une troisième succursale de location de véhicules au même emplacement que Pods, à Laval.

«L'expansion a été rapide, et maintenant, je mets un peu le pied sur le frein», dit la propriétaire de l'entreprise de 70 employés, dont la clientèle est composée à 65 % d'entreprises. Mais pas pour longtemps. L'an prochain, elle voudrait ouvrir une autre succursale à Montréal. À plus long terme, elle prévoit aussi s'installer à Québec.

LOCATION JEAN LÉGARÉ : UNE RELÈVE SUR LES CHAPEAUX DE ROUES
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KETTO : GRANDIR EN EXPORTANT

Catherine Fafard est l'une des deux filles derrière Ketto Design, une entreprise de Québec qui met en marché verres, napperons, sacs à dos, boîtes à lunch, papeterie et de nombreux autres articles ornés de personnages rigolos et colorés. Mme Fafard est la gestionnaire, celle qui tient les cordons de la bourse et qui boucle le financement des projets. Son associée, Julie St-Onge-Drouin, est l'âme créatrice, celle qui donne vie aux images issues de son imagination.

Ketto - un nom qui signifie «deux» en hongrois - a été créée en 1999 dans le salon de Mme St-Onge-Drouin. Pendant des années, les pièces de céramique étaient peintes à la main et cuites dans l'atelier de l'entreprise de huit employés. Aujourd'hui, celle-ci sous-traite en Chine la plupart de ses créations et les distribue dans près de 700 points de vente au Québec et ailleurs au Canada. Elle possède aussi une boutique éponyme, avenue Cartier à Québec, et un magasin en ligne.

Les deux associées souhaitent maintenant faire connaître leurs produits aux États-Unis. «Je commence à peine à travailler sur notre plan d'exportation, mais je vise à faire les premières ventes en 2016», dit Catherine Fafard, qui détient 49 % des parts de Ketto.

Ces temps-ci, un autre projet l'occupe passablement : les produits dérivés de La guerre des tuques 3D, une reprise en animation du classique du cinéma québécois. Ketto fera fabriquer et vendra les articles en échange de redevances à Carpediem, le producteur du film. «C'est la première fois que nous vendrons des produits dont les illustrations ne sont pas de Julie», souligne la femme d'affaires de 39 ans, qui est en train de finaliser le financement de ce projet.

KETTO : GRANDIR EN EXPORTANT
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PRODUCTIONS 10E AVE : SUR LES TRACES DE DISNEY

De l'audace, Nancy Florence Savard en a à revendre. Elle a lancé sa boîte de production de films d'animation en 1998, à une époque où cette industrie en arrachait en raison, entre autres, des déboires de Cinar et de l'effondrement de la bulle techno. Son projet paraissait bien improbable. Mais elle a convaincu le CLD de Québec, où elle s'était présentée enceinte et avec un bébé dans les bras, de lui accorder une garantie de prêt. Son entreprise, Productions 10e ave, est aujourd'hui un chef de file canadien du long métrage d'animation.

Forte du succès de La légende de Sarila et du Coq de St-Victor, la productrice et réalisatrice a six autres films en chantier. Le plus avancé, Mission Yéti, a obtenu en mars un financement de Téléfilm Canada. Sa boîte produit également des courts métrages, des capsules d'animation ainsi que des documentaires pour la télévision, en plus de développer des applications mobiles.

«Ce qui est intéressant avec les films d'animation, c'est qu'ils font travailler les gens longtemps, contrairement aux films avec de vrais acteurs, dont le tournage dure 25 à 40 jours, dit Nancy Florence Savard, unique actionnaire de son entreprise. Pour une même somme, les artisans des films d'animation travaillent environ 16 mois.»

Productions 10e ave ne compte que cinq employés permanents, mais fait travailler des centaines de personnes, pigistes et employés des studios d'animation avec lesquels elle collabore. «De 2011 à 2013, 870 personnes ont travaillé sur nos projets en animation et en télévision», souligne avec fierté celle qui s'est donné pour mission de faire rayonner le talent québécois à l'international. La légende de Sarila, par exemple, a été vendue dans une quarantaine de pays.

PRODUCTIONS 10E AVE : SUR LES TRACES DE DISNEY
Les institutions publiques prennent plus de risques, mais surtout elles offrent de l'accompagnement, souligne la copropriétaire de Ketto, qui a aussi fait appel au CLD à ses débuts. Avec l'abolition des CLD, elle craint que cet aspect du financement disparaisse. «Pour emprunter à une banque, il faut des actifs personnels. Un jeune qui se lance dans les affaires n'en a pas. De plus, les idées d'entreprises semblent parfois farfelues. La nôtre était de vendre de la vaisselle peinte à la main et illustrée avec des animaux ! Aucune banque ne nous aurait prises au sérieux», soutient Mme Fafard.

De son côté, Nancy Florence Savard peut compter sur les conseils d'un comptable qui la suit depuis ses débuts. «Il ne m'a jamais freinée, et il m'aide à parler le langage des banquiers et à comprendre ce qu'ils pensent.»

Pour du soutien quant au financement de ses activités, Nathalie Légaré s'est tournée à deux reprises vers des consultants privés. «Ils nous aident à monter notre dossier et ils peuvent même nous accompagner lors des négociations avec la banque. Ils rapportent plus que ce qu'ils coûtent.»

Non à la différenciation

Aucune des trois entrepreneures n'a fait appel à du capital de risque en échange d'une participation dans l'entreprise. Et l'idée ne leur plaît guère. «Je dis non aujourd'hui. Mais peut-être qu'un jour, une occasion de croissance nécessitera ce compromis», dit Mme Fafard.

De son côté, Nancy Florence Savard souligne qu'une vision commune est essentielle : «Il faudrait que l'investisseur apporte un supplément de savoir à l'entreprise et qu'on travaille en partenariat pour croître».

Que pensent-elles du nouveau financement en capital-actions de Femmessor, destiné aux entreprises détenues majoritairement par des femmes ? Elles applaudissent à cet ajout à l'offre de financement, mais éprouvent un malaise quant à la clientèle visée. «Les femmes ont tellement travaillé pour l'équité que je comprends mal qu'on crée un programme qui nous différencie encore», constate Nathalie Légaré.

Les trois femmes affirment ne pas vivre de discrimination... du moins au pays.

Il y a quelques années, Nancy Florence Savard a vu des pourparlers de plusieurs mois échouer, parce que ses interlocuteurs chinois ne pouvaient accepter d'être en coproduction avec une entreprise dirigée par une femme. La légende de Sarila a vu le jour sans eux. «Je suis allée à Shanghai ce printemps présenter Le Coq de St-Victor et il y a désormais plus de femmes dans l'industrie. Les choses seraient sans doute différentes aujourd'hui.»

Entreprendre au féminin

Série 1 de 5. Des femmes d'affaires débattent des grands défis d'entrepreneuriat qu'elles relèvent.

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