Déléguer des responsabilités, une étape dans la croissance d'une entreprise

Offert par Les Affaires


Édition du 11 Juillet 2015

Déléguer des responsabilités, une étape dans la croissance d'une entreprise

Offert par Les Affaires


Édition du 11 Juillet 2015

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Linda Rivest

Renouveler l'industrie de l'imprimerie

Le monde de l'édition vivait déjà des bouleversements en 2007 lorsque Linda Rivest a pris les rênes d'Imprimerie Rivest, de Repentigny. «J'en rêvais depuis l'âge de cinq ans», indique la femme d'affaires qui, à 41 ans, devenait une représentante de la deuxième génération à diriger l'entreprise. Les défis ne faisaient pourtant que commencer. Lors du transfert, plus de 40 % des clients l'ont quittée pour la concurrence. «Plusieurs doutaient de mes capacités», se rappelle Linda Rivest. Loin d'être abattue, elle a relevé ses manches pour revitaliser l'entreprise. D'abord, exit l'équipement désuet pour faire place aux outils lui permettant de développer le marché numérique. Mme Rivest a également mis en place un nouveau service de design pour aider les entreprises à réaménager leur bureau à coût abordable. «Que ce soit pour le logo, la carte professionnelle ou le hall d'entrée d'une entreprise, le souci de l'image demeure le même, dit-elle. Une spécialité qu'on a su développer chez Imprimerie Rivest.» Et ces efforts portent leurs fruits. L'entreprise a non seulement doublé son chiffre d'affaires depuis son arrivée, mais les clients qu'elle avait perdus sont tous revenus un à un.

[Photo : Gilles Delisle]

Linda Rivest
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Chantal Lévesque

Madame maillots de bain

«Lors de la création de Collections Shan en 1985, j'étais convaincue de pouvoir satisfaire toutes les physionomies féminines avec mes 12 pièces de maillots de bain», raconte Chantal Lévesque. Aujourd'hui, à l'aube de célébrer le 30e anniversaire de l'entreprise de Laval, les pièces des Collections Shan se comptent par centaines. Les vêtements balnéaires pour femmes, mais aussi pour hommes, 100 % conçus et fabriqués au Québec, sont vendus dans plus de 30 pays, dont 600 points de vente et une dizaine de boutiques signées Shan. Celle de Woodbridge, en banlieue de Toronto, est la toute dernière à avoir ouvert ses portes en juin. Déjà installée à East Hampton, près de New York, et à Miami, en Floride, Collections Shan ouvrira deux nouvelles boutiques américaines cet automne, soit à Santa Monica, en Californie, et à Palm Beach, en Floride. Sans vouloir indiquer son chiffre d'affaires, Mme Lévesque soutient que ce dernier a, depuis 30 ans, augmenté de 5 % à 15 % par année. «Et grâce au développement du marché américain ainsi qu'à celui de l'Asie, cette augmentation devrait atteindre 20 % cette année.» Shan est l'une des entreprises sélectionnées cette année dans le cadre de la Stratégie d'accélération des projets d'entreprises performantes PerforME du gouvernement du Québec.

Chantal Lévesque
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Martine Whalen

Être bien outillée sur tous les plans

Lorsque Martine Whalen s'est lancée en affaires en 2007, apprendre à déléguer n'est pas ce qui lui a causé le plus de soucis. C'est d'avoir à maîtriser toute la paperasserie gouvernementale en tant que jeune entrepreneure. «Malgré un diplôme d'études en gestion hôtelière au Collège Merici, j'ai eu besoin de près de trois ans pour apprivoiser le système afin d'être en règle. Une période difficile où j'ai pu constater combien les fonctionnaires peuvent être sans pitié lorsqu'on commet des erreurs dans les rapports», note la propriétaire du Centre de location d'outils et de la quincaillerie Rona, à Val-des-Monts. Cette expérience a d'ailleurs motivé l'entrepreneure à mettre sur pied un regroupement de gens d'affaires pour aider les jeunes entrepreneurs de la région à mieux s'y retrouver. Martine Whalen n'envisageait pas du tout de reprendre la quincaillerie familiale fondée par son grand-père dans les années 1950. «Je suis la première étonnée, j'adore ça !» Un enthousiasme qui se traduit à la caisse. Depuis le transfert, le chiffre d'affaires de la quincaillerie (confidentiel) a doublé.

Martine Whalen
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EXPERTE INVITÉE

Sylvie Paré, professeure à l'École des sciences de la gestion de l'UQAM

Des limites structurelles

Les entrepreneures ont beaucoup plus de difficulté à déléguer que leurs pairs masculins, observe Sylvie Paré, professeure à l'École des sciences de la gestion de l'UQAM. Urbaniste de formation, Mme Paré a dirigé l'Institut de recherches et d'études féministes (IREF) en 2012-2013. «Cette condition est liée à des facteurs structurels. Les femmes ont longtemps été éduquées selon un modèle où on leur enseignait à être à leur affaire. Un modèle où l'on attendait d'elles la régularité, la perfection, que tout soit bien rangé à sa place. D'où la propension des femmes entrepreneures à tout contrôler et à ne pas vouloir prendre de risques», précise Sylvie Paré. Or, insiste cette universitaire, qui dit délégation en affaires dit systématiquement prise de risques en confiant des responsabilités à autrui. «Parce que les femmes se lanceront principalement en affaires pour des valeurs personnelles liées à leurs familles ou pour contribuer d'une certaine manière à la société, elles éprouveront moins le désir de prendre des risques. Ce qui devient en quelque sorte une barrière pour leur entreprise. Car déléguer, rappelle Mme Paré, constitue un passage obligé pour assurer la croissance de l'entreprise.»

EXPERTE INVITÉE
Par Claudine Hébert
«J'ai vu mes parents s'essouffler à vouloir tout faire eux-mêmes. Ils n'ont jamais été capables de déléguer des responsabilités. En créant l'entreprise de location d'outils avec mon conjoint en 2007 et en reprenant la quincaillerie de mes parents en 2011, je me suis juré de ne pas faire la même erreur», rapporte la jeune femme d'affaires qui gère cinq employés, dont deux responsables de département.

Il y a cinq ans, pour diversifier l'offre de services de son centre de location d'outils et, en particulier, pour donner une plus-value à son commerce, Martine Whalen a ouvert un atelier de réparation de petits moteurs ainsi qu'un atelier de fabrication de boyaux hydrauliques. Elle n'a pas hésité à embaucher deux personnes à qui elle a confié la responsabilité de ces services. «De toute façon, ni moi ni mon conjoint ne maîtrisions ces domaines. Aujourd'hui, j'ai non seulement la conviction d'avoir contribué à donner à ces deux employés une chance de se faire valoir sur le marché du travail, mais je réussis à mieux trouver mon équilibre familial», mentionne l'entrepreneure, qui élève deux enfants âgés de moins de cinq ans.

S'entourer de bons leaders

Malgré sa réticence à vouloir déléguer, Linda Rivest concède qu'au fil des ans cette formule lui a permis d'injecter de l'oxygène au sein de son entreprise. «J'évolue dans une industrie où plusieurs imprimeries ont fermé leurs portes depuis 10 ans. J'ai tout intérêt à me remettre en question, à faire appel à des consultants, des chargés de projet en communication provenant de l'extérieur pour m'aider à prendre de bonnes décisions», soulève l'entrepreneure de Repentigny.

La clé, poursuit Chantal Lévesque, c'est d'apprendre à s'entourer de bons leaders. Et parmi ces leaders, il faut savoir les reconnaître selon leur type de personnalité. «J'ai appris avec les années à faire la différence entre les gesitonnaires et les entrepreneurs. Quand j'ai besoin d'une nouvelle ressource plus cartésienne, je fais appel à un "gestionnaire". Lorsqu'il s'agit de pourvoir un poste pour relever des défis et faire preuve de créativité, je favorise une personnalité entrepreneure», dit la femme d'affaires.

En fait, de conclure Chantal Lévesque, devenir entrepreneur ne s'apprend pas. On l'est ou on ne l'est pas. La gestion, par ailleurs, ça s'apprend, ça se développe. «Je constate que ça fait du bien de pouvoir s'entourer de bons gestionnaires. Ce sont des partenaires qui vont constamment exiger des réponses au sujet de mes actions afin de s'assurer que je prends les meilleures décisions. En fin de compte, je trouve que ces alliés jouent un rôle sécurisant.»

Entreprendre au féminin

Série 2 de 5. Des femmes d'affaires débattent des grands défis d'entrepreneuriat qu'elles relèvent.

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