Vaccin par voie nasale: un espoir pour limiter la transmission de la COVID-19

Publié le 17/09/2021 à 09:41

Vaccin par voie nasale: un espoir pour limiter la transmission de la COVID-19

Publié le 17/09/2021 à 09:41

Par AFP

Face à la COVID-19, les vaccins actuellement sur le marché protègent fortement contre les cas graves de la maladie, moins contre le risque de transmission.

Remplacer l'aiguille du vaccin par une injection dans le nez: la clé pour éradiquer la COVID-19? En agissant sur le site initial de l'infection, plusieurs essais semblent prometteurs contre la maladie et sa transmission, même s'ils restent à confirmer chez les humains.

Début septembre, l'Inrae et l'université de Tours ont déposé le brevet d'un candidat vaccin par administration nasale, après des résultats prometteurs sur les animaux.

Selon la responsable de l'équipe de recherche BioMAP, Isabelle Dimier-Poisson, les essais ont montré «100% de survie» sur des souris vaccinées puis infectées par la COVID-19, contre «100% de mortalité» sur des souris non vaccinées.

«Les animaux vaccinés sont protégés à 100% contre les formes symptomatiques et a fortiori les formes graves du virus. Et ils ont très peu de virus donc ils ne sont plus contagieux, c'est un des intérêts de la voie nasale», a aussi souligné Philippe Mauguin, le PDG de l'Inrae. 

Comment expliquer ces résultats encourageants? Dans un article paru en juillet dans Science, les chercheurs Frances Lund et Troy Randall rappellent que par rapport aux vaccins intramusculaires, les vaccins intranasaux offrent deux couches de protection supplémentaires.  

La première, ce sont les IgA, un type d'anticorps qui jouent un rôle crucial dans la fonction immunitaire des muqueuses. La seconde, la création de cellules B et T «mémoires» qui résident dans les muqueuses respiratoires et forment une barrière face à l'infection au niveau de ces zones. 

«Quand le virus infecte une personne, il rentre généralement au niveau du nez, l'idée c'est de lui fermer la porte d'entrée», décrypte Nathalie Mielcarek, directrice de recherche à l'INSERM, à la tête d'une équipe à l'Institut Pasteur de Lille, qui travaille sur un vaccin nasal contre la coqueluche.

«Avec les vaccins intramusculaires, on arrive à induire une réponse immunitaire au niveau des muqueuses, mais pas très longue et pas très forte, c'est plus intéressant d'immuniser au niveau nasal», renchérit Morgane Bomsel, immunologiste, directrice de recherche au CNRS à l'Institut Cochin.

 

«Comme un "booster"»

Face à la COVID-19, les vaccins actuellement sur le marché protègent fortement contre les cas graves de la maladie, moins contre le risque de transmission.

En vaccinant au niveau du nez, l'idée est de lutter contre le virus, mais aussi contre sa propagation. «On a moins de virus qui infecte par la suite les poumons donc moins de formes graves puisque la charge virale est moins élevée, et également moins de risques de transmission à d'autres personnes qu'on pourrait croiser», explique Nathalie Mielcarek.

Mais ces vaccins nasaux restent, pour l'essentiel encore à évaluer chez l'humain même si l'un a été déjà été employé aux États-Unis contre la grippe saisonnière.

Selon l'OMS, huit vaccins nasaux sont actuellement en cours d'évaluation clinique, c'est-à-dire en test chez l'humain, le plus avancé étant celui développé par un groupement d'universités et entreprise chinois.

Plusieurs dizaines de vaccins en sont par ailleurs à des stades précliniques.

En France, l'Institut Pasteur associé à la biotech Theravectys a, après l'apparition de la COVID-19, rapidement développé un vaccin codant l'antigène Spike, la protéine qui permet au SARS-CoV‑2 de pénétrer dans les cellules.

«On a essayé plusieurs voies d'administration et on a noté, dans les essais précliniques, que quand l'injection se faisait par voie nasale, on avait une éradication complète du virus sur les animaux», relève Laleh Majlessi, directrice de recherche au sein du laboratoire commun.

Autre avantage de cette injection par le nez: elle protège d'une diffusion du virus dans le cerveau.

Enfin, elle serait efficace même contre les variants les plus éloignés génétiquement du SARS-CoV 2 (comme le beta, gamma, delta, brésilien, sud-africain…), selon Laleh Majlessi.

Reste que les laboratoires ont besoin de financements pour faire avancer leurs recherches sur ces vaccins. 

Si dans les pays riches, la majorité de la population a déjà reçu des vaccins de première génération, les chercheurs mettent en avant l'intérêt d'un rappel avec ces injections par voie nasale.

«On voit bien que l'immunité induite par les premiers vaccins ne dure pas, on compte proposer le nôtre comme un "booster"», avance Laleh Majlessi. Puisqu'ils permettent de réduire la transmission du virus, «cela pourra permettre un retour à la vie d'avant la pandémie, sans gestes de distanciation sociale, et sans masques», veut même croire Isabelle Dimier-Poisson.

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