Les assureurs surveillent le sous-diagnostic

Offert par Les Affaires


Édition du 13 Octobre 2021

Les assureurs surveillent le sous-diagnostic

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Édition du 13 Octobre 2021

Mélina Gauthier, vice-présidente nationale au développement des affaires et à l’administration en assurance collective à Humania (Photo: courtoisie)

ASSURANCES COLLECTIVES ET RÉGIMES DE RETRAITE. En 2020, les réclamations des participants assurés dans des régimes collectifs ont diminué ou augmenté moins que prévu dans plusieurs catégories. Les assureurs suivent ce phénomène de près, en se demandant si ce n’est pas le calme avant la tempête.  

Chaque année, le gestionnaire de régime de soins de santé Express Scripts Canada publie un rapport sur les tendances en matière de médicaments d’ordonnance. Le plus récent laisse craindre un certain niveau de sous-diagnostic. « Nous estimons qu’en 2020, près de 130 000 Canadiennes et Canadiens atteints de maladies chroniques et qui auraient normalement commencé un traitement ne l’ont pas fait », résume Dr Dorian Lo, son président. 

Le rapport montre un déficit de 10 000 nouveaux demandeurs de remboursement pour des médicaments contre le cancer au Canada. Ce nombre dépasse 20 000 pour les traitements contre le diabète et 100 000 pour les médicaments contre la dépression. La pandémie a provoqué des retards et des difficultés d’accès aux services de soins de santé, qui ont réduit leur capacité de poser rapidement des diagnostics et d’amorcer des traitements. Elle a aussi engendré chez plusieurs personnes la peur de visiter une clinique ou un hôpital, de crainte de contracter la COVID-19.

« La situation en 2021 s’est améliorée et les écarts tendent à se résorber pour des maladies comme le diabète ou même, dans une moindre mesure, la dépression, mais pas dans le cas du cancer, ce qui est assez préoccupant », précise Dr Lo. 

Il estime que certaines approches déployées pendant la pandémie pourraient avoir été moins efficaces pour repérer des cancers. « La médecine virtuelle, par exemple, fonctionne bien pour les problèmes aigus comme les infections ou encore pour gérer des maladies chroniques déjà connues, mais pour détecter un cancer, mieux vaut voir le patient en personne et lui faire passer plusieurs tests », note-t-il.

 

Avenir incertain

L’impact de ce sous-diagnostic reste ardu à cerner. « Pour les assureurs, la situation n’est pas facile à évaluer pour l’instant, reconnaît Mélina Gauthier, vice-présidente nationale au développement des affaires et à l’administration en assurance collective à Humania. Le sous-diagnostic pourrait se traduire par une augmentation des réclamations d’invalidité ou de maladies graves, des invalidités plus longues, ou encore une hausse des décès. »

Une baisse des réclamations pour certains traitements – notamment ceux liés au cancer – a aussi été constaté chez Humania. Celle-ci semble découler d’un sous-diagnostic. Pour aider les preneurs d’assurance collective à surmonter cet obstacle, la mutuelle d’assurance leur offre depuis décembre 2020 les services de télémédecine. Les assurés, leur conjoint et leurs personnes à charge y ont droit. « C’est vraiment pour tenter de surmonter les difficultés actuelles d’accès au système de santé et donner une chance supplémentaire de détecter les ennuis de santé plus tôt », souligne Mélina Gauthier.

 

Des maladies en baisse

Chez Industrielle Alliance, on admet suivre la situation de près. « Cependant, pour l’instant le niveau de sous-diagnostic ne nous amène pas à modifier notre évaluation du risque, révèle Frédéric Leblanc, pharmacien et conseiller stratégique à la gestion des médicaments. L’impact du sous-diagnostic sera dilué dans le nombre total des participants d’un groupe d’assurance collective, dont la majeure partie est en santé. »

Par ailleurs, il souligne qu’une proportion de la baisse des réclamations peut être associée à des effets positifs indirects des mesures sanitaires sévères prises pour juguler la pandémie. C’est en effet plus difficile de contracter la grippe quand on est confiné à la maison. « On constate une diminution marquée des réclamations pour des complications liées à des infections comme les rhumes, grippes et pneumonie, ainsi que pour des vaccins de voyage », illustre-t-il. 

Dans son rapport, Express Scripts Canada note d’ailleurs une chute de 60 % des réclamations pour les médicaments contre la toux et le rhume et de 28 % de ceux qui combattent des infections en 2020. La saison de la grippe s’est terminée à la fin mars 2020 au pays, huit semaines plus tôt que d’habitude, selon Santé Canada.

Des moyens doivent être déployés pour éviter que les baisses de réclamation et le sous-diagnostic ne se transforment en tragédies pour certains patients, ainsi qu’en hausse de coût pour les assurés et en augmentation du risque pour les assureurs. « La médecine virtuelle aide déjà, tout comme les initiatives de livraison de médicaments à domicile, affirme Dr Dorian Lo. Les preneurs d’assurance collective ont aussi intérêt à offrir des solutions d’autogestion, qui amènent les participants à poser des gestes afin de demeurer en meilleure santé. »

 

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En 2020

- Plus de 100 000 personnes seraient atteintes de maladies chroniques non diagnostiquées au Canada et ces personnes n’auraient commencé aucun traitement

- Plus de 10 000 Canadiens n’ont pas commencé par un traitement contre le cancer

- Plus de 20 000 Canadiens n’ont pas commencé un traitement contre le diabète

- Plus de 100 000 Canadiens n’ont pas commencé un traitement contre la dépression

Source : Express Scripts Canada

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