Le chef des placements de la Caisse de dépôt est pessimiste

Publié le 12/09/2011 à 15:56, mis à jour le 12/09/2011 à 16:58

Le chef des placements de la Caisse de dépôt est pessimiste

Publié le 12/09/2011 à 15:56, mis à jour le 12/09/2011 à 16:58

Par François Normand

[Source: Caisse de dépôt et placement du Québec]

Roland Lescure, premier vice-président et chef des placements à la Caisse de dépôt et placement du Québec, voit des nuages sombres planer au-dessus des économies de l’OCDE en 2012.

«La croissance dans les pays développés sera faible, et il y a un risque réel de rechute en récession», a-t-il déclaré lors d’une allocution ce midi, à Montréal, devant l’Association des femmes en finance du Québec.

Le chef des placements de la Caisse prévoit une croissance oscillant de 1 à 2%. Et s’il y a une récession, dit-il, elle sera toutefois sans doute moins prononcée qu'en 2008-2009. L’économie américaine s’était alors contractée de 5,1% en 12 mois.

Le Canada et le Québec pourront mieux résister à la conjoncture car ils exportent des ressources naturelles dans les économies émergentes comme la Chine, grande consommatrice de matières premières, du cuivre au pétrole.

De plus, la bonne santé des banques canadiennes – qui ont bien résisté à la crise financière de 2008 – favorise aussi l’économie canadienne.

Comme tous les investisseurs institutionnels, la Caisse demeure néanmoins vulnérable à la crise européenne, où le secteur bancaire est malmené depuis quelques semaines.

Au 31 décembre 2010, la Caisse détenait d’ailleurs des participations dans de grandes banques européennes, dont la BNP Paribas (19 millions de dollars), la Société générale (37,3 millions), Deutsche Bank (53,3 millions) et Commerzbank (5,7 millions).

Deux vents de face

Pourquoi Roland Lescure est-il inquiet par rapport à la conjoncture économique en 2012? Parce que l’économie mondiale affronte «deux vents de face», pour reprendre son expression.

D’une part, le bilan financier des Américains est toujours préoccupant. Malgré une amélioration depuis 2008, les ménages sont toujours endettés aux États-Unis. Et il faudra des années pour revenir à une situation plus normale.

Par ailleurs, des déséquilibres mondiaux persistent toujours, souligne le chef des placements.

Les économies émergentes affichent par exemple des surplus commerciaux importants avec les pays développés, notamment la Chine avec les États-Unis. Ce qui ne favorise pas la création d’emplois dans les pays développés.

Trois chocs économiques

Selon Rolland Lescure, l’économie mondiale fait aussi face à trois chocs, qui affectent les perspectives d’une reprise économique solide en 2012

Primo, le tsunami au Japon, en mars, a affecté la chaîne d’approvisionnement mondiale de l’industrie automobile. Et ses effets se font encore sentir.

Secundo, aussi positif soit-il, le printemps arabe et ses changements de régime (en Tunisie, en Égypte et en Libye) créent beaucoup d’incertitude économique, financière et politique dans cette région du monde.

Tertio, la situation financière des États-Unis et de l’Europe s’est dégradée depuis 2008. Les gouvernements – qui ont recapitalisé les banques et lancé des plans de relance économique – ont aujourd’hui beaucoup moins de marges de manœuvre.

Stratégies de la Caisse

Dans ce contexte, la Caisse a trois stratégies pour faire face à la mauvaise conjoncture économique.

Premièrement, elle compte sur sa solidité financière et structurelle «Nous avons eu de bons résultats en 2010 et au premier semestre de 2011», affirme Roland Lescure. L’an dernier, la Caisse a réalisé un rendement de 13,6% en 2010, et de 3,6%, pour les six premiers mois de l’année.

Roland Lescure souligne aussi que la Caisse dispose de «liquidités robustes» et qu’elle fait une meilleure gestion de ses risques qu’auparavant, notamment grâce à une analyse et une recherche plus approfondies des facteurs qui peuvent affecter ses investissements.

Deuxièmement, la Caisse sera plus prudente. Sans donner de détails, le chef des placements explique que la Caisse a revu la pondération dans ses portefeuilles d’investissements ce printemps.

Troisièmement, la Caisse restera à l’affût d’occasions d’investissement à long terme, malgré la mauvaise conjoncture économique.

 

 

 

 

 

 

 

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