La gratuité des commissions sur les actions deviendra-t-elle la norme au Canada?

Publié le 23/08/2021 à 17:48

La gratuité des commissions sur les actions deviendra-t-elle la norme au Canada?

Publié le 23/08/2021 à 17:48

Par La Presse Canadienne

L’investissement en ligne n’a jamais été si facile grâce aux plateformes en ligne des courtiers à escompte et à leur application mobile. (Photo: Luis Villasmil pour Unsplash)

La gratuité des commissions sur l’achat et la vente d’actions pourrait devenir la norme après que la Banque Nationale Courtage direct (BNCD) a annoncé l’abolition de ce type de frais, lundi. 

«Plusieurs courtiers américains offrent les transactions gratuites depuis un bon bout de temps, et comme le marché canadien est habituellement à la traîne de quelques années par rapport au marché américain, ce n’est qu’une question de temps avant que la plupart des courtiers à escompte offrent les transactions gratuites», croit Jean-Philippe Tarte, maître d’enseignement à HEC Montréal. 

Depuis 2013, l’application Robinhood offre les transactions gratuites sur les actions et fonds négociés en Bourse (FNB). Le courtier en ligne Charles Schwab a fait les manchettes lorsqu’il a aboli les frais de transaction en 2019. Les concurrents l’ont suivi dans les jours suivants. Bon nombre d’investisseurs autonomes espéraient que l’offre serait imitée par les courtiers affiliés aux grandes banques canadiennes.

 

Début d’une tendance canadienne 

Au Canada, Wealthsimple, dont Power Corporation est le principal actionnaire, proposait déjà le courtage sans commission et sans solde minimal dans le compte. 

En emboîtant le pas, la Nationale devient le premier courtier affilié à une grande banque canadienne à ne plus facturer de commissions sur les transactions d’actions cotées en Bourse. Les frais de transaction chez les concurrents affiliés à des banques oscillent entre 5 $ et 10 $ la transaction. 

L’institution financière montréalaise espère que cette nouvelle tarification lui permettra «d’élargir le bassin de sa clientèle d’investisseurs autonomes», soit les épargnants qui gèrent eux-mêmes leur portefeuille. «On veut donner l’avantage d’être affilié à une grande banque à tous nos clients, mais avec la tarification d’une fintech», affirme Claude-Frédéric Robert, président de Banque Nationale Courtage direct, en entrevue. 

L’offensive de la Banque Nationale pourrait forcer la main des autres grandes banques, estime Julien Brault, fondateur et PDG de l’application de finances personnelles Hardbacon. En attirant des clients vers sa plateforme de courtage en ligne, Banque Nationale pourrait également effectuer des ventes croisées et attirer de nouveaux clients vers ses services bancaires. «Selon moi, c’est une menace importante, et je ne serais pas surpris que les autres banques ne veuillent pas courir le risque.» 

Les commissions pourraient complètement disparaître d’ici «quelques mois», anticipe Mario Mendoca, analyste spécialisé du secteur bancaire chez Valeurs mobilières TD. «Si une autre banque fait de même, nous croyons qu’elles suivront toutes.» 

Pour le moment, la Banque TD ne prévoyait pas faire d’annonce à cet égard lundi, confirme Caroline Phémius, sa directrice des affaires publiques. À la Banque RBC, on dit évaluer «constamment» la tarification des courtiers à escompte. «Notre barème actuel des frais et des commissions est, à notre avis, avantageux pour la clientèle», répond Kathy Bevan, porte-parole de la Royale. 

Il n’a pas été possible d’avoir une réaction immédiate des représentants du Mouvement Desjardins, qui détient la plateforme Disnat, de la Banque Scotia, de la Banque de Montréal, de la Banque CIBC et de la Banque Laurentienne.

 

Question de frais 

Claude-Frédéric Robert ne veut pas chiffrer les sommes auxquelles la Banque Nationale renonce en lançant cette nouvelle offre promotionnelle. Gabriel Dechaine, l’analyste spécialisé du secteur bancaire de la Financière Banque Nationale, estime que les commissions représentent 1,2 % des bénéfices de la banque montréalaise. 

Selon M. Dechaine, la Banque TD est celle qui a le plus à perdre dans une potentielle guerre de prix. Il estime que 4,2 % des bénéfices de la banque proviennent des commissions. Pour les cinq autres grandes banques canadiennes, il évalue que les commissions représentent entre 1 % et 2,7 % de leurs bénéfices. 

Jean-Philippe Tarte croit que les investisseurs autonomes devraient garder en tête que les frais de transactions ne sont pas les seuls frais qu’ils paient dans leur compte de courtage en ligne. Il estime que certains frais, comme ceux entourant la conversion de devises lorsqu’on achète un titre libellé en dollars américains, ne sont pas nécessairement transparents. «Il reste encore certaines sources de frais qui ne sont pas pleinement et clairement déclarées aux clients de firmes de courtage.» 

La Banque Nationale n’a pas ajouté d’autres frais pour remplacer la perte de revenus engendrée par l’abandon des commissions sur les actions, insiste le président de Banque Nationale Courtage direct. «C’est important de comprendre qu’on ne crée pas de nouvelles sources de revenus, précise Claude-Frédéric Robert. On diminue une source de nos revenus pour attirer plus de clients.»

 

Un incitatif à la spéculation? 

L’investissement en ligne n’a jamais été si facile grâce aux plateformes en ligne des courtiers à escompte et à leur application mobile. En février dernier, une vague de spéculation alimentée par de petits investisseurs utilisateurs du forum Reddit avait secoué Wall Street et fait perdre des milliards de dollars à des spéculateurs professionnels. Quelques entreprises en difficulté, comme le détaillant de jeux vidéo américain Game Stop, avaient affiché des rendements mirobolants. 

L’application Robinhood s’était alors trouvée au centre d’un débat entre les spéculateurs amateurs et l’élite financière. Certains experts jugeaient que la gratuité des transactions augmentait les risques de déstabilisation du marché tout en exposant les épargnants à des paris mal avisés et ruineux. 

Pour sa part, M. Brault voit d’un bon œil l’abolition des commissions, qui démocratise l’investissement pour les jeunes, selon lui. «Ça leur permet de se bâtir un portefeuille avec de petits montants.» 

Il met toutefois en garde ceux qui se pensent plus fins que le commun des investisseurs. «Les études prouvent qu’un investisseur qui change souvent d’idée va généralement faire beaucoup moins bien que le marché, mais je ne pense pas que c’est une bonne raison pour les faire payer plus cher.»

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