Préparez-vous à de l’instabilité politique à Ottawa

Publié le 25/09/2021 à 09:00

Préparez-vous à de l’instabilité politique à Ottawa

Publié le 25/09/2021 à 09:00

Les libéraux de Justin Trudeau ont fait réélire un deuxième gouvernement minoritaire en deux ans. (Photo: Getty Images)

ANALYSE ÉCONOMIQUE. Plusieurs choses ont été dites et écrites depuis le résultat des élections fédérales du 20 septembre. Si l’on regarde la forêt et pas seulement les arbres, un constat majeur s’impose: le Canada est entré dans une ère de gouvernements minoritaires, avec son lot d’instabilité politique à venir dans les prochaines années, voire décennies.

En 2015, les libéraux de Justin Trudeau avaient décroché la majorité des sièges à la Chambre des communes. En revanche, lors de l’élection de 2019, ils ont dû se contenter d’un gouvernement minoritaire, que le scrutin du 20 septembre a reporté au pouvoir —toujours avec un statut minoritaire.

Le Globe and Mail de Toronto a publié mercredi deux statistiques historiques qui illustrent à quel point nous assistons depuis quelques années —sans trop vraiment s’en rendre compte— à un mouvement de plaques tectoniques au Canada sur le plan politique.

Depuis 1962, 10 des 20 élections fédérales ont produit un gouvernement minoritaire à Ottawa. Depuis 2004, c’est 5 sur 7.

Oui, oui, vous avez bien lu: 5 sur 7.

Si certaines personnes se demandent encore pourquoi l’histoire si est importante, eh bien, c’est justement pour cette raison: elle donne une perspective sur le long terme afin d’anticiper des scénarios probables futurs.

Dans ce cas-ci, la tendance est claire: à moins que l'on assiste à la formation de coalitions comme dans la plupart des pays européens, le Canada aura plus de difficulté à faire élire des gouvernements majoritaires dans un avenir prévisible.

L’enjeu est de taille pour les entreprises et les investisseurs canadiens, sans parler de ceux à l’étranger qui sont actifs dans le pays.

Certes, le Canada n’est pas ingouvernable et ne le deviendra sans doute pas, étant donné sa longue tradition démocratique. La première élection fédérale a eu lieu en 1867 —la première au Québec date de 1792, alors appelé Bas-Canada.

De plus, la gestion de la crise sanitaire par les libéraux de Justin Trudeau depuis le début de la pandémie, en mars 2020, montre qu’un gouvernement minoritaire peut faire bien des choses, dans la mesure où les partis d’opposition ne lui mettent pas des bâtons dans les roues.

En revanche, davantage de gouvernements minoritaires à Ottawa signifient qu’il sera plus difficile d’anticiper l’adoption et le maintien de législation qui peuvent avoir un impact sur l'économie et les entreprises.

 

Le Canada aura encore des gouvernements majoritaires, mais ils seront plus rares. (Photo: Robbie Palmer pour Unsplash)

Difficile en effet d’amorcer un cycle d’investissement en capital si l’on pense par exemple que le gouvernement en place qui adopte des lois favorisant la transition énergétique peut être remplacé dans deux ans par un gouvernement qui s’y oppose ou y croit beaucoup moins.

Cela change la donne en matière de prévisibilité et complexifie la gestion du risque politique.

On est loin des années 1980 et 1990, alors que les progressistes-conservateurs de Brian Mulroney ont eu deux mandats majoritaires consécutifs (de 1984 à 1993), sans parler des trois mandats majoritaires consécutifs des libéraux de Jean Chrétien (de 1993 à 2004).

 

Pourquoi les majorités se raréfient

Plusieurs facteurs peuvent expliquer ces changements sur l’échiquier politique canadien.

D’une part, la création du Parti réformiste du Canada (dans l’Ouest canadien) et du Bloc québécois, respectivement en 1987 et en 1991, a fragmenté le vote au Canada.

Lors de l’élection de 1993, les bloquistes dirigés par Lucien Bouchard sont devenus l’opposition officielle à Ottawa, tandis que les réformistes de Preston Manning ont récolté le vote du Parti progressiste-conservateur.

Résultat, les progressistes-conservateurs —dirigées par Kim Campbell, et qui a été brièvement première ministre du Canada, du 25 juin au 4 novembre 1993— n’ont fait élire que deux députés lors de ce scrutin…

D’autre part, les valeurs sociopolitiques au Canada tanguent de plus en plus au centre et au centre gauche (surtout dans les centres urbains), soulignent des analystes politiques.

Par conséquent, à moins d’un réel centrage, les conservateurs —dirigés actuellement par Erin O’Toole— auront plus de difficulté à gagner une majorité de sièges à la Chambre des communes.

Quant aux libéraux, s’ils s’éloignent trop du centre, ils risquent de perdre l’appui des centristes au profit du Bloc québécois (du moins au Québec), par exemple, leur compliquant également la tâche pour décrocher une majorité des sièges au parlement canadien.

Soyons clairs: le Canada aura encore des gouvernements majoritaires.

Malgré la fragmentation du vote et la présence de valeurs sociopolitiques plus progressistes, les libéraux et les conservateurs peuvent encore récolter la pluralité des voix lors d’une élection fédérale.

En revanche, ce sera beaucoup plus difficile qu’auparavant.

À propos de ce blogue

Dans son analyse bimensuelle Zoom sur le Québec, François Normand traite des enjeux auxquels font face les entrepreneurs aux quatre coins du Québec, et ce, de la productivité à la pénurie de la main-d’œuvre en passant par la 4e révolution industrielle et les politiques de développement économique. Journaliste à Les Affaires depuis 2000 (il était au Devoir auparavant), François est spécialisé en ressources naturelles, en énergie, en commerce international et dans le manufacturier 4.0. François est historien de formation, en plus de détenir un certificat en journalisme de l’Université Laval. Il a réussi le Cours sur le commerce des valeurs mobilières au Canada (CCVM) de l’Institut canadien des valeurs mobilières et il a fait des études de 2e cycle en gestion des risques financiers à l’Université de Sherbrooke durant 15 mois. Actuellement, il fait un MBA à temps partiel à l'Université de Sherbrooke. François connaît bien le Québec. Il a grandi en Gaspésie. Il a étudié pendant 9 ans à Québec (incluant une incursion d’un an à Trois-Rivières). Il a été journaliste à Granby durant trois mois au quotidien à La Voix de l’Est. Il a vécu 5 ans sur le Plateau Mont-Royal. Et, depuis 2002, il habite sur la Rive-Sud de Montréal.

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