Zéro argent public pour la culture

Publié le 16/05/2013 à 16:43

Zéro argent public pour la culture

Publié le 16/05/2013 à 16:43

BLOGUE. J’ai eu le plaisir de participer la semaine dernière à la conférence Nouveau Leadership organisée à New York par HEC international. Gestion des arts, nouvelles technologies, mécénat sont quelques-uns des thèmes abordés durant cette journée réunissant des leaders du milieu de la culture, des fondations et des affaires. 
Au cours de l’une des 5 discussions, Anne-Imelda Radice, directrice générale du American Folk Art Museum, a présenté les défis de financement et d’innovation auxquels son institution fait face. Décrivant son budget, elle a tout bonnement dit que le financement public venant de la ville ou de l’État n’y figure tout simplement pas. Lorsqu’elle reçoit une subvention publique, c’est une belle surprise, un léger surplus inattendu. 
Ce qui était fascinant dans cette rencontre, c’était de voir concrètement le fossé immense entre deux modèles de financement. Celui des États-Unis qui s’appuie presqu’entièrement sur le secteur privé, et celui du Québec et dans une proportion encore plus large celui de la France, qui reposent beaucoup sur le financement public.
Dans les deux cas, ces modèles sont en crise. Au Québec, au Canada, en France, les budgets publics sont en décroissance, la culture doit trouver rapidement et de façon créative d’autres moyens de se financer. Aux États-Unis, la crise financière et économique a entrainé la diminution des dons et commandites d’entreprises et de particuliers. Certaines institutions comme l’Orchestre de Philadelphie sont littéralement en faillite. Tout le monde doit se réinventer.
J’ai été renversé par le récit de Peter Gelb, directeur général du Metropolitan Opera. Arrivé en 2006 à la tête du « Met », Peter Gelb a rapidement développé de nouvelles sources de revenus pour cette institution vieille de 128 ans. En misant sur les nouvelles technologies, il a rejoint de nouveaux publics, développé de nouveaux marchés internationaux et de nouveaux supports de diffusion. Le « Met Opera on Demand » sur les tablettes et téléphones intelligents et le « Met HD » dans des milliers de salles de cinéma sont de grands succès. 
En amenant dans les salles de cinéma un produit de qualité HD, réalisé avec d’immenses moyens techniques, il a trouvé un nouveau public international pour cet opéra de New York et a ainsi généré des revenus de 27 millions $ en 2010 et 31 millions $ en 2011. La technologie permet aussi la diffusion gratuite dans les écoles de 13 États américains, alors que l’on sait que l’enseignement de la musique n’existe plus dans les écoles publiques du pays. 
Glenn D. Lowry, directeur du Museum of Modern Art (MoMA) et Amit Sood, fondateur de Google Art Project, nous ont aussi démontré comment les technologies et l’internet peuvent complètement renouveler la diffusion internationale des œuvres d’art, le rapport à l’œuvre et à l’artiste et comment un nouveau dialogue avec une nouvelle forme de visiteurs (?) est possible. Google Art rassemble aujourd’hui 150 collections en provenance de 40 pays. C’est l’ultime « musée imaginaire » tel qu’évoqué par André Malraux. Les images circulent, elles sont là, mondialement disponibles, à la portée de chaque visiteur virtuel qui peut ainsi constituer son propre musée, le partager via les médias sociaux, créer un nouveau dialogue, enrichir l’expérience artistique. 
Grâce à ce projet, à la vision du directeur du MoMA, le musée entre dans une nouvelle ère. Ce qui a fait dire à un jeune visiteur : « j’ai regardé partout, dans toutes les salles, dans tous les recoins, je n’ai vu aucun dinosaure, alors comment osez-vous vous qualifier de musée ! ». 
Les institutions québécoises ne sont pas en reste et font preuve d’innovation elles aussi. Les Grands Ballets viennent d’annoncer leur projet de danse thérapie qui allie santé et danse, ce qui permet de penser tout un nouveau volet de la mission de cette institution montréalaise. En 2009, le Musée des Beaux-arts de Montréal a fait appel de façon créative à la communauté pour offrir une exposition gratuite et pluridisciplinaire, Imagine, hommage au « bed-in » de Yoko Ono et John Lennon au Reine Elizabeth.
La conclusion de cette conférence de grande qualité est peut-être résumée dans cette déclaration d’Alain Dancyger, directeur général des Grands Ballets : « think outside the box, but not too far from the core ». C’est le temps d’innover plus que jamais, d’utiliser toutes les technologies tout en respectant l’essence même de l’œuvre. 
C’est dans ce contexte et pour répondre à ces nouveaux défis que HEC Montréal propose une maîtrise internationale en gestion des arts et qu’avec la Commission canadienne pour l'UNESCO, l’institution a aussi annoncé, lors de la conférence, la création de la Chaire UNESCO en management culturel.
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Sébastien Barangé, Directeur des communications et affaires publiques de CGI. (Twitter @SBarange)
président du comité exécutif d'artsScène Montréal (Business for the arts)
membre du conseil d'administration de Ensemble (ex Fondation Tolérance)

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