La charité chrétienne avant l'art

Publié le 26/04/2012 à 10:48, mis à jour le 26/04/2012 à 14:25

La charité chrétienne avant l'art

Publié le 26/04/2012 à 10:48, mis à jour le 26/04/2012 à 14:25

BLOGUE. Comme vous, certainement, j’ai lu le dossier spécial du Journal Les Affaires du 14 avril : « Ces riches qui donnent ». Enquête exhaustive, classement rigoureux, entrevues d’acteurs de la philanthropie au Québec, une mise à jour éclairante sur un secteur qui a considérablement bougé. Deux éléments me sautent aux yeux : la présence croissante de fortunes québécoises francophones dans le monde des fondations autrefois dominé par la communauté anglophone et puis, l’absence des arts comme cause appuyée par les cinq plus grandes fondations. Est-ce que le premier phénomène a entrainé le second? Plus de francophones fortunés mais moins de soutien privé à l’art? Il faut se poser la question et chercher des explications.

Que les Chagnon, Coutu, Bombardier se retrouvent en tête du classement des fondations privées au Québec symbolise de façon éclatante la position des francophones au sein de l’économie québécoise. Le Québec inc. affiche, discrètement, sa réussite et suit aujourd’hui le modèle anglophone des fondations privées. Créer sa fondation permet, bien entendu, de profiter d’un ensemble d’avantages fiscaux et de soutenir un certain nombre de causes qui vous tiennent à cœur, de faire « le bien » autour de vous. Santé, pauvreté, enseignement sont les domaines d’action favorisés. La tradition catholique a-t-elle marqué à ce point les riches francophones québécois qu’ils reproduisent aujourd’hui les principes de la charité chrétienne? On peut se poser la question. Ce qui est certain, c’est que cela change considérablement le portrait de la philanthropie au Québec. Danielle Sauvage est directrice générale du Conseil des arts de Montréal (CAM) depuis plus de 10 ans. Auparavant, elle a travaillé au développement et au financement pour le Centre canadien d’architecture et le Musée des beaux arts de Montréal, elle connait très bien le secteur culturel et depuis longtemps. Elle remarque que « les Francophones s’intéressent moins aux causes culturelles. Pour beaucoup la culture est vue comme du divertissement, quelque chose de moins important que les causes sociales. Ils ne voient pas l’aspect éducatif de la culture, ses effets positifs sur la société».

Dans notre construction d’un État québécois et d’une politique culturelle, nous avons été largement influencés par le modèle français qui repose presque exclusivement sur les deniers publics lorsqu’il s’agit de financer les arts. Ici aussi, l’idée s’est peut-être répandue que c’est l’État qui soutient la culture, que c’est à lui de le faire. Voilà une autre piste d’explication. Mais aujourd’hui, dans le contexte nord-américain, où le mécénat est traditionnellement mieux ancré, et en cette période de réduction des budgets publics, disons que ce modèle français n’est plus adéquat et qu’il y a urgence d’agir. « Le budget des Conseils des arts a augmenté, mais il y a un déclin de l’argent privé dans la culture, je suis convaincue de ça, dit Danielle Sauvage. La crise depuis 2008 a un réel impact »

Pour séduire ces donateurs moins portés vers les arts, il faut faire preuve de stratégie et affronter d’autres causes. Danielle Sauvage a vu l’environnement devenir une cause à la mode. Aujourd’hui, « le décrochage scolaire, le « capacity building » des exclus ont pris beaucoup d’ampleur ». Et de ce côté-là, Danielle Sauvage considère que le milieu culturel n’a peut-être pas suffisamment fait d’efforts pour se rapprocher du privé, « Il y a un gros travail de sensibilisation à faire pour démontrer que la culture, c’est important pour le développement de la société ». Le dialogue entre le monde de la culture et celui des affaires n’est pas toujours facile. Le Conseil des arts de Montréal finit par jouer ce rôle d’organisme fédérateur et transversal entre les arts et les affaires. La femme d’affaire Louise Roy qui est à la tête du conseil d’administration du CAM, et avant elle, Me Maurice Forget de Fasken Martineau sont deux exemples de défenseurs infatigables de la cause de la culture. Le Conseil des arts de Montréal prévoit une discussion prochainement pour voir comment réagir face à ce que l’étude du Journal Les Affaires traduit. Quelques idées sont déjà lancées par Danielle Sauvage : « approcher les gens d’affaires issus de la diversité moins sollicités, les entreprises étrangères qui viennent s’installer avec de fortes subventions québécoises comme Ubisoft, Warner… ». Le Conseil des arts travaille actuellement à la mise sur pieds d’un forum arts-affaires composé de gens d’affaires qui seraient les « ambassadeurs » de la cause des arts dans leur domaine. « Les gens d’affaires entendent le discours des gens d’affaires » souligne Danielle Sauvage.

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Sébastien Barangé, Directeur des communications et affaires publiques de CGI. (Twitter @SBarange)

 

Sébastien Barangé est activement engagé auprès de plusieurs organismes à but non lucratif:

membre du comité exécutif d'artsScène Montréal (Business for the arts)

président du conseil d'administration d'Art Souterrain

membre du conseil d'administration de la Fondation Michaëlle Jean

membre du conseil d'administration de la Fondation Tolérance

 

Ancien journaliste à Radio-Canada et collaborateur du Devoir, diplômé en communication de l’Institut d’Études Politiques (Aix-en-Provence, France) et en gestion des arts de HEC Montréal, Sébastien Barangé est curieux de tout ce qui est créatif et invite à penser différemment. Ce blogue est un espace de dialogue autour des liens entre les arts et le monde des affaires.

 

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