Le tremplin de Marie-Victorin

Publié le 12/04/2022 à 14:04

Le tremplin de Marie-Victorin

Publié le 12/04/2022 à 14:04

Le constat est aujourd’hui effarant pour les péquistes, qui n’ont plus aucun siège à l’ouest de Québec, à part la circonscription de Joliette, écrit Raphaël Melançon. (Photo: 123RF)

La forteresse est tombée. Après près de quatre décennies de règne sans partage du Parti Québécois, la Coalition Avenir Québec est parvenue à s’emparer de Marie-Victorin, lundi soir.

Malgré de récentes difficultés et une certaine perte de vitesse dans les sondages nationaux, la machine électorale caquiste, bien huilée, réussit donc toujours à faire des gains en territoire adverse.

Et avec près de 5% d’avance pour Shirley Dorismond, le résultat est loin d’être aussi serré que ce que certains prédisaient.

 

Le PQ moribond

Le Parti Québécois était celui qui avait le plus à perdre de cette soirée électorale. S’il gagnait, Paul St-Pierre Plamondon aurait pu clamer que sa formation était toujours bien vivante et ainsi, tenter de maintenir le moral de ses troupes. S’il perdait, cela voudrait dire que pratiquement plus aucun comté au Québec ne pouvait être considéré comme sûr pour le PQ. Le second scénario s’est finalement réalisé.

Y jouant son va-tout, le parti souverainiste a présenté une candidature vedette avec Pierre Nantel. L’ancien député fédéral était toujours très apprécié des citoyens de sa circonscription. Malgré tout, sa popularité n’a pas permis au PQ de sauver la face, et ce, même si la CAQ lui a opposé une candidate qui était jusqu’ici inconnue du grand public.

Le constat est aujourd’hui effarant pour les péquistes, qui n’ont plus aucun siège à l’ouest de Québec, à part la circonscription de Joliette. À part peut-être Pascal Bérubé dans Matane, tout le reste de la députation péquiste risque d’être mis au ballottage le 3 octobre.

Ce n’est pas la première fois qu’on annonce la mort du PQ. Mais 54 ans après sa fondation, force est d’admettre que le parti de René Lévesque n’a jamais été aussi près de se retrouver complètement rayé de la carte politique québécoise.

 

Le PLQ en voie de devenir un tiers parti?

Au-delà de la défaite du PQ, le plus grand perdant de cette soirée, c’est sans contredit le Parti libéral.

Il faut dire que le PLQ n’avait déjà pas beaucoup d’espoir dans cet ancien fief péquiste. Mais finir en cinquième position avec moins de 7% des voix, loin derrière le Parti conservateur d’Éric Duhaime, c’est assurément un coup dur pour Dominique Anglade.

Si cette partielle se voulait un aperçu de comment se portent les libéraux au sein de l’électorat francophone, c’est de très mauvais augure pour l’élection générale à venir. L’ancien parti de Robert Bourassa et de Jean Charest apparait plus que jamais déconnecté du vote francophone.

C’est aussi un lourd constat d’échec pour la tentative de repositionnement entreprise par la cheffe libérale, dont le virage marqué vers la gauche du spectre politique ne semble pas du tout porter fruit. En fait, alors que le clivage souverainiste/fédéraliste ne suffit plus à retenir les militants, on constate plutôt un exode du vote libéral traditionnel, davantage de centre-droit, vers la CAQ. Le PLQ se vide progressivement de ses partisans au profit d’autres partis.

Et tandis que les deux « vieux partis » qui ont marqué l’histoire politique du Québec du XXe siècle semblent de plus en plus en voie d’être marginalisés, voire de s’effacer complètement comme l’Union nationale dans les années 1970, on assiste à l’émergence d’un nouveau cycle politique qui se confirme depuis l’élection de la CAQ il y a quatre ans. Notre paysage politique change radicalement, et ces changements risquent de s’ancrer pour de bon dans les prochains mois.

 

Le spectre de l’extrême droite

À un peu plus de 10% du vote, le Parti conservateur du Québec d’Éric Duhaime vient confirmer qu’il sera une force montante à surveiller dans les prochains mois.

On l’a d’ailleurs vu en France, dimanche dernier, lors du premier tour de l’élection présidentielle; partout dans le monde, les mouvances d’extrême droite anti-sanitaires et racistes poursuivent leur progression. Le Québec n’échappe pas à ce phénomène.

Les partis dits « traditionnels » devront donc redoubler de prudence s’ils veulent conserver la confiance d’une majorité de la population. Éric Duhaime vient d’apparaître dans leur rétroviseur et, s’il parvient à maintenir ses appuis jusqu’en octobre, il pourrait bien aspirer à s’emparer de quelques sièges, notamment dans la grande région de Québec où ses appuis semblent particulièrement concentrés.

N’empêche que, si Duhaime et Casabonne ont voulu faire de cette élection un véritable référendum sur la gestion de la pandémie par le gouvernement, pas moins de 9 électeurs sur 10 ont rejeté la vision du PCQ dans le dossier sanitaire. À ce niveau, le verdict des citoyens de Marie-Victorin reste sans équivoque.

 

Vers une majorité renforcée?

Le portrait peut encore drastiquement changer d’ici le mois d’octobre, mais les stratèges caquistes doivent respirer un peu mieux depuis lundi soir. Leur parti ressort de ce premier test électoral post-pandémique gonflé à bloc, le vent dans les voiles alors qu’il vogue vers un potentiel renforcement de sa majorité à l’Assemblée nationale cet automne. Les voyants sont définitivement au vert sur le tableau de bord de François Legault.

En attendant jusqu’au printemps avant de tenir l’élection partielle pour choisir le successeur de Catherine Fournier dans Marie-Victorin, François Legault a misé sur une potentielle victoire de la CAQ dans un fief historique du PQ pour propulser sa formation à seulement quelques mois des élections générales.

Il cherchait ainsi à répéter l’exploit de Louis-Hébert, alors qu’une certaine Geneviève Guilbault avait réussir à ravir l’ancienne forteresse de Sam Hamad au PLQ. Cette victoire avait agi comme un véritable tremplin pour la CAQ peu de temps avant le scrutin de 2018.

Il a finalement remporté son pari lundi soir. Face à des partis d’opposition en lambeaux, plus rien ne semble en mesure d’arrêter le rouleau compresseur caquiste.

 

À propos de ce blogue

Cumulant plus de 15 années d'expérience dans les domaines des médias, des relations publiques et de la politique fédérale, provinciale et municipale, Raphaël Melançon est consultant en affaires publiques et président-fondateur de Trafalgar Stratégies. Diplômé de l’Université de Montréal en communication et science politique et titulaire d’un MBA de HEC Montréal, il analyse à travers ce blogue les décisions politiques qui ont des impacts sur le monde des affaires québécois et canadien.

Raphaël Melançon

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