Le français, notre langue d'affaires

Publié le 24/06/2022 à 13:00

Le français, notre langue d'affaires

Publié le 24/06/2022 à 13:00

Tandis que le Québec tout entier s’apprête à célébrer en chœur sa Fête nationale, soyons fiers de cette langue rassembleuse qui rythme nos vies depuis des générations, qui donne toute sa couleur et sa richesse à notre culture, et qui fait de nous un peuple distinct en Amérique du Nord. (Photo: 123RF)

BLOGUE INVITÉ. Alors que le Québec sera plongé en campagne électorale dans à peine quelques semaines, l’Assemblée nationale a conclu ce mois-ci une session parlementaire particulièrement mouvementée et marquée par l’adoption du projet de loi 96 sur la langue française.

Il n’en fallait pas plus pour que le sempiternel débat linguistique enflamme à nouveau le Québec.

 

Notre trait d’union 

Le français est le cœur battant de la culture québécoise. C’est ce trait d’union qui nous rassemble, ce ciment qui nous permet de vivre ensemble dans notre société depuis des décennies. 

Sans une langue commune, on ne peut échanger dans l’espace public. Et si on n’arrive pas à se parler, comment pourra-t-on se comprendre les uns les autres? 

Depuis 1974, année où le gouvernement libéral de Robert Bourassa a fait adopter le «Bill 22», le Québec a fait le choix de faire du français la seule langue officielle de la province. Trois ans plus tard, en 1977, le gouvernement de René Lévesque est venu renforcer la protection de la langue française avec la «loi 101», qui en faisait désormais la langue de l'enseignement, du commerce, du travail et de l'administration publique. 

Ces lois ont certes grandement aidé à freiner la perte de vitesse du français dans la province, mais force est de constater que ce n’est pas suffisant. D’année en année, le français continue malgré tout de perdre du terrain, particulièrement dans la grande région de Montréal. 

Si la situation du français dans la province reste tout de même encore très loin de celle de la Louisiane, contrairement à ce qu’affirmait récemment le premier ministre François Legault, il n’en faut pas moins demeurer vigilants. Il était donc tout à fait logique d’agir pour assurer une meilleure protection de notre langue commune. 

Un effort supplémentaire auquel le monde des affaires québécois sera appelé à contribuer activement.

 

Une langue pour mieux se comprendre 

Valoriser notre langue, ça passe, entre autres, par des entreprises qui offrent à leurs employés un environnement de travail en français. Et par des commerces qui servent leurs clients d’abord dans la langue de Molière. 

À ce niveau, la nouvelle loi 96 exigera notamment la francisation des entreprises de 25 à 49 employés (cette obligation ne concernait que les entreprises de 50 employés et plus auparavant), que les employeurs justifient clairement aux candidats pourquoi une autre langue est exigée lors de l’embauche, et que les contrats soient d’abord rédigés en français. Le texte législatif prévoit aussi conférer des pouvoirs élargis à l’Office québécois de la langue française (OQLF), en plus de mettre en place des amendes plus salées pouvant aller jusqu’à 30 000$ pour les entreprises récalcitrantes. 

Ces mesures seront-elles efficaces à long terme? Seul le temps saura vraiment nous le dire avec certitude. Mais une chose est claire; ce n’est pas parce que l’anglais est reconnu comme la langue des affaires un peu partout dans le monde que les entreprises d’ici doivent pour autant renier leur identité profonde. On peut exporter en anglais tout en célébrant cette spécificité francophone qui fait du Québec un marché unique au monde. L’un n’empêche pas l’autre. 

 

L’intégration par la francisation 

Un aspect important de la loi 96 concerne l’immigration. La nouvelle loi prévoit ainsi que l’État québécois ne communiquera qu’en français avec les nouveaux arrivants six mois après leur arrivée dans la province. Une mesure destinée à inciter une francisation rapide des immigrants, qui peuvent souvent débuter l’apprentissage du français dans leur pays d’origine avant d’emménager au Québec. 

Cette mesure a fait couler beaucoup d’encre dans les derniers mois. Un groupe de représentants d’entreprises technologiques a même récemment publié une lettre ouverte affirmant que la loi risquait d’affecter l’attractivité du Québec pour les investisseurs étrangers et pour les travailleurs détenant une expertise poussée dans des domaines de pointe. 

Or, c’est une réalité que toute entreprise étrangère rencontre, peu importe le pays où elle choisit de s’implanter. Qu’une multinationale américaine décide d’investir au Québec, en Allemagne ou en Chine, son personnel devra tôt ou tard apprendre la langue locale s’il souhaite avoir accès à des services publics. 

En près d’un demi-siècle, nombreux ont été les prophètes de malheur qui ont prédit l’effondrement de l’économie québécoise chaque fois que le débat linguistique refaisait surface. Or, ça ne s’est jamais produit. En fait, l’économie du Québec tourne actuellement à plein régime; elle prospère plus que jamais. 

Soyons fiers 
de cette langue rassembleuse 
qui rythme nos vies 
depuis des générations, 
qui donne toute sa couleur 
et sa richesse à notre 
culture, et qui fait de nous 
un peuple distinct 
en Amérique du Nord. 

 

Et la province continue d’attirer des investissements majeurs de l’étranger. Pas plus tard qu’en mai dernier, le géant pharmaceutique américain Moderna annonçait qu’il avait choisi non pas Toronto, Vancouver ou Calgary, mais bien Montréal pour y installer sa nouvelle usine de production de vaccins au Canada. Le projet de loi 96 était pourtant déjà dans les cartons à ce moment, mais cela ne semble pas avoir empêché Moderna d’opter pour le Québec. 

Dans notre société où le modèle de l’interculturalisme prévaut, la francisation est la clé d’une intégration réussie des nouveaux arrivants. Comprendre le français permet d’obtenir des services, mais aussi de suivre une formation et de décrocher un emploi. Quand on sait que le succès professionnel des immigrants de première et de deuxième génération est un élément essentiel, on ne peut négliger aucun moyen permettant de favoriser la francisation des nouveaux arrivants non-francophones. C’est une question d’égalité des chances.

 

La langue de chez nous 

Tandis que le Québec tout entier s’apprête à célébrer en chœur sa Fête nationale, soyons fiers de cette langue rassembleuse qui rythme nos vies depuis des générations, qui donne toute sa couleur et sa richesse à notre culture, et qui fait de nous un peuple distinct en Amérique du Nord. 

Alors que je prends une petite pause estivale avant de vous retrouver en pleine forme en août pour un automne électoral qui s’annonce déjà des plus enlevants, je vous laisse sur ces paroles inspirantes d’Yves Duteil qui rappellent si bien toute la beauté et la fragilité de notre langue:

 

«C'est une langue belle à l'autre bout du monde
Une bulle de France au nord d'un continent
Sertie dans un étau mais pourtant si féconde
Enfermée dans les glaces au sommet d'un volcan
Elle a jeté des ponts par-dessus l'Atlantique
Elle a quitté son nid pour un autre terroir
Et comme une hirondelle au printemps des musiques
Elle revient nous chanter ses peines et ses espoirs
Nous dire que là-bas dans ce pays de neige
Elle a fait face aux vents qui soufflent de partout,
Pour imposer ses mots jusque dans les collèges
Et qu'on y parle encore la langue de chez nous.»


À propos de ce blogue

Cumulant plus de 15 années d'expérience dans les domaines des médias, des relations publiques et de la politique fédérale, provinciale et municipale, Raphaël Melançon est consultant en affaires publiques et président-fondateur de Trafalgar Stratégies. Diplômé de l’Université de Montréal en communication et science politique et titulaire d’un MBA de HEC Montréal, il analyse à travers ce blogue les décisions politiques qui ont des impacts sur le monde des affaires québécois et canadien.

Raphaël Melançon

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