Vous n'êtes pas un entrepreneur!

Publié le 01/06/2023 à 09:00

Vous n'êtes pas un entrepreneur!

Publié le 01/06/2023 à 09:00

On ne devient pas Michael Phelps parce qu’on s’abonne à la piscine. De la même manière, on ne devient pas entrepreneur parce que l’on se crée un emploi. (Photo: 123RF)

EXPERT INVITÉ. Une situation qui m'agace au plus haut point est lorsqu’une personne vante ses mérites entrepreneuriaux … sans même avoir créé un seul job. Si vous vous êtes créé un job, parfait ! Mais vous n’êtes pas encore devenu entrepreneur.

L’entrepreneuriat a été rendu "hot" en partie grâce à la téléréalité. Je me suis déjà prononcé sur les bons et les moins bons côtés de cela dans ce blogue.

Et il est normal de vouloir briller.

C’est satisfaisant pour notre ego. Toutefois, les entrepreneurs sont des sportifs de haut niveau. C’est à force d’abnégation, de vision, d’erreurs et de succès qu’ils se sont mérité ce titre.

Or, lorsque l’on décide de rejoindre ce club relativement fermé, il faut respecter les étapes.

On ne devient pas un nageur d'élite comme Michael Phelps parce qu’on s’abonne à la piscine. De la même manière, on ne devient pas entrepreneur parce que l’on a réussi à se créer un emploi.

 

Innovation et création d’emplois

Un entrepreneur prend des risques. Un entrepreneur, surtout, crée des choses.

Il crée des produits et des services. Il crée même des segments de marché. Il crée des emplois. Si vous vous créez un job, vous êtes un travailleur autonome. Et ce n’est pas une mauvaise chose.

Toutefois, s’il vous plaît, évitez de vous présenter comme le nouveau Steve Jobs.

Je m’en suis rendu compte trop tard, et ce, après m’être lancé en affaires… Mon idée comblait un besoin très limité et peut être même que je n’étais pas un entrepreneur dans l’âme.

Intrapreneur ce sera. Le constat est implacable. Un exercice d’humilité, je vous le garantis. Si cet effort d’introspection peut vous aider, j’en serai ravi.

Mais revenons-en à l’innovation. C’est un terme galvaudé. Or, c’est par définition le fait « d’introduire une nouvelle chose ».

On va se le dire, si vous n’avez pas une idée réellement innovante, ou à la limite que vous comblez un besoin dans le marché en raison d'un déséquilibre marqué d’offre, vous feriez mieux de reprendre une business plutôt que d’en partir une !

Rien ne vous empêchera de la transformer grâce à votre vision et votre courage.

En passant, on a des dizaines de milliers d’entreprises à céder au Québec. Et souvent, avec la vente qui approche, les investissements ralentissent dans celles-ci. C’est un défi, et surtout, une opportunité.

À qui la chance?

 

Une statistique inquiétante

Il y a plus intéressant, voire troublant, encore. Saviez-vous que 85% des emplois qui seront disponibles en 2030 n'existent pas encore, selon des experts consultés par Dell Technologies?

C’est une statistique qui devrait nous alarmer.

Qu’est-ce que cela signifie ? Tout simplement qu’il faut créer des entreprises qui vont développer ces emplois qui n’existent pas à ce jour.

De plus, si vous vous créez un job sans créer un nouveau segment de marché ni faire d’embauches, eh bien vous allez contribuer de manière très, mais alors très limitée, à l’économie de demain.

Changer les choses et redéfinir les règles du jeu. Ces deux règles devraient être des conditions sine qua non pour lancer une startup.

Pour les autres qui ne vivent pas ce moment eurêka, tout n’est pas perdu. Si vous avez la fibre entrepreneuriale, rappelez-vous que l’autre avenue que représente le repreneuriat vous tend les bras.

Et c’est tout aussi louable.

 

Bâtir une économie d’avenir ensemble

J’ai déjà parlé de nos tendances individualistes à plusieurs reprises.

On semble oublier que notre impact dépasse notre seule petite personne. Dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre et de transformations profondes du tissu économique, cet impact est décuplé.

Je suis persuadé que chaque personne a sa place dans notre économie.

Toutefois, si nous voulons avancer ensemble et créer la prospérité de demain, il faudra être lucide et ne pas se conter des histoires. Il en va de l’avenir économique de tout le monde.

 

À propos de ce blogue

Passionné d’économie et de philosophie politique, Pierre Graff évolue depuis 10 ans dans le monde des affaires. Il se questionne sur les enjeux politico-économiques au Québec et au Canada, et plus particulièrement ce qui affecte les jeunes gens d’affaires et les générations à venir. Il est actuellement PDG du Regroupement des jeunes chambres de commerce du Québec (RJCCQ).

Pierre Graff

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