La recette du bon coup médiatique de Pierre Poilièvre

Publié le 24/03/2022 à 08:30

La recette du bon coup médiatique de Pierre Poilièvre

Publié le 24/03/2022 à 08:30

Voici comment aussi bien vous tailler une place dans les médias que l'aspirant chef conservateur, Pierre Poilièvre. (Photo: capture d'un extrait d'une vidéo sur YouTube)

BLOGUE INVITÉ. Comment l’aspirant chef du Parti conservateur du Canada, Pierre Poilièvre, est-il parvenu, au cours des derniers jours à «faire la nouvelle» au Québec?

La réponse est fort simple, et elle pourrait être reprise par tous les dirigeantes et dirigeants des différents types d’organisations, et ce, tant avec leurs publics internes et externes:

  • un objectif clair
  • une présence stratégique
  • des messages adaptés à des publics très ciblés
  • une performance au-delà des attentes
  • de l’humour… à petites doses

 

Ainsi, dès l’annonce de sa candidature, Pierre Poilièvre s’est positionné comme «premier ministrable».

Jean Charest, lui, a confirmé sa candidature dans une vidéo de mauvaise qualité 

 

LA SEMAINE DERNIÈRE, PIERRE POILIÈVRE N’EXISTAIT PAS DANS LES MÉDIAS QUÉBÉCOIS. PUIS, EN QUATRE JOURS, IL A DEVANCÉ JEAN CHAREST!

Réputations différentes, stratégies très éloignées

À part viser le même siège, Jean Charest et Pierre Poilièvre ont bien peu de choses en commun... sauf l’importance que prend leur propre réputation dans cette course.

D’un côté, il y a Jean Charest – très connu au Québec et à travers le Canada – qui, à la suite d’une mise en place classique, a lancé sa campagne de façon «très années 2000»: une rumeur d’annonce, des appuis, puis un rassemblement avec des militantes et militants.

De l’autre côté, Pierre Poilièvre s’est appliqué à bâtir sa réputation à peu près inexistante au Québec. Son approche est « très 2022 », en prenant d’assaut les médias sociaux.

 

Un positionnement qui s’imposait

Pierre Poilièvre vient de passer quatre jours consécutifs au Québec – c’est probablement un fait rare dans sa vie !

Son entourage a fait en sorte que, jour après jour, il a pu marquer des points auprès de deux publics ciblés : quelques médias traditionnels choisis avec soin, et des spécialistes de l’organisation politique dans des régions québécoises où il croit pouvoir vendre plus de cartes de membre – des votes à l’investiture – que le clan Charest.

La veille de son arrivée au Québec, Pierre Poilièvre a accordé une entrevue à La Presse. Selon Mesure Média, elle a généré un gain de réputation de 13 921 $ à son bénéfice.

Puis, le candidat a, entre autres, été à l’antenne de Radio-Canada en Mauricie et de Radio-Canada à Montréal afin de se faire valoir auprès de ces auditoires.

Dans une entrevue à Noovo, il s’est même permis de chanter un extrait d’une chanson de Jean Leloup !

Le choix du moment de ce séjour n’est pas le fruit du hasard… L’équipe Poilièvre devait d’abord établir des pôles importants en Ontario et dans l’ouest du Canada, s’ajuster à la campagne de son principal adversaire, et prendre du temps pour recruter des gens de qualité au Québec.

Même si son nom est deux fois plus mentionné que celui de son adversaire dans les médias traditionnels, Jean Charest n’arrive pas avoir le haut du pavé dans l’actualité québécoise; c’était déjà le cas avant qu’il soit affligé par la COVID-19.

Expérience vs présence

L’un des plus importants fossés entre les générations, c’est l’importance que les plus âgés accordent à l’expérience, et les nouvelles formes de présence que les plus jeunes adoptent. Leurs façons de communiquer sont souvent très différentes, tout comme la définition du mot « ami ».

Ainsi, de toute évidence, Jean Charest et son entourage ont cru que son énorme expérience politique allait, dès son entrée en scène, changer le sens du vent. Ce qui s’est plutôt produit, c’est que « l’offre Charest » a été taillée sur mesure pour les médias traditionnels et leurs publics plus âgés. Comme si les médias sociaux n’avaient pas encore été inventés ! Sans l’avoir souhaité, c’est une leçon de gestion qui nous a été livrée par l’équipe Charest…

 

SOUVENT, DES STRATÉGIES MALHABILES LAISSENT CROIRE QU’IL N’Y AVAIT PAS ASSEZ DE CHEVEUX GRIS À LA TABLE DES DÉCISIONS. Y EN AURAIT-IL TROP AUTOUR DE JEAN CHAREST?

À l’opposé, l’équipe de la «marque Polièvre» a adopté il y a longtemps une stratégie très pertinente sur les médias sociaux : présence continuelle – plusieurs fois par jour – messages courts et «punchés», projection dans l’avenir. Chose certaine: la gestion de sa réputation est l’une de ses priorités!

Au moment d’écrire ces lignes, Pierre Poilièvre comptait 267 000 abonnés sur son compte Instagram. Jean Charest, lui, en avait… 1013.

 

LES MÉDIAS SOCIAUX SONT AU CŒUR DE LA CAMPAGNE POILIÈVRE, ET UN « NICE TO HAVE » CHEZ L'ÉQUIPE CHAREST.

 

 

L’absence du «vrai Jean Charest» dans les médias sociaux – depuis leur naissance, leur envol et leur diversification – permet de croire qu’il s’était résigné à revenir à la vie publique – au point d’ignorer cet univers. C’est pourquoi, on ne compte plus les faux comptes… et qu’il est très difficile à trouver «le vrai»!

 

Au chapitre des comparaisons, qui incarne l’avenir auprès des 20-45 ans ?

 

Les journalistes et les analystes doutent de la campagne Charest

À l’émission Dans les médias, les analystes Daniel Lessard et Philippe Léger ont critiqué, avec l’animatrice Marie-Louise Arsenault, la fameuse vidéo de lancement de Jean Charest… en plus d’insister à quel point « la game a changé » en politique.

De son côté, la réputée analyste Chantal Hébert a évoqué une possible troisième place pour Jean Charest…

Et que dire de ce coup de crayon de l'unique Serge Chapleau. Comme quoi une image vaut mille mots!

 

Les vraies questions sont à venir

Cette fois-ci, Pierre Poilièvre ne n’est pas fait « cuisiner » par les journalistes québécois. Ni son appui – avec des beignes – lors du Convoi de la liberté, ni son style de parlementaire « pit bull » ne l’ont égratigné. Aussi, a-t-il l’intention de fermer Radio-Canada, comme il le prévoit avec CBC ?

Il est venu à Montréal alors que Tout le monde en parle était en congé, et le nouveau rendez-vous de Stéphan Bureau n’est pas encore créé. Aussi, il ne pourra pas toujours éviter Paul Arcand… Bref, le meilleur est à venir !

Un reportage sur le site cnn.com sollicité par Tourisme Montréal. Gain de réputation de 245 892 $.

À propos de ce blogue

Pierre Gince a créé la firme de relations publiques Direction Communications stratégiques en 1994, puis la firme d’analyse et d’évaluation des médias Mesure Média en 2015 après avoir fait de l’analyse de presse dès 1996. Professionnel des communications depuis 1976, il a une vision entrepreneuriale qui met l’accent sur le professionnalisme, l’éthique et l’engagement. De son parcours professionnel, on retiendra qu’il a été journaliste en presse parlée et écrite (1976 à 1984), conseiller d’un ministre du gouvernement du Québec (1984 à 1985), conseiller au sein de trois cabinets de relations publiques (1986 à 1994) et chargé de cours et conférencier invité au Québec et à l’étranger depuis 2001. Agréé en relations publiques (ARP) depuis 1995, il est l’un des membres fondateurs de l’Alliance des cabinets de relations publiques du Québec (ACRPQ), dont il a assumé la présidence entre 2013 et 2016.Récipiendaire du Prix Or, Campagne globale, des Prix Excellence de la Société québécoise des professionnels en relations publiques (SQPRP) en 2009, il a été président de l’édition 2011. Puis, de 2013 à 2021, responsable du volet stratégique de ce concours. En 2016, la SQPRP lui a remis le prestigieux Prix Yves-St-Amand afin de récompenser la façon dont il s’est distingué au cours de sa carrière, à la fois par ses activités professionnelles, son engagement, le partage de ses connaissances et l’avancement de la profession auquel il a contribué. Depuis 2010, il publie régulièrement des textes sur différentes problématiques de la communication dans Infopresse, Grenier Magazine et Mesure Média. Régulièrement, il commente dans les médias, l’actualité du point de vue de la réputation (notamment à Radio-Canada et au 98,5 FM). Co-auteur (avec Marie Grégoire) des livres «Robert Bourassa et nous» et «René Lévesque et nous», et co-auteur (avec Monique Giroux) de «Félix Leclerc et nous».

Pierre Gince

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