Un truc ultrasimple pour toujours faire le bon choix!

Publié le 23/03/2017 à 06:16

Un truc ultrasimple pour toujours faire le bon choix!

Publié le 23/03/2017 à 06:16

L'idée, c'est de forcer son cerveau à mieux fonctionner... Photo: DR

Au travail, il nous faut sans cesse prendre des décisions. Que ces dernières soient importantes ou pas, elles nous pompent toujours de l'énergie, si bien qu'en fin de journée – pour ne pas dire en fin de semaine – nous nous sentons épuisés mentalement. Pas vrai?

D'où l'interrogation suivante, évidente : «N'y aurait-il pas un bon moyen de ne plus s'épuiser cognitivement chaque fois qu'il nous faut faire un choix?» Autrement dit, de ne plus faire carburer nos neurones comme des fous, heure après heure, jour après jour, semaine après semaine?

Mieux encore, de parvenir, ce faisant, à doser notre effort juste comme il se doit afin de maximiser nos chances de faire LE bon choix? Et ce, chaque fois que l'occasion se présente?

Eh bien, vous savez quoi? J'ai la réponse à ces interrogations! Si, si... Je l'ai dénichée dans une étude intitulée Look before you leap: The effects of cognitive impulsiveness and reasoning process on rational decision making. Celle-ci est le fruit du travail de trois membres de la Fondation Getulio Vargas, une école de commerce brésilienne établie à Rio de Janeiro : Alexandre Linhares, professeur de sciences cognitives; Ricardo Lopes Cardoso, professeur de finance; et leur étudiante Ana Paula Jelihovschi. Regardons ça ensemble...

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Les trois chercheurs brésiliens ont remarqué quelque chose d'a priori étonnant, à savoir que même les personnes les plus intelligentes commettent parfois des bourdes monumentales, y compris lorsqu'il s'agit purement de logique. D'ailleurs, je suis sûr que cela vous arrive aussi, de temps à autres. La preuve? Allez, je ne résiste pas au plaisir de vous inviter à trouver la solution à ce petit exercice de logique, devenu un classique aux examens d'entrée à Harvard :

Une batte de baseball et une balle coûtent 1,10 dollar. La batte coûte 1 dollar de plus que la balle. Combien coûte la balle?

Vous avez la réponse? Vraiment?

Parfait, si vous avez répondu 10 cents, alors vous êtes tombé dans le piège. La bonne réponse est... 5 cents.

Comment cela se fait-il? Daniel Kahneman, "prix Nobel" d'économie, explique que cela découle de notre promptitude à recourir au Système 1 de notre cerveau, qui nous souffle toujours une réponse intuitive, histoire de nous éviter de gaspiller de l'énergie face à un problème a priori simple. Le hic, c'est que notre intuition nous trompe, dans le cas présent. Il nous faudrait plutôt recourir au Système 2 de notre cerveau, qui, lui, nous force à raisonner, quitte à dépenser beaucoup d'énergie. Car le bon calcul était le suivant : comme la batte coûte 1 dollar de plus que la balle, alors celle-ci ne peut être vendue qu'au prix de 5 cents puisque 1,05+0,05=1,10 (ce qui respecte l'écart de 1 dollar entre la batte et la balle). CQFD.

Bon. Revenons à nos moutons, maintenant que nous avons vu que même quelqu'un d'intelligent comme vous peut se tromper lors d'un raisonnement simple.

Ainsi, les trois chercheurs brésiliens ont voulu regarder si les bourdes monumentales qu'il nous arrive de faire au travail ne résultaient pas, la plupart du temps, de notre recours au Système 1 au lieu du Système 2, notre cerveau accordant dès lors une trop grande priorité à l'énergie mentale dépensée au cours de la journée. Pour s'en faire une idée, ils ont invité 191 volontaires à participer à une petite expérience, en deux temps:

1. Répondre à un questionnaire visant à évaluer le degré d'intuition, pour ne pas dire d'impulsivité, de chacun, l'idée étant de voir si la personne en question était prompte, ou pas, à recourir au Système 1 (la réponse immédiate, intuitive) face à un nouveau problème.

2. Répondre à un autre questionnaire visant, lui, à évaluer le degré de réflexion de chacun, l'idée étant de voir si la personne en question était prompte, ou pas, à recourir au Système 2 (la réponse raisonnée, calculée) face à un nouveau problème.

C'est tout.

Résultats? Ils sont limpides :

> Le piège coûteux du Système 1. Plus on a tendance à se fier au Système 1, plus on commet d'erreurs dans nos choix. Du coup, cela se traduit au travail «par un sentiment récurrent de frustration et par un niveau de stress constamment élevé», d'après les trois chercheurs brésiliens. Par conséquent, notre cerveau, croyant faire des économies en énergie en nous suggérant fortement de résoudre les problèmes rencontrés à l'aide de notre intuition ou de notre expérience, déclenche, en vérité, un cercle vicieux qui nous amène, l'air de rien, à nous sentir sans cesse sous pression dans notre quotidien au bureau.

> Une cruciale nuance entre Système 1 et Système 2. Tous les participants ont abordé les problèmes grosso modo de la même façon : ils ont soigneusement pris connaissance des données disponibles, les ont ordonnées, puis ont réfléchi à partir de celles-ci de manière logique.

Cela étant, certains ont vite tranché (Système 1), en s'appuyant la plupart du temps sur leur savoir, leur expérience, voire leur intuition; ils ont alors mis l'accent sur «problème» dans «nouveau problème». Et les autres (Système 2) ont pris le temps d'une réflexion élaborée, sans considérer outre mesure leur savoir sur le sujet, ni même leur expérience dans le domaine; ils ont alors mis l'accent sur «nouveau» dans «nouveau problème».

Cette nuance a fait toute la différence.

> Une méthode astucieuse pour faire taire le Système 1. Les participants qui étaient, en général, prompts à recourir au Système 1 sont parvenus à trouver la bonne réponse au problème rencontré lorsqu'ils se faisaient violence en recourant au Système 2. Ce qui signifie que ceux qui avaient une nature impulsive ont su corriger le tir lorsque l'occasion se présentait à eux.

Comment s'y sont-ils pris, au juste, pour passer ainsi du Système 1 au Système 2? Les trois chercheurs brésiliens ont remarqué que ces participants-là avaient utilisé à ce moment précis une méthode efficace : ils prenaient leur crayon et le brouillon mis à leur disposition, puis ils rédigeaient la solution à la main, comme nous le faisions tous à l'école. C'est-à-dire qu'ils forçaient ainsi la fermeture de leur Système 1 pour laisser toute la place au Système 2 dans leur cerveau.

Voilà. Fascinant, n'est-ce pas?

Que retenir de tout cela? Ceci, à mon avis :

> Qui entend faire toujours le bon choix se doit de recourir le plus souvent possible au Système 2 de son cerveau. Il lui faut prendre le temps de se munir d'un crayon et d'une feuille de papier, puis d'ordonner les données dont il dispose pour enfin procéder à une réflexion logique et rigoureuse. Ce faisant, il doit veiller à ne pas trop écouter cette petite voix intérieure (son Système 1) qui lui souffle à l'oreille d'écouter son expérience, voire son intuition. Car cela serait courir le risque d'aller droit dans le mur. Bien entendu, il est impossible d'agir de la sorte à chaque nouveau problème, néanmoins, il convient d'en faire une habitude lorsqu'on sent que le problème en question est d'importance : il faut absolument refuser à ce moment-là de se fier à sa seule expérience ou intuition pour trancher. Ce qui, l'air de rien, atténuera son stress quotidien au travail, et par suite, lui permettra de gagner en énergie, jour après jour, semaine après semaine.

En passant, le philosophe grec Aristote disait : «L'ignorant affirme, le savant doute, le sage réfléchit».

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À propos de ce blogue

EN TÊTE est le blogue management d'Olivier Schmouker. Sa mission : aider chacun à s'épanouir dans son travail. Olivier Schmouker est chroniqueur pour le journal Les affaires, conférencier et auteur du bestseller «Le Cheval et l'Äne au bureau» (Éd. Transcontinental), qui montre comment combiner plaisir et performance au travail. Il a été le rédacteur en chef du magazine Premium, la référence au management au Québec.

Olivier Schmouker

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