Comment motiver à fond vos employés âgés?

Publié le 04/10/2016 à 06:26

Comment motiver à fond vos employés âgés?

Publié le 04/10/2016 à 06:26

Avec l'âge, il arrive que la motivation flanche... Photo: DR

J'ai récemment eu le privilège de donner une conférence à la Matinée RH du Conseil québécois des ressources humaines en tourisme (CQRHT), où je parlais des milléniaux (ces jeunes qui entrent sur le marché du travail), quand un cri du coeur est venu de la salle. Une dame s'est étonnée que l'on accorde tant de place aux jeunes dans le cadre de la relève, alors que celle-ci peut prendre, si on y pense bien, de nombreux visages dans le secteur du tourisme : les immigrants, les personnes qualifiées venues d'autres horizons que celui du tourisme, ou encore... les personnes approchant de la retraite!

Et cette dame d'insister sur l'atout formidable que sont «les employés expérimentés», comme elle les présentait, en dépit du fait que le milieu ait le réflexe, selon elle, de miser sur la jeunesse (à l'accueil, au service à la clientèle, etc.). «Ils ont un savoir-faire et un savoir-être sans égal, ils ont de l'expérience, etc.», disait-elle, en lançant quelques piques, au passage, aux milléniaux, qui, eux, «n'aiment pas travailler» et «sont irrespectueux envers leurs collègues aînés».

Bref, j'ai assisté là à un bel exemple d'âgisme.

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L'important, c'était qu'il s'agissait là d'un véritable cri du coeur. Cette dame ne comprenait vraiment pas que des employeurs cherchent à former une relève, dans l'optique de perdurer, au lieu de juste chercher à combler leurs besoins à court terme. Et elle visait juste, à mon avis, concernant un point en particulier, lorsqu'elle clamait que tout cela ne faisait que démotiver le personnel âgé, lequel, au fil des ans, sentait de plus en plus planer une épée de Damoclès au-dessus de sa tête.

C'est que l'heure est grave : au Canada, le taux de participation sur le marché du travail des 55 ans et plus est passé, de 1995 à 2015, de 23 à 37%. Un bond spectaculaire, révélateur du fait que nous évoluons à présent dans une véritable "économie grise". À cela s'ajoute le fait que les 55 ans et plus devraient représenter près de 24% des personnes actives au Canada d'ici 2021, selon les projections de Statistique Canada, soit le plus fort pourcentage jamais atteint.

J'ai donc décidé de creuser ce point : comment un employeur peut-il parvenir à vraiment motiver ses employés âgés, alors-même que des jeunes bourrés de talents s'apprêtent à débouler sur le marché du travail? Ce qui m'a permis de mettre la main sur une étude intitulée The effects of old-age stereotypes on organizational productivity et signée par : Steven Appelbaum, professeur de management à l'Université Concordia à Montréal (Canada), assisté de ses étudiants Richard Wenger, Carolina Pachon Buitrago et Ravneet Kaur. Regardons ensemble de quoi il s'agit...

Les quatre chercheurs montréalais se sont plongé dans une masse d'études axées sur les employés âgés, à la recherche d'une part des stéréotypes qu'on véhicule sur eux, d'autre part des moyens mis en oeuvre, ici et là, pour le combattre. Enfin, ils se sont demandé si tout cela pouvait avoir le moindre impact sur la productivité des employés âgés eux-mêmes, voire de l'entreprise dans laquelle ils évoluent.

Ce travail de moine leur a permis de mettre au jour les stéréotypes les plus courants :

> Les employés âgés détestent le changement et prisent la routine;

> Ils apprennent lentement, sont moins intelligents et souffrent de trous de mémoire;

> Ils ont une santé fragile et ont souvent des accidents;

> Ils coûtent cher à l'employeur;

> Ils sont moins motivés que les autres;

> Ils ne sont pas créatifs et sont peu productifs.

Ouch! Ça fait mal...

«Ces stéréotypes ont, au fond, un point en commun : ils considèrent les employés âgés comme ayant une productivité moindre. Or, la productivité n'est pas la seule résultante de l'âge, mais d'une multiplicité de facteurs», dit M. Appelbaum, en soulignant que, certes, il y a «déclin physique et cognitif avec l'âge», mais que celui-ci «n'affecte pas nécessairement la performance et la productivité des personnes concernées».

De fait, la masse d'études analysées par les quatre chercheurs montréalais indique qu'il existe de nombreux moyens scientifiquement avérés de booster la performance au travail des employés âgés. Il suffit, pour ce faire, de procéder en deux temps :

1. Booster la motivation des employés âgés. Ce qui peut se faire, d'après l'étude, comme suit :

> Attribuer de nouvelles tâches, et par là même fournir de nouvelles occasions de briller au travail;

> Favoriser de nouveaux apprentissages;

> Attribuer des récompenses personnalisées, et ce, en s'arrangeant pour qu'elles soient tout d'abord dévoilées au principal intéressé, puis soulignées en équipe;

> Établir un dialogue à la fois ouvert et informel entre l'employé concerné et son manager.

Une fois la motivation boostée comme jamais grâce à l'un ou plusieurs de ces trucs pratiques, il convient de passer à l'étape suivante.

2. Booster la productivité des employés âgés. Ce qui revient à :

> Proposer des horaires de travail flexibles, et donc, des tâches, elles aussi, flexibles;

> Mettre en place un programme de mentorat entre jeunes recrues et employés âgés;

> Améliorer les conditions de travail (ergonomie, etc.);

> Mettre au point un plan de fin de carrière personnalisé.

«En résumé, les employeurs dignes de ce nom se doivent de créer un environnement de travail mettant en valeur les qualités particulières des employés âgés, et donc, prenant le contre-pied des stéréotypes dont ceux-ci souffrent trop souvent», dit M. Appelbaum.

Les idées foisonnent pour concrétiser les pistes misent au jour par l'étude : par exemple, on peut effectuer un précieux transfert de connaissances grâce à un programme de mentorat entre jeunes recrues et employés âgés, lequel présente l'avantage supplémentaire de nouer un dialogue propice à rompre les clichés de l'âgisme, d'un côté comme de l'autre; ou encore, réveiller la flamme professionnelle d'un employé âgé grâce à l'attribution d'une mission inédite et sur-mesure (ex.: organiser un petit comité de réflexion ayant pour objectif de mieux souligner et récompenser les bons coups des uns et des autres, etc.).

Voilà. Vous disposez à présent de toutes nouvelles voies à explorer pour obtenir le 110% de vos employés âgés, et donc, le meilleur de "l'économie grise" à venir. À vous de jouer!

En passant, l'écrivain français Voltaire a dit dans ses Stances : «Qui n'a pas l'esprit de son âge / De son âge a tout le malheur».

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À propos de ce blogue

EN TÊTE est le blogue management d'Olivier Schmouker. Sa mission : aider chacun à s'épanouir dans son travail. Olivier Schmouker est chroniqueur pour le journal Les affaires, conférencier et auteur du bestseller «Le Cheval et l'Äne au bureau» (Éd. Transcontinental), qui montre comment combiner plaisir et performance au travail. Il a été le rédacteur en chef du magazine Premium, la référence au management au Québec.

Olivier Schmouker

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