Et si les pénuries de main-d'oeuvre servaient la compétitivité de l'économie québécoise?

Publié le 14/11/2023 à 14:00

Et si les pénuries de main-d'oeuvre servaient la compétitivité de l'économie québécoise?

Publié le 14/11/2023 à 14:00

Une des solutions aux pénuries de main-d’œuvre réside dans le recrutement accru de travailleurs en provenance de l’étranger. (Photo: 123RF)

EXPERTE INVITÉE. L’économie ralentit, mais les préoccupations des entreprises liées à leurs besoins de main-d’œuvre demeurent: au 2e trimestre de 2023, elles trônaient toujours au sommet des obstacles anticipés pour 46% des entreprises québécoises. 

Si, traditionnellement, les ralentissements économiques sont sans pitié pour les emplois, celui qui se pointe risque d’être différent. Avec les difficultés de recrutement causées par le vieillissement de la population et les turbulences dues à la pandémie, les entreprises pourraient décider de conserver leurs employés au lieu de les mettre à pied, avec pour conséquence de maintenir un taux d’emploi élevé et un taux de chômage relativement bas… et d’adoucir l’atterrissage de l’économie du Québec au moment de la reprise.

En effet, le marché du travail est toujours aussi serré. Avec un peu plus de 200 000 postes à pourvoir dans l’économie au deuxième trimestre de 2023 et moins de 180 000 chômeurs disponibles pour les combler, le ratio du nombre de chômeurs par poste vacant est maintenant de 0,9, alors qu’il s’élevait à 5 en 2016. En septembre 2023, alors que l’économie était au point mort, le taux de chômage au Québec atteignait 4,4%, très près de son creux historique de 3,9%.

Une telle situation a des répercussions non négligeables. Au cours des trois prochains mois, faute de main-d’œuvre, les entreprises entrevoient subir des retards dans la fourniture de biens ou la prestation de services ou voir leur croissance diminuer.

Autant dire que les défis liés à la main-d’œuvre sont là pour de bon. Mais la bonne nouvelle c’est qu’ils sont à ce point criants, que pour les surmonter, plusieurs entreprises décident d’accélérer leur virage numérique. Cette tendance pourrait donc se traduire par une meilleure compétitivité de l’économie du Québec, dont l’écart de productivité avec l’Ontario a diminué depuis quelques années. 

Voici trois avenues pour contrer les pénuries de main-d’œuvre.

 

Opter pour la technologie et la formation

Le principal moyen à la disposition des organisations pour pallier les pénuries de main-d’œuvre est certainement l’adoption de procédés ou de solutions technologiques innovantes, notamment l’automatisation, la robotisation ou la transformation numérique. Ce faisant, elles augmentent leur productivité et leur compétitivité. 

Or, une telle transition numérique et technologique exige le recours à une main-d’œuvre qualifiée pour opérer la transformation. Si les candidats en recherche d’emploi sont majoritairement plus éduqués, il faut aussi porter une attention particulière au développement des compétences de la main-d’œuvre déjà en poste. La recherche d’une plus grande productivité rendue nécessaire dans un contexte de resserrement du marché du travail a fait en sorte que beaucoup d’employeurs ont dû accroître la formation offerte en entreprise. Toutes les économies avancées font face à un vieillissement de leur main-d’œuvre et les organisations qui se démarquent sont celles qui parviennent à développer les talents au sein de leurs organisations.

 

Miser sur la complémentarité intergénérationnelle

Il ne faut pas non plus négliger l’importance de se doter de solides politiques de rétention des employés. Chaque année au cours de la prochaine décennie, plus de 100 000 travailleurs devraient quitter leur emploi pour prendre leur retraite. Pour le groupe des 55 ans et plus, le Québec observe d’ailleurs un taux d’emploi inférieur à la moyenne canadienne. La rétention — et donc, l’accommodement — des travailleurs plus âgés qui souhaitent rester actifs avec des horaires réduits et plus de flexibilité s’avère un élément clé pour les organisations.

D’ailleurs, c’est une erreur de considérer qu’une transition numérique et technologique doit nécessairement être réalisée par les plus jeunes. Si les nouvelles générations connaissent la technologie, les plus expérimentées maîtrisent mieux les procédés à automatiser: le plus important pour réussir cette transformation, c’est de bien connaître ses processus de fabrication, et ce qui définit la qualité d’un produit. La complémentarité des nouvelles générations et des employés d’expérience est donc un atout sur lequel il faut miser.

 

Recruter à l’international

Enfin, une autre solution aux pénuries de main-d’œuvre réside dans le recrutement accru de travailleurs en provenance de l’étranger. Les données disponibles à ce sujet montrent qu’il s’agit d’un outil incontournable pour plusieurs entreprises qui peinent à combler leurs besoins de main-d’œuvre.

En quelques années, le portrait de l’immigration temporaire s’est métamorphosé: alors que le solde des immigrants temporaires représentait en moyenne 9% du solde des immigrants internationaux entre 2012 et 2016, ce pourcentage a grimpé à 64% en 2019. Cela soulève toutefois d’importants défis au niveau de l’intégration des immigrants dans les entreprises et les communautés d’accueil.

En somme, alors que le manque de main-d’œuvre se fait sentir dans presque toutes les régions du Québec, secteurs d’activités et professions, des solutions pour en atténuer les effets existent et des gains sont possibles. L’intégration des technologies, par l’automatisation et le numérique, couplée à une bonne stratégie de formation, est l’avenue qui permet de faire le plus grand gain, à la fois en entreprise que pour l’économie du Québec.

Maintenant, il faut accélérer son déploiement à grande échelle, malgré les résistances qui persistent. Le défi est de taille, mais pas insurmontable, et il recèle un monde de nouvelles occasions favorables.

À propos de ce blogue

Mia Homsy est vice-présidente Main-d’œuvre et intelligence économique chez Investissement Québec. Elle est notamment responsable de déployer des stratégies visant à aider les entreprises à pallier la rareté de main-d’œuvre qualifiée, en combinant des stratégies d’attraction de talents étrangers et l’accompagnement des entreprises dans l’identification des solutions les plus pertinentes. Avant de se joindre à Investissement Québec, Mia Homsy était PDG et cofondatrice de l'Institut du Québec, un centre de recherche socioéconomique dont la mission consiste à identifier des politiques et actions qui améliorent la société québécoise. Auparavant, elle a occupé des postes d’influence à portée économique auprès de ministres responsables des portefeuilles de Développement économique et des Finances du Québec.

Mia Homsy
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