Dépasser les voeux pieux pour sauver la planète

Offert par Les Affaires


Édition du 10 Novembre 2021

Dépasser les voeux pieux pour sauver la planète

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Après des années de promesses creuses et d’écoblanchiment, le scepticisme est grand parmi la population. Avec raison. Il est donc vital que l’engagement soit sincère, les démarches transparentes et les engagements, enfin tenus. (Photo: Getty Images)

BILLET. À l’ouverture de la COP26, comme pour souligner l’Halloween qui avait lieu la même journée, nous avons assisté à un défilé de dirigeants politiques déguisés pour l’occasion en fervents défenseurs de l’environnement. Autant que par le passé, de belles paroles ont été prononcées et de grandes promesses ont été lancées, toujours pour des horizons lointains. Finalement, chacun repart chacun de leur côté avec le sentiment de ne s’en être pas trop mal tiré : « Ouf! encore une grande messe écologique mondiale où on n’a pas eu à sortir nos chéquiers! » Ils laissent le soin aux successeurs de justifier – si jamais la notion d’imputabilité devait enfin être instaurée – pourquoi les vœux pieux n’ont pas été respectés. 

Cela vous semble cynique? L’inertie des dernières décennies a pourtant de quoi décourager même les plus optimistes. Pris dans les logiques électoralistes, les gouvernements des grandes démocraties occidentales ont montré leur incapacité à prendre les mesures radicales — et donc forcément impopulaires — nécessaires pour freiner le cataclysme annoncé. Les citoyens, eux, sont coincés en étau entre leur volonté de bien faire et les difficultés d’agir différemment dans une société de consommation où tout pousse au gaspillage. Il reste un groupe qui a le potentiel de vraiment changer le cours des choses… vous, chers lecteurs. Cela traduit un certain « biais professionnel », me direz-vous, mais je suis profondément convaincue que le salut viendra des entreprises et des différents décisionnaires qui la composent. 

Avez-vous conscience de votre pouvoir potentiel sur la crise climatique? Quelle que soit la taille de votre entreprise, avec toutes les ressources que celle-ci génère, mais aussi qu’elle a à sa disposition, le moindre geste a forcément une incidence écologique considérable. Votre influence est si grande qu’elle ne s’arrête pas là. Selon le Baromètre de l’action climatique 2020 du média Unpointcinq et de l’Université Laval, les chefs d’entreprises sont les deuxièmes plus susceptibles d’inciter la population québécoise à en faire davantage pour le climat, juste après les scientifiques. La prise de conscience de cette responsabilité est vertigineuse, mais elle est aussi capitale.

Déjà, un puissant vent de changement souffle. Les coalitions mondiales se multiplient. Ce sont 3 000 entreprises — dont une grande entreprise cotée sur cinq — qui se sont engagées à la neutralité carbone, soit six fois plus qu’il y a deux ans. Certaines ont des résultats concrets à présenter, comme Apple, qui a réduit de 40 % ses émissions. Fin octobre, 91 grands patrons ont formé l’alliance des PDG leaders du climat et ont publié dans la foulée une lettre ouverte déclarant vouloir travailler avec les pays du G20 pour les « soutenir sur la voie d’une croissance économique durable et d’une prospérité partagée » et proposent des solutions concrètes pour ce faire.

Le signal le plus puissant vient de la finance, et c’est peut-être ce secteur, longtemps si décrié, qui sera le plus important catalyseur de croissance et de transformation. Le discours engagé de BlackRock, premier gestionnaire d’actifs au monde, marque un virage important. Réunies sous la Glasgow Financial Alliance for Net Zero, menée par Mark Carney, 450 institutions financières détenant collectivement 130 billions de dollars se sont engagées à la carboneutralité, ainsi qu’à faire état des émissions de gaz à effet de serre qu’elles financent. Juste au Canada, ce sont 366 investisseurs institutionnels détenant 5500 milliards d’actifs qui ont signé une déclaration afin d’être « un levier pour changer l’économie réelle ». 

Après des années de promesses creuses et d’écoblanchiment, le scepticisme est grand parmi la population. Avec raison. Il est donc vital que l’engagement soit sincère, les démarches transparentes et les engagements, enfin tenus. 

J’ai bon espoir que cette fois, ce sera le cas. Après tout, ce n’est pas seulement une question de bien faire. Les risques liés au climat et les occasions présentées par l’économie verte sont des facteurs qui jouent sur le rendement des investissements actuels et futurs. Pour les entreprises de tous les secteurs, entamer un virage vert, c’est aussi et tout simplement une bonne décision d’affaires. 

Actionnaires, consommateurs, employés : la pression vient de toute part et elle ne va faire que s’amplifier. Même les entreprises les moins convaincues, celles qui traînent encore la patte, n’auront bientôt plus d’autre choix que de s’adapter.

Le compte à rebours est entamé et il est déjà minuit moins une. Chère communauté d’affaires, vous avez rendez-vous avec l’Histoire. Saurez-vous être à la hauteur?

 

Marine Thomas
Rédactrice en chef, Les Affaires
marine.thomas@groupecontex.ca
@marinethomas

À propos de ce blogue

Marine Thomas est rédactrice en chef de Les Affaires. Elle travaille au sein de la rédaction depuis 2016 à titre de directrice de contenu, Journal et Bulletin privilège. Marine est animée par un désir d’offrir à nos lecteurs des contenus pertinents et de grande qualité, que ce soit sous formes papier ou numérique. Par ailleurs, elle agit au CA du Y des femmes de Montréal – YWCA Montreal depuis 2014. Elle est actuellement vice-présidente du CA. Auparavant, elle été rédactrice en chef à la Revue Gestion – HEC Montréal, rédactrice en chef d'Inspiro Média et rédactrice en chef adjointe de Premières en Affaires. Marine possède une maîtrise en Management de la culture et des médias (Spécialité presse et édition) de Sciences Po (Paris).

Marine Thomas

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