Vers une vérité économique autochtone

Publié le 20/09/2022 à 12:00

Vers une vérité économique autochtone

Publié le 20/09/2022 à 12:00

Le parc éolien Mesgi’g Ugju’s’n (MU), qui produit 150 MW d’électricité en Gaspésie, est issu d’un partenariat entre trois communautés Mi’gmaq et Innergex. (Photo : courtoisie Innergex)

BLOGUE INVITÉ. Pour la première fois depuis très longtemps, la vision autochtone de l’économie est soudainement considérée. Notre vision circulaire de voir les choses s’invite de plus en plus dans les modes de gestion contemporaine. Vous n’avez qu’à penser à l’économie circulaire de même qu’aux nouveaux modèles de management circulaire. Ce sont des façons traditionnelles de voir les cycles de vie ou d’utiliser les ressources chez les différents peuples autochtones. Nous avons la mission de protéger notre terre-mère pour au minimum les 7 prochaines générations.

La vérité économique autochtone, c’est que nous sommes désormais présents sur la scène et à la table avec une capacité grandissante à devenir des joueurs majeurs dans le paysage économique québécois, canadien ou mondial. Plusieurs entreprises autochtones au Canada collaborent afin de faciliter la croissance de l’économie autochtone de 32 milliards à 100 milliards de dollars dans les prochaines années.  C’est le cas entre autres du Indigenomics Institute, du Conseil canadien pour l’entreprise autochtone et du First Nations Major Projects Coalition. Grâce à ce travail commun, le gouvernement du Canada a mis en place une exigence qui oblige les ministères et organismes fédéraux à attribuer un minimum de 5 % de la valeur totale des contrats à des entreprises appartenant à des Autochtones. Cet objectif contribuera certainement au développement d’une certaine vigueur économique.

C’est donc dire que nous récupérons enfin la place que nous occupions jadis avec nos routes commerciales fructueuses. L’ouverture à comprendre que nous voulons avoir la responsabilité de notre développement économique est bien présente.

 

De grandes réalisations et de grands chantiers

La vérité économique des Premières Nations au Québec, c’est aussi de grands projets entre les Nations avec des entreprises privées. On assiste de plus en plus à la mise sur pied de projets majeurs ayant comme partenaire une entreprise privée allochtone. Voici trois exemples que je trouve intéressants à souligner.  

Pensons d’abord au parc éolien Mesgi’g Ugju’s’n (MU). Ce projet de 150 MW, qui signifie « Grand Vent » en langue Mi’gmaq, est situé en Gaspésie dans la MRC d’Avignon. Les trois communautés Mi’gmaq du Québec ont créé un partenariat (50-50) avec Innergex. On estime que les retombées pour les trois communautés se chiffreront à près de 250 millions $ (M$) sur 20 ans avec des retombées directes pour la MRC d’Avignon pour une contribution annuelle de 675 000 $. Le projet étant un succès, les partenaires envisagent une deuxième phase avec le projet MU2.

En demeurant dans le registre de l’énergie propre, on peut également penser au parc éolien Apuiat, un projet de 200 MW issu d’un partenariat entre Boralex et les Innus. Il sera situé sur la Côte-Nord, près de Port-Cartier et sa mise en service est prévue pour 2024. Sa mise en œuvre nécessite des investissements de près de 700 M$ et a généré près de 300 emplois dans la région. Un autre projet d’envergure.

Dans la métropole, il y a un spectaculaire projet immobilier à usage mixte issu d’un partenariat entre les Cris (CREECO) et Cogir, que l’on nomme Odea Montréal. L’immeuble sera érigé sur le boulevard Robert-Bourrassa, dans le secteur ouest du Vieux-Montréal, et comptera 435 unités résidentielles. Odea Montréal offrira de nombreux espaces communs et espaces verts à ses futurs résidents. L’art sera également célébré, en collaboration avec la Fonderie Darling. Mathieu Duguay, président et chef de la direction de Cogir Immobilier, déclarait au sujet du projet qu’il deviendrait l’un des monuments culturels et architecturaux de Montréal. Avouez que c’est enthousiasmant.

 

Journée nationale de la vérité et de la réconciliation.

Le 30 septembre prochain marquera la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation en mémoire des victimes et des survivants des pensionnats autochtones. Cette journée, reconnue par le gouvernement du Canada en 2021, est fériée uniquement pour les entreprises relevant du fédéral. Toutefois, quelques entreprises québécoises telles que la Maison Simons et Minerai de fer Québec ont elles aussi décidé de déclarer cette journée fériée au sein de leur entreprise.

Cette Journée nationale existe uniquement parce que la vérité est finalement apparue à tous de plein fouet lorsque les sépultures de 215 enfants ont été détectées sur le site d’un ancien pensionnat autochtone à Kamloops, en Colombie-Britannique. Les images ont fait le tour du monde et le Canada a été pointé sévèrement du doigt pour la façon dont il a traité ses premiers habitants. Depuis, plusieurs macabres découvertes similaires ont été faites; on estime maintenant à plusieurs milliers le nombre d’enfants ayant perdu la vie dans ces pensionnats ou qui ont disparu. Bref, la Vérité avec un grand V, il faut qu’elle soit constatée et réalisée. Le dernier de ces pensionnats n’a fermé ses portes qu’en 1996. Ce n’est seulement qu’une petite quinzaine d’années qui nous séparent de cette sombre réalité. Voilà donc, si cela était un secret de polichinelle, il est maintenant révélé au grand jour.

En terminant, je m’en voudrais de ne pas souligner l’importance que cette réconciliation économique ou entrepreneuriale prend dans l’éducation supérieure. En ce sens, la formalisation de la présence de l’entrepreneuriat des Premières Nations au sein de l’école de gestion ayant forgé le « Québec inc. » (HEC Montréal) constitue un énorme pas dans la bonne direction.

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Comme ce blogue se nomme Perspective autochtone, je veux m’assurer que nous ayons tous la même définition du mot autochtone. Au Canada, les peuples autochtones comprennent les Premières Nations, les Métis et les Inuits. Dans mon texte, je fais parfois référence aux Autochtones et parfois aux Premières Nations.

À propos de ce blogue

Manon Jeannotte est directrice de l’École des dirigeants des Premières Nations, propulsée par l’École des dirigeants HEC Montréal, dont elle est également co-initiatrice. Elle possède plus de 20 ans d’expérience professionnelle auprès des Premières Nations, tant sur les plans de la politique, de la gouvernance et de la défense des droits de ses pairs. Administratrice de sociétés certifiée et titulaire d’un EMBA, elle a été élue pendant 12 ans à titre de conseillère puis de cheffe au sein de sa communauté (la Nation Micmac de Gespeg). Elle a reçu la première bourse pour gestionnaire d’origine autochtone de l’EMBA McGill – HEC Montréal, une bourse du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme et une distinction pour sa contribution à la commémoration de l’histoire des Premières Nations et des Inuit au Québec.

Manon Jeannotte

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