Acheter en panique: le cas de Zoom

Publié le 01/05/2020 à 10:46

Acheter en panique: le cas de Zoom

Publié le 01/05/2020 à 10:46

Un écran d'ordinateur qui montre une visioconférence.

(Photo: Getty images)

BLOGUE INVITÉ. La «vente de feu» en période de crise est un phénomène bien connu. Quant à l'achat en panique, il se produit lorsque les investisseurs sont impatients de suivre une tendance avant de faire les recherches nécessaires. On pourrait comparer ce phénomène à l’achat hystérique de papier hygiénique que nous avons connu ces dernières semaines.

Certains titres ont défié la loi de la gravité en partant du principe qu'ils seraient les grands bénéficiaires de la période de confinement et de distanciation sociale, tout comme de futurs changements du comportement des consommateurs. Tout ceci fait bien du sens selon nous, et il est raisonnable de penser que certains de ces changements seront durables. Mais comme beaucoup d'autres idées véhiculées par le marché boursier, celle-ci pourrait aussi être poussée à l’extrême.

Une brève analyse de l’une de ces entreprises, Zoom Video Communications (ZM., 134,03$US), illustre ce point. Son titre a augmenté de 99% jusqu'à présent cette année. Zoom fournit des outils de communication vidéo et le nombre de participants quotidiens aux réunions sur sa plateforme a dépassé 300 millions de personnes, contre seulement 10 millions en décembre.

Les investisseurs particuliers étaient tellement friands à l’idée de posséder Zoom que pendant une brève période, une société non liée, Zoom Technologies, a connu une hausse de 1800% cette année parce que certains l'avaient confondue avec l'autre Zoom.

Au lieu de suivre les tendances, les investisseurs devraient se questionner sur l'évaluation actuelle de la compagnie. En 2019, Zoom a réalisé un chiffre d'affaires de 623 M$. Avec une capitalisation boursière de 38 milliards de dollars américains, elle se négocie à un multiple de 61 fois les ventes, et non les profits! Le marché prévoit de toute évidence une croissance astronomique des ventes et des profits et il est difficile de s’imaginer une marge de sécurité sans faire des hypothèses très généreuses.

Pour être à l’aise avec l’achat de ce titre, il faut non seulement compter sur des objectifs de revenus et de profits élevés, mais il faut aussi supposer que la concurrence restera les bras croisés. Cela n'a pas été le cas jusqu'à présent. Facebook a annoncé un produit appelé «Messenger Rooms», qui semble très semblable à l'une des principales caractéristiques de Zoom. Dans le même communiqué de presse, la société a également annoncé des changements majeurs dans la communication vidéo sur toutes ses principales plateformes. Tout ceci sera offert gratuitement pour concurrencer Zoom qui, quant à elle, facture des frais d'abonnement mensuel.

Ces sujets de discussion, la valorisation et la concurrence, soulèvent de nombreuses autres questions qui dépassent le cadre de cet article. Il appartient donc à chaque investisseur d'approfondir ses connaissances avant de faire ses choix, sans quoi il faut admettre qu'il s'agit de spéculation et d’achat en panique.

Patrick Thénière, CIM, Associé Barrage Capital

 

À propos de ce blogue

Patrick Thénière et Rémy Morel sont associés et gestionnaires de portefeuille chez Barrage Capital, une firme montréalaise de gestion d'actifs. www.barragecapital.com

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