Aucun regret, vraiment?

Publié le 26/01/2021 à 12:06

Aucun regret, vraiment?

Publié le 26/01/2021 à 12:06

Il me semble sain que ceux d’entre nous qui sont encore dans l’arène professionnelle soient prêts à reconnaitre nos erreurs et nos défauts. (Photo: 123RF)

BLOGUE INVITÉ. « Je n’ai aucun regret, pas un seul. » Ces dernières années, j’ai lu de nombreuses entrevues de PDGs partant à la retraite où ils disaient n’avoir aucun regret. Ma réaction instinctive à cette idée est de lever les yeux au ciel. Proclamer de ne pas avoir un seul regret me parait un peu exagéré, car, au cours de ma carrière, j’ai eu et j’ai encore beaucoup de regrets.

J’ai confié ce sentiment à un de mes amis qui a récemment pris sa retraite d’un poste de direction à la compagnie d’assurance Standard Life. Il m’a dit que lui non plus n’avait pas de regrets à la fin d’une carrière de 35 ans. J’ai également demandé à Bob Brown, il y a quelques années, lorsqu’il a pris sa retraite en tant que PDG de CAE, une entreprise de haute technologie qui embauche près de 10 000 personnes, s’il pensait lui aussi être satisfait de sa carrière. Il m’a dit que oui. Leurs réponses m’ont fait réfléchir : je respecte trop ces deux hommes pour ne pas prêter attention à leurs propos.

La conclusion à laquelle je suis arrivé est que la différence entre ces cadres qui partent à la retraite et moi, et la raison pour laquelle j’éprouve des regrets, est qu’il me reste encore un certain nombre d’années avant de prendre ma propre retraite. À la fin de leur carrière, eux sont parvenus à surmonter leurs échecs et leurs erreurs. Ils ont le sentiment que, dans l’ensemble, ils ont subvenu aux besoins de leur famille et fait du bien dans le monde, et que leur vie professionnelle avait un sens. Ils peuvent prendre leur retraite en paix. En d’autres termes, ils ont trouvé leur raison d’être et celle-ci a défini le cours de leur vie.

Je n’en suis pas encore là. Avec deux enfants en premier cycle universitaire, j’ai encore une dizaine d’années devant moi, surtout si notre plus jeune souhaite faire des études au deuxième cycle. Cela laisse beaucoup de place aux regrets et, tout comme Frank Sinatra dans « My Way, » je pense que c’est une bonne chose. Pourquoi ? Parce que j’ai encore suffisamment de chemin devant moi pour rattraper mes erreurs, pour retourner la situation, ou pour choisir une autre voie à emprunter. Je peux encore changer. Je ne suis pas au bout du chemin, mais au milieu, et c’est ce qui fait toute la différence. 

Il me semble sain que ceux d’entre nous qui sont encore dans l’arène professionnelle soient prêts à reconnaitre nos erreurs et nos défauts. Nous pouvons encore réagir face à certains de nos regrets. Nous avons encore une autre journée, une autre année, une autre décennie de travail devant nous. Nous aurons de nombreuses occasions de nous améliorer, d’apprendre, de nous efforcer de faire mieux. Je crois qu’il est bénéfique pour nous, ceux qui se trouvent au milieu de notre carrière, de ne pas être pleinement satisfait et de continuer à faire des efforts. 

Chaque année, j’ai des regrets. Quelques exemples de l’année passée : ne pas avoir suffisamment pratiqué mon français, avoir passé trop de temps à m’inquiéter de l’avis de l’un des administrateurs de l’université, ne pas m’être exprimé sur certaines questions clés, et ne pas avoir publié mon dernier livre sur les générations Y et Z.

Cette liste est différente de celle de l’année d’avant : j’ai progressé sur certains fronts et perdu d’autres batailles. L’une de mes priorités était de faire avancer ma recherche sur les personnes introverties, extraverties et celles qui se trouvent entre ces deux catégories afin de contribuer à nos connaissances sur la diversité, l’équité et l’inclusion. En 2019, j’ai donné une conférence sur ce sujet à la Harvard Business School. En 2020, c’est aux étudiants du MBA à Stanford que j’en ai parlé. J’ai également pu présenter ma recherche à l’équipe d’Oliver Wyman à New York, ainsi qu’à des groupes d’anciens élèves de McGill basés à Paris, Londres, Boston, New York, Washington D.C., Genève, San Francisco, Toronto, Vancouver et Tokyo. Le fait de pouvoir faire le tour du monde depuis mon salon est certainement l’un des points positifs des logiciels de vidéoconférence que nous avons adoptés plus vigoureusement que jamais auparavant. 

J’aurais aimé faire certaines choses différemment, mais je pense qu’admettre ceci est une bonne chose, car je peux faire face à l’année suivante armé des leçons que j’ai apprises, des erreurs que j’ai à faire excuser et des approches différentes que je peux adopter. Pour moi, avoir des regrets peut être très excitant. Je peux faire mieux. Je peux me rapprocher de cette personne qui, selon Théodore Roosevelt, « s’efforce réellement de passer à l’action ; qui connaît de grands enthousiasmes, de grandes dévotions ; qui se consacre à une noble cause. »

Si je fais cela, peut-être que dans 10 ans, ou même plus si ma santé me le permet, lors de la fête de mon départ à la retraite au Faculty Club de McGill, lorsque je ferai le point sur ma carrière, je mériterais de terminer la citation de Roosevelt. D’après lui, cette personne qui fait de réels efforts pour s’améliorer « connaîtra au mieux le triomphe de la grande réussite, et au pire, s’il échoue, échoue au moins en osant beaucoup, afin que sa place ne soit jamais auprès de ces âmes froides et timides qui ne connaissent ni la victoire ni la défaite. » Alors, moi aussi, je pourrais peut-être dire : « En somme, je n’ai pas de regrets. »

 

Karl Moore et Marie Labrosse. Karl est professeur associé à la Faculté de gestion Desautels et Marie est étudiante en maîtrise de littérature anglaise, tous deux à l’Université McGill.

 

 

À propos de ce blogue

Chaque semaine, Karl Moore, professeur agrégé à la Faculté de gestion Desautels de l’Université McGill, s’entretient avec des dirigeants d’entreprise de calibre mondiale au sujet de leur parcours, les dernières tendances dans le monde des affaires et l’équilibre travail-famille, notamment.

Karl Moore

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