Les plans immobiliers de Valérie Plante et Denis Coderre

Publié le 28/09/2021 à 19:00

Les plans immobiliers de Valérie Plante et Denis Coderre

Publié le 28/09/2021 à 19:00

(Photo: Etienne Delorieux pour Unsplash)

BLOGUE INVITÉ. À Montréal, la question du logement semble être le principal enjeu électoral.

Alors que Valérie Plante souhaite que la Ville ait un meilleur contrôle sur la construction de logements, Denis Coderre vise une plus grande part occupée par le privé. Il espère ainsi qu’il y aura un plus grand nombre de logements construits et que cela crée une pression à la baisse sur les prix.

 

Logements abordables, sociaux et familiaux

Pendant son mandat de quatre ans, Valérie Plante a construit 6000 logements abordables. Si elle est réélue, elle vise à quadrupler le rythme actuel. Dans les dix prochaines années, elle prévoit de mettre sur pied 60 000 logements abordables, soit 6000 par an. Elle compte également dépenser 800 millions de dollars pour l’achat de terrains sur les 40 prochaines années. Ces terrains seraient prêtés à très long terme à des organismes à but non lucratif (OBNL) ou à des promoteurs privés en échange d’une rente. Dans le cas où les logements seraient vendus, leur prix devrait être à 90 % du prix moyen sur le marché privé. S’ils étaient loués, le loyer serait limité à 90 % du marché et les augmentations de loyers seront limitées à 3 % par an. Cette approche est adoptée par certaines villes européennes, ainsi qu’à Burlington au Vermont (sous l’instigation de Bernie Sanders). Ce modèle est d’ailleurs plus approprié pour une coopérative ou toute autre forme d’OBNL que pour des promoteurs privés, alors que les premières dépendent de fonds gouvernementaux pour le financement de la bâtisse. 

Quant à lui, Denis Coderre veut changer le règlement d’inclusion « 20-20-20 », qui exige un minimum de 20 % de logements sociaux, 20 % de logements abordables et 20 % de logements familiaux dans les grands projets immobiliers. S’il est élu, le minimum pour les logements sociaux serait réduit à 15 % et je crois qu’il n’y aurait plus de minimum pour les deux autres types de logements. Denis Coderre veut encourager le privé à construire plus de logements vendus ou loués selon les conditions du libre marché. Il souhaite aussi demander à Québec de gérer le parc immobilier scolaire.

 

Parc de logements locatifs privés

À propos des logements locatifs privés, Valérie Plante aimerait obliger les propriétaires d’immeubles de huit logements et plus à être transparents sur le montant de loyers, sur l’état de leur bâtiment et sur les travaux qui y sont prévus, et ce, tous les cinq ans. Les personnes locatives pourraient ainsi consulter ces informations. 

Denis Coderre souhaite lui aussi un registre des loyers. Il veut également mettre en place un plan pour lutter contre l’insalubrité des logements, qui inclurait notamment les points suivants :

  1. Obliger les propriétaires « commerciaux » à effectuer une inspection de l’insalubrité indépendante pour les logements de plus de 20 ans ;
  2. Augmenter les amendes et instaurer une taxe à l’insalubrité ;
  3. Augmenter le nombre d’inspecteurs et d’inspections, en plus de créer un programme d’inspection préventive dans les arrondissements.

Mes questions aux deux adversaires à la mairie de Montréal

Valérie Plante, combien de dizaines de milliards de dollars seront requises pour financer ces 60 000 logements ? Est-ce que des discussions ont eu lieu avec Québec ?

Comme les logements neufs sont beaucoup plus chers que les logements usagés, 90 % du prix de vente ou du loyer pour un logement neuf, est-ce vraiment abordable pour la classe moyenne ?

Plusieurs logements abordables construits n’ont pas été vendus ou loués à la classe moyenne. Une enquête du Journal de Montréal révélait que plusieurs logements ont été achetés par des médecins, des investisseurs chinois ou des enfants de promoteurs immobiliers. Comment allez-vous corriger cela ?

L’approbation d’un projet de construction est lourde et longue. Avez-vous l’intention de simplifier le processus pour raccourcir les délais ?

Pour chaque 1000 $ de rénovations, le tribunal administratif du logement accorde une hausse de loyer de 1,92$ par mois, ce qui représente un rendement trop faible. Le temps de récupération de cet investissement est donc plus long que la durée de vie de ce qui est rénové. Ainsi, allez-vous interpeller Québec afin de changer cette formule pour que l’incitatif à rénover soit plus fort ?

Le 7 novembre prochain, les Montréalais décideront en qui ils font confiance pour augmenter l’offre de logements.

 

À propos de ce blogue

Courtier immobilier chez KW Connexion, Jean Sasseville aide des investisseurs immobiliers. Actuaire fellow de formation, il a œuvré dans le domaine de l’assurance à Montréal et en Europe. Jean Sasseville a été chargé de cours en actuariat à l’Université du Québec à Montréal. L’immobilier est sa passion et il partage ses conseils et points de vue régulièrement aux lecteurs de «Les Affaires».

Jean Sasseville

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