Dur retour à la réalité… qui était prévisible


Édition de Juin 2022

Dur retour à la réalité… qui était prévisible


Édition de Juin 2022

(Photo: 123RF)

CHRONIQUE. Après plusieurs années euphoriques sur les marchés, il ne faut pas être surpris de voir une baisse prononcée de plusieurs catégories d’actifs. C’était écrit dans le ciel depuis longtemps que des rendements aussi élevés ne pouvaient continuer indéfiniment. Le hic, c’est qu’il était très difficile de savoir quand une baisse généralisée allait se produire.

Un investisseur qui serait sorti des marchés au début de 2021 pensant que les valorisations étaient alors trop élevées n’aurait pas profité de l’une des meilleures années de toute l’histoire et se retrouverait, encore aujourd’hui, avec un portefeuille qui vaut moins que s’il n’avait touché à rien pendant toute cette période.

À long terme, la documentation montre largement qu’il est préférable de ne pas toucher à son portefeuille plutôt que d’essayer de prévoir les aléas des marchés financiers. Je ne pense pas que ce constat soit à risque dans l’environnement actuel.

 

Les incertitudes

Plusieurs investisseurs s’inquiètent depuis quelques semaines, mais la situation actuelle n’est pas si anormale. Lorsqu’il y a des baisses sur les marchés, c’est souvent le reflet d’incertitudes plus élevées. Actuellement, peu d’experts peuvent se vanter de savoir quel sera le taux d’inflation dans un ou deux ans, si les taux d’intérêt continueront d’augmenter aussi rapidement, si la guerre en Ukraine va se propager ailleurs, si les chaînes d’approvisionnement demeureront inefficaces encore très longtemps ou si le prix du pétrole continuera son ascension. Bref, il y a amplement de nouvelles incertitudes qui n’étaient pas présentes il y a quelques mois et qui justifient une volatilité plus élevée et des marchés financiers en baisse.

 

La solution

Le remède viendra par une baisse de toutes ces incertitudes et les marchés réagiront probablement plus rapidement que la publication des données. Ainsi, lorsque les chiffres d’inflation seront de retour à 2 % ou 3 %, ce qui est encore la cible principale de la Banque du Canada, la volatilité sur les marchés aura probablement déjà diminué depuis un certain temps. Ça ne veut pas dire que les rendements exceptionnels seront de retour, mais au moins, en ce moment, on peut s’attendre à de meilleurs rendements futurs que ceux que l’on pouvait espérer en début d’année.

 

Le cas des obligations

Ce qui est un peu plus particulier depuis le début de l’année et qui frappe de plein fouet plusieurs investisseurs, c’est le rendement des obligations. Plusieurs secteurs du marché obligataire ont perdu autant, sinon plus, que certains indices boursiers. La protection historique que procuraient les obligations lors d’une baisse des marchés boursiers ne s’est pas matérialisée cette fois-ci. Mais encore là, ce n’est pas si surprenant. Pourquoi ?

Parce que l’environnement économique n’est pas le même que lors des baisses de marché précédentes. Dans les corrections précédentes, généralement causées par un ralentissement de l’économie, les gouver-nements souhaitaient baisser les taux d’intérêt afin de stimuler l’économie. Ces interventions poussaient la valeur des obligations à la hausse. Ce n’est pas le cas cette fois-ci, bien au contraire.

Actuellement, l’objectif des gouvernements est de ralentir l’économie afin de mieux contrôler l’inflation. Ainsi, les taux d’intérêt augmentent, ce qui réduit la valeur des actifs de toutes sortes, incluant les actions, mais aussi les obligations. La bonne nouvelle, c’est que le marché obligataire devient plus intéressant. En perdant de la valeur récemment, les rendements espérés des obligations sont maintenant plus élevés. Si, de surcroît, l’inflation peut être contrôlée dans un avenir proche, tel que le souhaite ardemment la Banque du Canada, certains secteurs du marché obligataires pourraient rapidement devenir très attrayants.

En attendant que cette volatilité passe, que les incertitudes se dissipent, le statu quo n’est pas une mauvaise approche, pourvu que votre portefeuille soit bien diversifié. Malheureusement, lors de mes plus récentes conversations avec de nouveaux clients potentiels, j’ai pu constater que plusieurs investisseurs n’étaient pas conscients de l’ampleur des pertes que pouvaient subir certains types de fonds, même parmi ceux qui sont catégorisés à faible risque. Par exemple, depuis le début de l’année, plusieurs fonds d’obligations ont généré des pertes de plus de 10 %.

Plus que jamais, il est important de comprendre l’effet des différents facteurs macroéconomiques sur la valorisation des différentes catégories d’actifs afin de construire des portefeuilles adaptés à sa propre tolérance au risque et aussi de comprendre les instruments financiers dans lesquels on investit. On peut bien espérer que la correction en cours dans plusieurs catégories d’actifs soit de courte durée, mais il faut aussi être prêt à passer une période prolongée de faibles rendements, voire de rendements négatifs. Encore une fois, si ce scénario pessimiste se produit, la bonne nouvelle est que les rendements futurs seront probablement plus élevés. Ainsi, à long terme, ne pas toucher à ses placements sans trop suivre l’actualité économique demeure une des meilleures approches à adopter.

À propos de ce blogue

Ian Gascon est président de Placements Idema (www.idema.ca), un gestionnaire de portefeuille qui propose des solutions de placements personnalisées, à faible coût et utilisant des fonds négociés en bourse (FNB). «Les FNB démystifiés» est le premier blogue francophone dédié aux fonds négociés en bourse au Canada et Placements Idema est la première société au Canada à avoir lancé un service en ligne de gestion de portefeuille, maintenant mieux connu sous le terme «robot-conseiller».

Ian Gascon

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