La réindustrialisation, victorieuse de la présidentielle française


Édition du 09 Mars 2022

La réindustrialisation, victorieuse de la présidentielle française


Édition du 09 Mars 2022

Le quartier de la Défense, à Paris (Photo: Ruben Christen pour Unsplash)

ANALYSE. Bien malin qui peut prédire avec certitude qui remportera l’élection présidentielle en France, en avril. Chose certaine, le grand gagnant sera la réindustrialisation du pays, car c’est le seul thème sur lequel tous les candidats s’entendent (avec la réaction de l’Europe face à l’invasion de l’Ukraine par la Russie), aussi bien à gauche qu’à droite, mais avec des approches différentes.

Cette perspective est intéressante pour les entreprises canadiennes. Cette volonté d’accroître le poids du secteur manufacturier dans l’économie française — il est d’environ 10%, comparativement à 13,5% au Québec et à 26,5% en Allemagne — peut représenter des occasions d’affaires importantes, notamment pour les équipementiers.

C’est la raison pour laquelle cette présidentielle doit être sur notre écran radar.

À moins d’une surprise de taille, le président sortant Emmanuel Macron — un centriste, leader de La République en marche — devrait se qualifier pour le second tour, montrent les sondages publiés depuis le début de 2022 (sa gestion de la crise ukrainienne a aussi accru sa popularité).

Duel probable entre le centre et la droite Le scénario le plus probable, c’est qu’Emmanuel Macron affronte un candidat de la droite, car la gauche n’arrive pas à présenter un candidat qui se démarque, à l’exception du leader de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon. Le plus récent sondage Harris Interactive pour Challenges lui crédite 12% des intentions de vote au premier tour, et il progresse.

Non seulement Jean-Luc Mélenchon traîne la patte derrière Emmanuel Macron (24%), mais il est également derrière la candidate de la droite républicaine Valérie Pécresse (13,5%) ainsi que des deux candidats de l’extrême droite, Éric Zemmour (Reconquête) et Marine Le Pen (Rassemblement national), respectivement crédités de 15,5% et 17% des voix.

La probabilité est élevée qu’Emmanuel Macron remporte le second tour et décroche un autre mandat à la présidence de la France. Ainsi, selon les simulations effectuées par le quotidien Le Figaro (à partir des données de NspPolls), Emmanuel Macron gagne haut la main les duels contre Valérie Pécresse (55%; 45%), Éric Zemmour (62%; 38%) et Marine Le Pen (56%; 44%). Malgré tout, il ne faut pas exclure une victoire d’un candidat de la droite à la lumière de l’histoire de la Cinquième République, fondée en 1958.

Lorsqu’un candidat de cette famille politique réussit à faire le pont entre la bourgeoisie patriote et la droite populaire, il peut devenir président, comme en témoigne la victoire de Nicolas Sarkozy. Du reste, pour les entreprises canadiennes, l’identité du futur président a peu d’importance, car cette personne ne remettra pas en cause la volonté de réindustrialiser la France — elle est devenue une politique bipartisane.

La France essaie de se réindustrialiser Cette volonté ne date pas d’hier, fait remarquer Florian Mayneris, professeur au Département de sciences économiques à l’ESG UQAM. L’ancien président socialiste François Hollande a tenté de ramener des emplois manufacturiers en France, mais sans réel succès, souligne ce spécialiste en politique industrielle.

La pandémie de COVID-19 a toutefois accentué l’intérêt pour la réindustrialisation de la France, quand les dirigeants politiques et économiques ont réalisé la dépendance du pays aux importations stratégiques, à commencer par les masques en 2020.

En octobre, le président Macron a annoncé un plan d’investissement de 30 milliards d’euros (43 G$CA) pour réindustrialiser la France d’ici 2030, notamment pour accroître la production électronique et sécuriser l’approvisionnement du pays en semi-conducteurs. Jean-Luc Mélenchon propose quant à lui de taxer à la frontière de l’Union européenne les produits importés qui ne respectent pas les droits de la personne et l’environnement, provenant souvent de pays à faibles coûts de production.

Pour sa part, Marine Le Pen souhaite que l’État français donne un grand coup de barre, par exemple en réduisant les cotisations patronales et en exonérant d’impôt les jeunes entrepreneurs.

 

Risque minime de protectionnisme

Même si un vent de nationalisme économique souffle en France, les entreprises canadiennes ne doivent pas s’inquiéter de l’adoption de mesures protectionnistes, estime Thierry Warin, professeur au Département d’affaires internationales à HEC Montréal. Depuis 2017, l’Accord économique et commercial global facilite les échanges commerciaux entre le Canada et l’Union européenne, et il serait difficile pour la France de modifier les termes de l’entente de manière unilatérale.

Cela dit, les règles sanitaires et phytosanitaires sont plus strictes en Europe dans l’agroalimentaire, et l’UE ne reconnaît pas toujours la réglementation canadienne, selon le Groupe Export agroalimentaire Québec-Canada, la plus importante association d’exportateurs de produits agroalimentaires du pays.

Aussi, les entreprises canadiennes, qui peinent déjà à percer dans ce secteur en Europe et en France, devront demeurer vigilantes, car la réindustrialisation de l’économie française pourrait entre autres s’appuyer sur le renforcement de ces règles.

À propos de ce blogue

Dans son analyse Zoom sur le monde, François Normand traite des enjeux géopolitiques qui sont trop souvent sous-estimés par les investisseurs et les exportateurs. Journaliste au journal Les Affaires depuis 2000 (il était au Devoir auparavant), François est spécialisé en commerce international, en entrepreneuriat, en énergie & ressources naturelles, de même qu'en analyse géopolitique. François est historien de formation, en plus de détenir un certificat en journalisme de l’Université Laval. Il a réussi le Cours sur le commerce des valeurs mobilières au Canada (CCVM) de l’Institut canadien des valeurs mobilières et il a fait des études de 2e cycle en gestion des risques financiers à l’Université de Sherbrooke durant 15 mois. Actuellement, il est inscrit au MBA à temps partiel à l'Université de Sherbrooke. Depuis une vingtaine d’années, François a réalisé plusieurs stages de formation à l’étranger: à l’École supérieure de journalisme de Lille, en France (1996); auprès des institutions de l'Union européenne, à Bruxelles (2002); auprès des institutions de Hong Kong (2008); participation à l'International Visitor Leadership Program du State Department, aux États-Unis (2009). En 2007, il a remporté le 2e prix d'excellence Caisse de dépôt et placement du Québec - Merrill Lynch en journalisme économique et financier pour sa série « Exporter aux États-Unis ». En 2020, il a été finaliste au prix Judith-Jasmin (catégorie opinion) pour son analyse « Voulons-nous vraiment vivre dans ce monde? ».

François Normand

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