Dix scénarios menaçants à surveiller en 2022

Offert par Les Affaires


Édition du 24 Novembre 2021

Dix scénarios menaçants à surveiller en 2022

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Édition du 24 Novembre 2021

Les changements climatiques augmentent la fréquence des sécheresses. De mauvais augure pour ces enfants du Kenya. (Photo: Tucker Tangeman pour Unsplash)

ZOOM SUR LE MONDE. La croissance et l’inflation sont le nerf de la guerre pour toutes les entreprises actives au Québec ou à l’international. Aussi, les 10 scénarios de risque en 2022 que vient de publier l’Economist Intelligence Unit (EIU) devraient les interpeller, car ils pourraient influer sur ces deux éléments. 

Intitulée EIU Risk Outlook 2022, l’analyse de cette division du groupe The Economist regroupe ces 10 risques mondiaux en quatre grandes familles : politique, militaire, économique et environnementale.

 

1. Découplage de l’économie mondiale

Les États-Unis et la Chine se disputent l’influence mondiale. Cela crée une rivalité économique et technologique, comme c’est le cas pour le déploiement de la 5G dans les télécommunications.

Dans un scénario extrême, un découplage économique mondial complet forcerait des entreprises à exploiter deux chaînes d’approvisionnement avec des normes technologiques différentes.

La mise en place de la 5G pourrait être reportée dans certains pays, et d’éventuelles sanctions chinoises feraient augmenter l’incertitude en matière de commerce et d’investissement internationaux.

 

2. Crise boursière aux États-Unis

L’inflation a bondi aux États-Unis en 2021. Plusieurs facteurs responsables, dont la hausse des prix de l’énergie, devraient s’atténuer, alors l’économie se rééquilibra en 2022. Or, si la Réserve fédérale américaine n’arrive pas maîtriser l’inflation, elle devra augmenter les taux d’intérêt.

Étant donné que les ratios cours/bénéfice des actions américaines sont actuellement plus élevés qu’avant le krach de 1929 et la crise financière de 2007-2008, des hausses accélérées des taux d’intérêt pourraient déclencher une crise boursière.

 

3. Effondrement des prix immobiliers en Chine

Le géant de l’immobilier Evergrand a un poids important dans l’économie chinoise. Aussi, son défaut potentiel représente un risque sérieux de contagion financière.

L’État contrôle certes les marchés financiers chinois de façon étroite, rendant improbable une crise financière à grande échelle.

Toutefois, de nombreuses sociétés immobilières chinoises sont également très endettées. Une crise conduirait à un effondrement des prix de l’immobilier, affectant des millions de ménages chinois. La croissance du pays ralentirait et les exportations des entreprises étrangères diminueraient.

 

4. Déraillement de la reprise dans les pays émergents

Les pressions inflationnistes ont déjà conduit certains pays émergents tels que le Brésil, le Mexique et la Russie à relever leurs taux d’intérêt en 2021.

Comme ces pays sont très endettés, des taux d’intérêt plus élevés en 2022 pourraient les inciter réduire leurs dépenses budgétaires, minant du coup la reprise économique.

Les risques seront particulièrement importants dans les pays où l’endettement en devises étrangères est très élevé, à commencer par l’Argentine et la Turquie.

 

5. Apparition de variants résistants aux vaccins

L’un des principaux risques quant à la reprise mondiale est que de nouveaux variants plus agressifs de la COVID-19 résistent aux vaccins actuels.

C’est sans compter que les vaccins ne semblent déjà pas empêcher la transmission du variant Delta, ce qui augmente le risque que les personnes asymptomatiques transmettent le virus.

La propagation continue de la COVID-19 dans certaines parties du monde accroît encore ce risque. Les pharmaceutiques pourraient donc se retrouver dans un cycle perpétuel de devoir mettre à jour leurs vaccins.

 

6. Troubles sociaux généralisés dans le monde

Étant donné l’effet de la pandémie sur les revenus et la qualité de vie, une augmentation des troubles sociaux est possible, y compris dans les pays occidentaux traditionnellement stables et dans ceux où règne un régime autoritaire bien établi.

Les pays où les tensions politiques sont déjà élevées semblent être particulièrement menacés, mais il en va de même pour ceux dont les économies ont été les plus durement touchées par la pandémie.

Des régions telles que le Moyen-Orient, l’Afrique et l’Amérique latine sont très à risque.

 

7. Conflit militaire entre Pékin et Washington

La pression accrue de la Chine sur Taïwan augmente le risque d’un conflit militaire. En théorie, Pékin devrait s’abstenir de déclencher délibérément un conflit direct avec Taïwan de crainte d’une intervention américaine.

Pour autant, les manœuvres chinoises ont augmenté le risque d’une erreur de calcul militaire, telle qu’une collision accidentelle entre des avions de chasse chinois et taïwanais.

Un conflit anéantirait l’économie de Taïwan, y compris son industrie des semi-conducteurs, dont dépendent les chaînes d’approvisionnement mondiales.

 

8. Dégradation des relations entre la Chine et l’Europe

L’imposition, en mars, de sanctions de l’Union européenne contre la Chine pour les violations des droits de la personne au Xinjiang, suivies de sanctions de Pékin contre dix individus et quatre organisations de l’UE, a conduit à une détérioration des relations sino-européennes.

L’accentuation des tensions pourrait laisser les entreprises de l’UE actives en Chine vulnérables aux représailles, comme un boycottage ou une inscription sur la liste noire de Pékin, les privant de contrats publics.

 

9. Famines provoquées par des sécheresses

Les changements climatiques augmentent la fréquence des sécheresses. Jusqu’ici, ces dernières ont été des événements sporadiques dans différentes régions du monde.

Or, ces sécheresses pourraient commencer à se produire de manière plus synchrone et pendant des périodes prolongées, ce qui aurait des conséquences majeures sur l’agriculture mondiale.

De multiples mauvaises récoltes feraient grimper les prix mondiaux des produits de base, sans parler du fait que l’inflation bondirait et minerait la croissance mondiale.

 

10. Paralysie des économies en raison de cyberattaques

La concurrence géopolitique s’accentuera dans les années à venir. Dans ce contexte, les escalades militaires sont plus susceptibles de prendre la forme de cyberguerres.

Cela pourrait conduire à des cyberattaques ciblant, par exemple, les logiciels qui contrôlent les infrastructures stratégiques dans les États, comme les réseaux nationaux de distribution d’électricité.

Un tel scénario perturberait gravement les activités commerciales et créerait une incertitude qui pèserait sur le sentiment des investisseurs.

À propos de ce blogue

Dans son analyse Zoom sur le monde, François Normand traite des enjeux géopolitiques qui sont trop souvent sous-estimés par les investisseurs et les exportateurs. Journaliste au journal Les Affaires depuis 2000 (il était au Devoir auparavant), François est spécialisé en commerce international, en entrepreneuriat, en énergie & ressources naturelles, de même qu'en analyse géopolitique. François est historien de formation, en plus de détenir un certificat en journalisme de l’Université Laval. Il a réussi le Cours sur le commerce des valeurs mobilières au Canada (CCVM) de l’Institut canadien des valeurs mobilières et il a fait des études de 2e cycle en gestion des risques financiers à l’Université de Sherbrooke durant 15 mois. Actuellement, il est inscrit au MBA à temps partiel à l'Université de Sherbrooke. Depuis une vingtaine d’années, François a réalisé plusieurs stages de formation à l’étranger: à l’École supérieure de journalisme de Lille, en France (1996); auprès des institutions de l'Union européenne, à Bruxelles (2002); auprès des institutions de Hong Kong (2008); participation à l'International Visitor Leadership Program du State Department, aux États-Unis (2009). En 2007, il a remporté le 2e prix d'excellence Caisse de dépôt et placement du Québec - Merrill Lynch en journalisme économique et financier pour sa série « Exporter aux États-Unis ». En 2020, il a été finaliste au prix Judith-Jasmin (catégorie opinion) pour son analyse « Voulons-nous vraiment vivre dans ce monde? ».

François Normand

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