Comment la COP26 affectera votre entreprise

Publié le 30/10/2021 à 09:00

Comment la COP26 affectera votre entreprise

Publié le 30/10/2021 à 09:00

Des militants du climat "ont mis le feu" à George Square, à Glasgow, avec une installation artistique de fausses flammes, de fumée et de bannières, ainsi que des extincteurs géants, créant un champ de feu climatique pour accueillir le monde à la COP26. (Photo: Getty Images)

ANALYSE GÉOPOLITIQUE — Plusieurs observateurs parlent du sommet de la dernière chance afin d’éviter un emballement du climat. Chose certaine, le COP26 qui s’ouvre ce dimanche au Royaume-Uni accélérera la lutte aux changements climatique et l’adoption de mesures de plus en plus strictes pour décarboner l’économie.

Cette 26e réunion de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques qui se tient à Glaslow, du 31 octobre au 12 novembre, représente un enjeu majeur pour toutes les entreprises, surtout pour celles dont l’empreinte carbone demeure encore élevée.

Car si les 197 pays présents sont vraiment sérieux pour limiter le réchauffement de la planète à +1,5 degré Celsius par rapport au début de l’ère industrielle (elle s’est déjà réchauffée de 1 degré), ça va faire mal, pour reprendre une expression populaire.

Jugez-en par vous-même.

Au 30 septembre, malgré les nouveaux engagements présentés par plus de 120 pays, l’écart avec les réductions nécessaires pour limiter le réchauffement à +1,5°C était «très important», conclut un rapport rendu public le 26 octobre par le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE).

Les nouvelles promesses réduisent les projections d’émissions pour 2030 de 7,5%...

Seulement 7,5%!

Or, une baisse de 55% est nécessaire pour limiter le réchauffement à +1,5°C et de 30% pour le limiter à +2 °C —et même à ce niveau, l’impact se fera sentir fortement, et ce, des incendies aux inondations en passant par les vagues de chaleur et les décès prématurés.

Cela illustre à quel point il faut accélérer la lutte contre les changements climatiques, et que votre organisation doit aussi se préparer au resserrement des mesures climatiques post-COP26, soulignent les spécialistes.

 

1.Renforcez vos critères ESG

Si ce n’est pas déjà le cas, les entreprises doivent se doter rapidement d’une stratégie en développement durable.

Votre organisation sera ainsi mieux outillée pour réduire son empreinte carbone, mais elle sera aussi mieux perçue par les investisseurs, les consommateurs et les nouveaux employés que vous souhaitez recruter désespérément dans un contexte de pénurie de main d’œuvre.

 

2.Préparez-vous à de nouvelles législations

Depuis la première COP, en 1995, plus de 2000 lois environnementales ont été adoptées au niveau mondial (77 en moyenne par année) pour tenter de limiter le réchauffement climatique, selon le magazine European Business Review.

Ce rythme s’accélérera avec la prise de conscience climatique et la pression croissante des électeurs sur les gouvernements.

 

3.Innovez et adaptez votre entreprise

Comme la lutte contre la COVID-19, la lutte à long terme contre les changements climatiques créera une nouvelle demande pour des biens, des services et des technologies qui seront nécessaires pour décarboner l’économie et limiter l’impact du réchauffement planétaire. C'est l'occasion d'innover et de commercialiser ces solutions le plus vite possible. 

Profitez-en aussi pour renforcer la résilience de votre chaîne logistique (approvisionnement, production, commercialisation), car les catastrophes naturelles affecteront de plus en plus vos fournisseurs et vos clients, surtout ceux qui sont situées dans les zones côtières.

 

4.Soyez un vrai leader climatique

Plusieurs entreprises ont réduit massivement leurs émissions. D’autres en revanche ont décidé d’aller beaucoup plus loin en ne consommant à terme que 100% d’énergie renouvelable.

Ainsi, plus de 300 multinationales influentes, membres du groupe climatique RE100, se sont engagées à atteindre cet objectif, sans parler de celles qui l’ont déjà atteint.

Par exemple, la pharmaceutique AstraZenaca consommera uniquement de l’électricité verte en 2025, tandis que la banque Barclays atteindra cette cible en 2030. Toutes les usines mondiales du fabricant de produits électroniques Apple sont déjà alimentées à 100% d’énergie renouvelable depuis avril 2018…

 

Le Canada, ce cancre du climat

Cette perspective ne fait pas les manchettes, mais de toutes les entreprises actives dans les pays développés, c’est sans doute au Canada où celles-ci devront faire les plus grands efforts pour répondre aux nouvelles exigences climatiques.

Parmi les 197 pays présents à Glasglow, il y a les bons et les mauvais élèves, souligne une récente analyse comparative publiée par le Financial Times de Londres.

Parmi les bons, on retrouve des pays qui ont réduit leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) depuis un an comme la France (-2,46%), l’Allemagne (-3,31%) ou le Japon (-4,04%).

Parmi les cancres de la classe, on retrouve le Canada (+2,37%), la Chine (+2,61%) et les États-Unis (+3,22%).

Et contrairement à un mythe largement répandu, les Canadiens produisent en moyenne plus de GES que les Américains.

En 2018, vous et moi avons produit en moyenne 15,4 millions de tonnes de CO2 par rapport à 15 tonnes de CO2 pour un Américain.

En Europe, les Français, les Britanniques, les Allemands en avaient émis respectivement en moyenne 4,5, 5,3 et 8,4 millions de tonnes en 2018.

Vous comprenez pourquoi la COP26 vous concerne?

 

 

 

 

À propos de ce blogue

Dans son analyse Zoom sur le monde, François Normand traite des enjeux géopolitiques qui sont trop souvent sous-estimés par les investisseurs et les exportateurs. Journaliste au journal Les Affaires depuis 2000 (il était au Devoir auparavant), François est spécialisé en commerce international, en entrepreneuriat, en énergie & ressources naturelles, de même qu'en analyse géopolitique. François est historien de formation, en plus de détenir un certificat en journalisme de l’Université Laval. Il a réussi le Cours sur le commerce des valeurs mobilières au Canada (CCVM) de l’Institut canadien des valeurs mobilières et il a fait des études de 2e cycle en gestion des risques financiers à l’Université de Sherbrooke durant 15 mois. Actuellement, il est inscrit au MBA à temps partiel à l'Université de Sherbrooke. Depuis une vingtaine d’années, François a réalisé plusieurs stages de formation à l’étranger: à l’École supérieure de journalisme de Lille, en France (1996); auprès des institutions de l'Union européenne, à Bruxelles (2002); auprès des institutions de Hong Kong (2008); participation à l'International Visitor Leadership Program du State Department, aux États-Unis (2009). En 2007, il a remporté le 2e prix d'excellence Caisse de dépôt et placement du Québec - Merrill Lynch en journalisme économique et financier pour sa série « Exporter aux États-Unis ». En 2020, il a été finaliste au prix Judith-Jasmin (catégorie opinion) pour son analyse « Voulons-nous vraiment vivre dans ce monde? ».

François Normand