Climat: guerre des titans pour la suprématie mondiale

Publié le 12/02/2021 à 20:26

Climat: guerre des titans pour la suprématie mondiale

Publié le 12/02/2021 à 20:26

Entre 2010 et 2020, la Chine a dépensé deux fois plus que les États-Unis pour combattre les changements climatiques. (photo: 123RF)

ANALYSE GÉOPOLITIQUE — Après la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, nous assistons au début d’une nouvelle guerre sino-américaine, mais cette fois dans la lutte aux changements climatiques. Et l’enjeu de cette bataille n’est rien de moins que la «suprématie mondiale», selon une étude de Bank of America.

«Il ne s'agit pas seulement de sauver la planète. Nous pensons que les stratégies climatiques offrent une voie vers la suprématie mondiale», affirment les analystes de la banque d’investissement américaine, dans un document de 120 pages publié le 2 février.

Les efforts colossaux déployés dans le monde pour combattre la pandémie de COVID-19 nous ont fait en partie oublier que la crise écologique menace tout autant sinon plus à terme nos sociétés.

Uniquement au chapitre des coûts, les impacts économiques des changements climatiques (la destruction d’infrastructures, les inondations, les feux de forêt, etc.) pourraient atteindre 69 000 milliards de dollars américains (G$US) durant ce siècle, souligne cette étude.

C’est énorme.

Cette estimation représente 78,5 % de la valeur du PIB mondial (la valeur de tous les biens et les services produits dans le monde) qui s’élevait à 87 800 G$US en 2019, selon la Banque mondiale.

 

4 000 G$US par année pour décarboner

Pour espérer limiter le réchauffement de la Terre à moins de 2 degrés Celcius par rapport au début de l’ère industrielle (afin d’éviter un emballement du climat), il faut investir 4 000 G$US par année pour décarboner les activités humaines, rappelle Bank of America.

Il faut dire que le temps presse. La température moyenne de la planète a déjà augmenté de 1,1 % depuis le 19e siècle.

Là encore, ces sommes sont importantes: 4 000 G$US représentent un peu plus de deux fois la taille de l’économie canadienne (1 736 G$US, en 2019).

C’est dire les montants d’argent faramineux qu’il faudra mettre sur la table.

Si ces investissements se matérialisent, ils représenteront d’importantes occasions d’affaires. Selon les auteurs de l'étude, la lutte aux changements climatiques sera d’ailleurs l’un des thèmes d’investissement «les plus influents dans les années 2020».

L'indépendance énergétique et le contrôle des chaînes d'approvisionnement (pour acquérir les minéraux critiques et stratégiques, par exemple) seront également un enjeu de taille dans cette guerre pour le climat.

 

Le président chinois Xi Jinping et le président américain Joe Biden, en 2012, à Washington, alors que ce dernier était vice-président des États-Unis. (Photo : Getty Images)

Bref, dans ce contexte, la suprématie mondiale dans la lutte aux changements climatiques ira à la puissance qui pourra concevoir et commercialiser les meilleurs produits et technologies pour l'ensemble de la planète, tout en contrôlant ses approvisionnements stratégiques.

La grande question est qui, des États-Unis ou de la Chine, assurera ce leadership mondial?

Il ne faut pas non plus oublier l’Europe, souligne Bank of America. Le vieux continent abrite déjà 80% des grandes entreprises en technologie propre dans le monde, en plus de contrôler 70% des actifs ESG détenus par les fonds communs sur la planète.

Pour autant, les Chinois semblent avoir pris une longueur d’avance.

Du moins, pour l'instant.

 

La Chine investit plus que les États-Unis

Entre 2010 et 2020, la Chine a dépensé deux fois plus que les États-Unis pour combattre les changements climatiques, soit 1 200 $GUS comparativement à 600 G$US.

Autre signe qui montre la détermination des Chinois: en 2020, les dépenses de la Chine en R-D (dans tous les secteurs de l’économie) ont dépassé pour une première fois celles des États-Unis. 

Cela dit, l’étude souligne que l’administration Biden est en train d’amorcer un virage vert qui ramènera les États-Unis dans la course, à commencer par son projet d’investir 2 000 G$US d’ici 2025 pour combattre les changements climatiques — le «green new deal», pour reprendre une expression consacrée.

Aux yeux des analystes de Bank of Amercia, toutes les actions qui seront déployées dans le monde dans les prochaines années pour limiter le réchauffement seront très structurantes. «Elles joueront un rôle déterminant dans les entreprises et la société pour les décennies à venir», insistent-ils.

Reste à voir quelle puissance sera le moteur de cette révolution verte.

 

 

 

À propos de ce blogue

Dans son analyse Zoom sur le monde, François Normand traite des enjeux géopolitiques qui sont trop souvent sous-estimés par les investisseurs et les exportateurs. Journaliste au journal Les Affaires depuis 2000 (il était au Devoir auparavant), François est spécialisé en commerce international, en entrepreneuriat, en énergie & ressources naturelles, de même qu'en analyse géopolitique. François est historien de formation, en plus de détenir un certificat en journalisme de l’Université Laval. Il a réussi le Cours sur le commerce des valeurs mobilières au Canada (CCVM) de l’Institut canadien des valeurs mobilières et il a fait des études de 2e cycle en gestion des risques financiers à l’Université de Sherbrooke durant 15 mois. Actuellement, il est inscrit au MBA à temps partiel à l'Université de Sherbrooke. Depuis une vingtaine d’années, François a réalisé plusieurs stages de formation à l’étranger: à l’École supérieure de journalisme de Lille, en France (1996); auprès des institutions de l'Union européenne, à Bruxelles (2002); auprès des institutions de Hong Kong (2008); participation à l'International Visitor Leadership Program du State Department, aux États-Unis (2009). En 2007, il a remporté le 2e prix d'excellence Caisse de dépôt et placement du Québec - Merrill Lynch en journalisme économique et financier pour sa série « Exporter aux États-Unis ». En 2020, il a été finaliste au prix Judith-Jasmin (catégorie opinion) pour son analyse « Voulons-nous vraiment vivre dans ce monde? ».

François Normand

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