Beyond Meat: un titre peu appétissant

Publié le 25/11/2022 à 10:00

Beyond Meat: un titre peu appétissant

Publié le 25/11/2022 à 10:00

(Photo: 123RF)

ANALYSE. Le 10 novembre, au lendemain de la publication de résultats financiers trimestriels qui ont suscité une réaction mitigée, le titre du producteur de substituts de viande à base végétale Beyond Meat (BYND, 14,20 $US) a effectué une remontée de plus de 20 % à la Bourse de New York.

Toutefois, par rapport au sommet historique intraséance de 239,71 $US atteint le 26 juillet 2019, le titre a périclité de plus de 90 %. Au-delà de ces fortes fluctuations boursières, on constate que l’intérêt des investisseurs et des consommateurs pour ce type de produit est en recul.

En analysant la performance financière de l’entreprise, Kenneth B. Zaslow, analyste à BMO Marchés des capitaux, parle d’un «déclin des volumes intenable». Les revenus de la société, au troisième trimestre, ont atteint 82,5 millions de dollars américains (M$US), en baisse de 22,5 % sur un an.

Il soutient, par contre, que l’entreprise est passée d’un modèle d’affaires misant sur la «croissance à tout prix»à un autre de «croissance en étant consciente de ses coûts». L’entreprise a d’ailleurs supprimé 19% de ses effectifs, soit environ 200 emplois, à la mi-octobre pour réduire sa structure de coûts.

Ce qui est aussi inquiétant, c’est que Beyond Meat a amorcé l’année avec des flux de trésorerie libres d’un peu plus de 733 M$US, et que ceux-ci ont fondu de 343 M$US en neuf mois pour se situer à 390 M$US au 1er octobre. La société devra trouver les moyens de regarnir son compte en banque rapidement, elle qui ne prévoit pas un retour de la croissance de ses flux de trésorerie avant la seconde moitié de son exercice 2023.

 

Et la suite?

La grande question, c’est qu’après une telle débâcle, le titre peut-il se redresser et au moins repasser au-dessus du prix du premier appel public à l’épargne de mai 2019 à 25 $US ?

Y répondre n’est pas une simple tâche. Comme point de départ, on peut facilement trouver, en ligne, des guides pour nous aider dans nos décisions d’investissement, dont un qui comprend 28 critères à évaluer qui est attribué au milliardaire américain Warren Buffett. En lisant cette liste, force est de constater que Beyond Meat n’est pas nécessairement appétissante en ce moment, même après le plongeon de la valeur de son action.

Au nombre de ces critères, on recherche une entreprise dont les perspectives à long terme sont favorables, qui évolue dans un secteur où il y a de fortes barrières à l’entrée, avec la capacité d’ajuster ses prix à l’inflation, dont le rendement sur le capital est adéquat et qui a historiquement été en mesure de faire progresser ses profits à un rythme supérieur à celui de la moyenne des marchés boursiers. Dans sa plus récente analyse, Kenneth B. Zaslow parle justement de «vents contraires»que la société devra affronter, entre autres de la concurrence féroce dans le secteur des substituts de viande à base végétale et du besoin de fidéliser sa clientèle avec des prix «plus attrayants». Pour les barrières à l’entrée et l’ajustement des prix à l’inflation, on repassera.

Par ailleurs, la perte par action nette de la société au troisième trimestre s’est établie à 1,60$US, alors que les analystes prévoyaient en moyenne une perte de 1,15$US.

Ce même guide demande aussi d’évaluer la capacité des dirigeants à faire preuve d’un haut niveau d’intelligence. Sur ce point, rappelons que l’ex-directeur de l’exploi-tation Doug Ramsey a «annoncé son départ»de l’entreprise à la mi-octobre, quelques semaines après avoir été arrêté pour avoir supposément mordu le nez d’un autre individu. Il avait alors été suspendu de ses fonctions. Ce geste n’a pas de lien avec sa manière d’effectuer son travail, mais reste d’une stupidité navrante.

Mais revenons à la base, c’est-à-dire aux produits. Même si Beyond Meat était rentable et prospère, une visite chez la nutritionniste effectuée à l’été 2019, alors que le titre était proche de son sommet, me ferait encore hésiter à y investir. Durant la consultation, je lui ai entre autres dit que je mangeais régulièrement des galettes Beyond Meat dans mes hamburgers pour consommer moins de viande rouge.

Sa réponse a été pour le moins surprenante. En gros, elle m’a répondu qu’il était préférable, pour ma santé, de consommer de la viande rouge maigre plutôt qu’un produit Beyond Meat. De nombreuses lectures dans des publications spécialisées ont confirmé ses propos.

C’est là le noeud du problème. Les produits de la société sont ultratransformés et contiennent autant de gras saturés et beaucoup plus de sel que des galettes de viande maigre. Si l’empreinte environnementale des produits de l’entreprise est beaucoup moins élevée que celle de la viande, ils ne sont pas pour autant nécessairement meilleurs pour la santé.

J’ai alors pris la décision que ce qui n’avait plus de place dans mon assiette n’aurait pas plus de place dans mon portefeuille.

 

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Denis Lalonde
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