Manufacturier: le Québec fait mieux que l'Ontario et le Canada

Publié le 30/04/2022 à 09:00

Manufacturier: le Québec fait mieux que l'Ontario et le Canada

Publié le 30/04/2022 à 09:00

De 2016 à 2020, le secteur manufacturier québécois a crû plus rapidement que celui de l’Ontario, soit une moyenne de 2% par année comparativement à 0,7% chez nos voisins ontariens. (Photo: 123RF)

ANALYSE ÉCONOMIQUE. Sans tambour ni trompette, le secteur manufacturier québécois connaît une renaissance importante depuis quelques années. À tel point qu’il fait beaucoup mieux que celui de l'Ontario et de l’ensemble du Canada pour plusieurs indicateurs.

Ceux et celles qui lisent mes analyses économiques savent que je n’hésite pas à critiquer les lacunes de ce secteur, à commencer par la relative faiblesse de sa productivité par rapport à la moyenne canadienne ou par sa lenteur à embrasser le manufacturier 4.0.

Pour autant, quand les entreprises manufacturières du Québec font de bons coups, il faut les souligner à grands traits.

C’est exactement ce que permet de faire un document interne chez Investissement Québec (IQ), L’état du secteur manufacturier, réalisé en mars par la Direction des initiatives stratégiques.

Rien de volumineux.

On parle d’une présentation PowerPoint de 28 pages, mais qui comprend une foule de statistiques et de tendances à long terme qui comparent le secteur manufacturier du Québec à celui de l’Ontario, du Canada et des autres pays du G7.

Une petite mine d’or d’information, qui n’a pas eu d’écho sur la place publique.

 

Les bons coups

Commençons par un chiffre qui illustre l’importance stratégique de ce secteur au Québec: 42% des investissements réalisés en R-D au Québec en 2019 ont été faits dans le secteur manufacturier, alors qu’il ne compte que pour 12,7% du PIB (en 2020).

Son poids dans l’économie est beaucoup moins important qu’en 2000, alors que cette proportion était de 19,7%. Le déclin a certes été important, mais le secteur a stoppé sa descente aux enfers dans la décennie 2010 pour se stabiliser — la part du manufacturier dans les pays du G7 s’est aussi stabilisée depuis 10 ans.

Le secteur manufacturier ontarien a connu un déclin similaire sur la même période, passant de 19,3% à 11%. Mais il n’a pas connu « de rebond aussi vif » qu’au Québec de 2016 à 2019, peut-on lire dans le document d’IQ.

Par exemple, de 2016 à 2020, le secteur manufacturier québécois a crû plus rapidement que celui de l’Ontario, soit une moyenne de 2% par année comparativement à 0,7% chez nos voisins ontariens.

De plus, de 2016 à 2020, la productivité du travail (la valeur de PIB produite dans une heure de travail) de nos entreprises manufacturières a progressé de 0,7% par année en moyenne. C’est plus élevé qu’en Ontario (0,2%) et que dans l’ensemble du Canada (0,5%).

Cette performance a d’ailleurs permis de réduire l’écart de productivité du travail avec l’Ontario sur cette période, pour le faire passer de 7,40 $ à 6,10$ par heure (en dollars de 2012).

 

De 2016 à 2020, le secteur manufacturier au Québec a réduit l’écart de productivité du travail avec celui de l’Ontario. (Photo: 123RF)

 

Ainsi, en 2020, un travailleur manufacturier québécois produisait une valeur de PIB de 58,50$ dans une heure de travail comparativement à 64,60$ chez un employé ontarien.

Dans le G7, en matière de productivité du travail (calculé à parité de pouvoir d’achat de 2018 par employé), les entreprises manufacturières du Québec se retrouvent aujourd’hui « en milieu de peloton », souligne Investissement Québec.

Les États-Unis et l’Allemagne sont beaucoup plus productifs que le Québec, tandis que le Canada n’est pas loin devant. En revanche, le Québec fait mieux que la France, le Royaume-Uni et l’Italie, et sa productivité manufacturière est presque similaire à celle du Japon.

 

Les sources d’inquiétude

Malgré sa renaissance marquée, le secteur manufacturier québécois face à deux enjeux de taille pour assurer sa pérennité à long terme.

Premièrement, la part des jeunes (les 15 à 24 ans) dans cette industrie stagne depuis 2008 à 7,8%. En 2000, c’était plus de 12%.

Les entreprises manufacturières devront donc prendre les bouches doubles afin d’attirer davantage de jeunes dans ce secteur, qui n’est pas aussi attrayant que celui du jeu vidéo, par exemple.

Deuxièmement, malgré une légère remontée ces dernières années des femmes dans l’emploi manufacturier au Québec, leur part dans l’industrie est moins importante en 2021 (28,3%) qu’en 2000 (29,7%).

Là aussi, les entreprises devront redoubler d’efforts pour attirer davantage de femmes dans leurs rangs.

Et les postes à combler sont nombreux.

Au troisième trimestre de 2021, le taux de postes vacants était de 6,1%, soit le taux le plus élevé depuis 2015.

Cela représentait 238 050 postes à combler au Québec, avec un salaire moyen de 28$ de l’heure.

 

 


 

 

À propos de ce blogue

Dans son analyse bimensuelle Dans la mire, François Normand traite des enjeux auxquels font face les entrepreneurs aux quatre coins du Canada, et ce, de la productivité à la pénurie de la main-d’œuvre en passant par la 4e révolution industrielle ainsi que la gestion de l’énergie et des ressources naturelles. Journaliste à «Les Affaires» depuis 2000 (il était au «Devoir» auparavant), François est spécialisé en ressources naturelles, en énergie, en commerce international et dans le manufacturier 4.0. François est historien de formation, en plus de détenir un certificat en journalisme de l’Université Laval. Il a réussi le Cours sur le commerce des valeurs mobilières au Canada (CCVM) de l’Institut canadien des valeurs mobilières, et il a fait des études de 2e cycle en gestion des risques financiers à l’Université de Sherbrooke durant 15 mois. Actuellement, il fait un MBA à temps partiel à l'Université de Sherbrooke.

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