Trois enjeux pour Monique F. Leroux

Publié le 13/12/2008 à 00:00

Trois enjeux pour Monique F. Leroux

Publié le 13/12/2008 à 00:00

Par Jean Gagnon

Élue au terme du sixième tour d'une élection âprement disputée, Monique F. Leroux préside la plus importante institution financière du Québec. La fille d'un marchand de chaussures du quartier Hochelaga, à Montréal, fait maintenant partie du cercle restreint des personnages d'influence au pays.

Mais moins d'un an après son élection, le 15 mars 2008, la présidente du mouvement Desjardins navigue en pleine crise financière et elle a des décisions cruciales à prendre.

1. Une ristourne ou pas ?

L'alternative est inévitable : soit verser une ristourne aux membres, soit augmenter les réserves du Mouvement.

En effet, les excédents avant ristournes étant fortement touchés par la crise financière, les dirigeants de Desjardins devront faire ce choix stratégique. Chose certaine, s'ils devaient décider de verser une ristourne, celle-ci serait nettement inférieure à celles des années précédentes.

La nouvelle présidente n'écarte sûrement pas l'idée d'augmenter les réserves. "La crise financière nous enseigne qu'il faut revenir aux valeurs fondamentales et reconnaître l'importance du capital", dit Mme Leroux. Dans le passé, afin d'optimiser le rendement, les institutions financières ont réduit leur capital. Mais lorsque les marchés se sont détériorés, elles ont réalisé qu'elles n'avaient pas le coussin nécessaire pour affronter la situation, explique-t-elle.

Desjardins vise à maintenir un ratio de capital de premier rang supérieur à celui des banques à charte canadiennes, soit 14 %, comparativement à 9-10 % pour les banques. Desjardins étudie la possibilité d'émettre des parts permanentes pour renflouer son capital.

Dans le contexte actuel, la décision de ne pas verser de ristourne pour 2008 n'aurait probablement pas d'effet dramatique sur la perception des consommateurs envers Desjardins, explique Jasmin Bergeron, professeur de marketing à l'UQAM. "Les gens sont tellement sensibilisés aux difficultés que connaissent les institutions financières qu'ils comprendraient la décision", croit-il. Le professeur évoque l'épisode du verglas, moment où le taux de satisfaction envers Hydro-Québec était à son plus haut niveau, alors que des dizaines de milliers de consommateurs étaient privés d'électricité. Tous reconnaissaient les efforts gigantesques fournis par l'entreprise pour affronter des difficultés inhabituelles.

Pour la période de neuf mois terminée le 30 septembre, les excédents avant ristournes aux membres, c'est-à-dire les bénéfices, en langage coopératif, ont totalisé 554 millions de dollars, soit 33 % de moins qu'à pareille date l'année dernière.

De ces excédents, 304 millions ont été mis de côté afin d'être éventuellement versés en ristournes aux membres.

2. L'incertitude sur les résultats

La diminution des excédents est attribuable principalement à la dévaluation du papier commercial adossé à des actifs (PCAA), ainsi qu'à une baisse marquée des revenus de placements des sociétés d'assurance causée par la chute des marchés boursiers.

Des incertitudes planent toutefois quant aux résultats du quatrième trimestre. La restructuration du PCAA est reportée de mois en mois, et rien n'assure qu'elle se fera avant la fin de l'année. Une nouvelle dévaluation demeure possible, si l'on juge que la valeur des actifs sous-jacents à ces PCAA s'est encore détériorée.

De plus, les marchés financiers sont toujours autant, sinon plus volatils, qu'au cours du trimestre précédent. À moins d'un revirement spectaculaire ce mois-ci, les portefeuilles de placement seront sûrement à nouveau touchés.

Enfin, Desjardins Gestion d'actifs a entrepris, en août, de liquider son portefeuille de fonds de couverture (hedge funds), dont le capital était garanti. Elle a été forcée de le faire à cause de la dégringolade des marchés. Il n'est pas sûr que Desjardins pourra récupérer toutes les sommes investies, soit environ 4 milliards de dollars. Elle pourrait alors devoir inscrire une perte à la suite de cette liquidation.

"Hormis les impondérables de la crise financière, les résultats de l'exploitation demeurent extrêmement solides", assure Mme Leroux.

3. Améliorer la transparence

Outre la nécessité de doter Desjardins de suffisamment de capital, la dirigeante tire plusieurs leçons de la crise financière.

"La crise a renforcé ma conviction qu'il est nécessaire d'améliorer la transparence des produits financiers et des institutions dans leur façon de rendre compte de leurs activités", dit-elle. Mme Leroux se fait également un devoir de mieux mesurer le risque réel de perte des actifs financiers. À son avis, l'ampleur de la crise démontre à quel point ce risque a été sous-estimé par les institutions financières.

Les événements extraordinaires de la dernière année offrent aussi des occasions au Mouvement Desjardins, croit Monique Leroux. L'institution a toujours été proche de ses membres, et elle pourra profiter de cette période difficile pour raffermir ce lien de confiance, selon elle. De plus, certains acteurs étrangers vont se retirer des activités de financement, ce qui laissera plus de place à Desjardins, affirme Mme Leroux.

"La crise devrait nous incitera à travailler en partenariat avec les autres institutions, ainsi qu'avec les gouvernements."

jean.gagnon@transcontinental.ca

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