Quatre issues à la crise

Publié le 14/02/2009 à 00:00

Quatre issues à la crise

Publié le 14/02/2009 à 00:00

Le monde tourne au ralenti. Les banques ne prêtent plus. Les Panasonic, GM et Bombardier de ce monde licencient à tour de bras. C'est l'apocalypse, clament les médias. Pourtant, plusieurs entreprises en technologies de l'information et des communications (TIC) ou oeuvrant sur Internet refusent de céder au pessimisme ambiant et se retroussent les manches.

Quatre de ces entreprises nous dévoilent leur plan d'action pour sortir plus fortes du ralentissement actuel.

CanadianTire.ca

Oser cesser de vendre en ligne

Les temps difficiles sont l'occasion de revoir ses processus d'affaires. C'est ce que se sont dit les dirigeants de Canadian Tire, qui ont mis fin, le 29 janvier, au service de vente en ligne et de livraison à domicile de leur site CanadianTire.ca.

C'est loin d'être une décision irréfléchie ou imposée par des dirigeants âgés et dépassés - comme bon nombre de blogueurs, de développeurs de solutions de commerce électronique et d'experts du service-conseil Internet s'époumonent à le clamer.

La fin de la vente en ligne sur le site de Canadian Tire est l'aboutissement d'une réflexion de plusieurs mois, explique Jennifer Sexton, porte-parole de l'entreprise. "Nous nous sommes tout simplement rendu compte que nos clients achetaient très peu en ligne et qu'ils n'utilisaient notre site que pour effectuer des recherches et des comparaisons afin de mieux acheter en magasin." Les ventes réalisées en ligne n'étant pas suffisantes pour justifier les dépenses, "nous avons décidé d'éliminer ce service".

Pas question toutefois pour le détaillant de fermer CanadianTire.ca et de faire une croix sur Internet. "Les ressources affectées à notre service de vente en ligne et de livraison à domicile seront réaffectées à l'amélioration du site en tant que vitrine des produits offerts en magasin et à l'amélioration de l'expérience offerte en ligne à nos clients."

CanadianTire.ca sera refondu et la nouvelle mouture proposera davantage de détails sur les produits, et la qualité des images et des fonctionnalités de recherche seront améliorées.

Wal-Mart ne vend pas en ligne

Pour bon nombre de détaillants, offrir des services de vente en ligne est loin d'être une nécessité, estime Richard Talbot, président de Talbot Consultants International. "Wal-Mart Canada ne vend pas en ligne et s'en sort très bien avec un site Internet qui fait office de vitrine virtuelle de ses produits et de ses magasins."

Pour le consultant, la décision de Canadian Tire s'explique aisément. "Premièrement, les produits vendus par Canadian Tire, à quelques exceptions près, se prêtent moins à la vente en ligne et à la livraison à domicile que d'autres, comme les livres, les CD ou les bijoux", explique l'analyste. Deuxièmement, le détaillant dispose d'un tel réseau de magasins que près de 80 % des consommateurs canadiens se trouvent à moins de 15 minutes de voiture d'un Canadian Tire.

"La majorité des consommateurs sont très peu enclins à recevoir un article plusieurs jours, voire plusieurs semaines, après l'avoir acheté. Ils le veulent maintenant. C'est pourquoi, comme l'a constaté Canadian Tire, ils s'informent en ligne et achètent en magasin", dit M. Talbot.

Ce dernier estime qu'en cette période de récession, plusieurs détaillants canadiens auraient intérêt à se pencher sur leurs activités Internet et à réévaluer la nécessité d'offrir certains services, dont la vente en ligne.

Nstein Technologies

Ralentir en R-D pour accélérer ses ventes

Pour de nombreuses entreprises, c'est l'heure des choix. "Compte tenu des besoins de nos clients [qui représentent autant d'occasions d'affaires], nous avons choisi d'accélérer nos efforts de marketing et de commercialisation et de suspendre nos activités de recherche et développement", explique Luc Filiatreault, président et chef de la direction de Nstein Technologies.

La montréalaise développe des logiciels permettant de gérer le contenu (textes, photos, vidéos) mis en ligne dans des portails d'information.

"Cela fait plusieurs années maintenant que les groupes médias ont entamé leur virage vers Internet. Pour ceux qui ne l'ont pas fait ou qui ne sont pas satisfaits de ce qu'ils ont fait, la crise actuelle accentue cette nécessité. Il y a des occasions formidables que nous ne devons pas manquer", dit M. Filiatreault.

Des ingénieurs au service à la clientèle

Ce dernier a donc "ralenti du côté de la R-D pour pouvoir cogner à davantage de portes". L'effectif du service de la R-D de Nstein a ainsi diminué de 4 % tandis que celui des ventes a augmenté de 50 %. Nstein compte aujourd'hui 165 employés, dont une trentaine aux ventes.

Si certains contrats n'ont pas été renouvelés, il n'est pas question toutefois de mises à pied. Des chercheurs et ingénieurs clés ont été réorientés vers les ventes et le service à la clientèle, où ils fournissent désormais des conseils techniques aux clients.

"La R-D permet de conserver les avantages concurrentiels et de développer de nouvelles applications. Il est toutefois plus facile de vendre ces nouvelles applications à un client qu'on a déjà qu'à un client qu'il faut convaincre de faire le pas", observe M. Filiatreault pour expliquer la stratégie de son entreprise.

Fusepoint Managed Services

Investir pour profiter d'une clientèle en croissance

Le ralentissement de l'économie oblige nombre d'entreprises à se dégraisser. Une fatalité ? Non ! Si certaines sociétés mal gérées ou ayant fait des excès pendant la période faste sont prises à la gorge, d'autres continuent de grossir à un rythme soutenu.

Comme Fusepoint Managed Services, qui vient d'obtenir ses meilleurs résultats financiers. Ses revenus ont explosé de 17,8 % de 2007 à 2008, pour atteindre 42,8 millions de dollars. Et cette tendance devrait se poursuivre si l'on se fie aux premiers mois de 2009, remarque George Kerns, pdg de ce fournisseur canadien de services d'hébergement et de gestion de systèmes informatiques d'entreprise. "Nous sommes conscients du contexte actuel, nous lisons les journaux. Mais force est de constater que la crise n'empêche pas Internet de continuer à progresser, d'être chaque jour de plus en plus utilisé."

Effectif à la hausse

Les besoins en bande passante des entreprises pour desservir leurs clients ne cessent d'augmenter. Ces entreprises sont chaque jour plus nombreuses à avouer qu'elles ne peuvent plus suivre le rythme, qu'elles peinent à gérer des infrastructures informatiques de plus en plus importantes.

"Ces entreprises sont dès lors contraintes de sous-traiter l'hébergement et la gestion de leurs systèmes informatiques à des firmes spécialisées comme Fusepoint. Ce marché est en croissance, et il n'est pas question pour nous de passer à côté", ajoute M. Kerns.

C'est pourquoi Fusepoint, qui emploie actuellement 195 personnes, augmentera ses effectifs de 10 à 20 %, cette année. Elle investira aussi plus de 4 millions de dollars dans les infrastructures et les centres informatiques d'hébergement de son entreprise.

Les sommes nécessaires à ces investissements ne devraient pas être difficiles à trouver. "On parle de resserrement du crédit, mais les prêteurs qui ont de l'argent doivent toujours le placer et le faire fructifier", constate M. Kerns. Ces prêteurs sont beaucoup plus regardants et n'investissent plus dans des projets farfelus sans aucun plan d'affaires.

"Cela ouvre des occasions pour les entreprises dotées d'un bilan financier sain, d'un modèle de gestion solide et d'un marché affichant de bonnes perspectives de croissance. Elles trouveront aisément l'argent dont elles ont besoin pour poursuivre leur croissance", dit M. Kerns.

Québec Loisirs

Étendre son marché grâce à Internet

"Je pense très sincèrement que c'est le bon moment pour investir et être audacieux sur Internet." Régis Ethéart, président de Québec Loisirs et exploitant du site Quebecloisirs.com, joint le geste à la parole. Depuis octobre dernier, son entreprise investit de manière conséquente sur le Web. "Pas question de nous replier en attendant que l'orage passe. Nous allons de l'avant en lançant un nouveau site, Placedulivre.com, qui devrait nous permettre d'augmenter nos revenus", dit le patron du spécialiste québécois de la vente de livres, CD, DVD et jeux par correspondance et par abonnement, filiale du groupe allemand Bertelsmann.

Placedulivre.com, contrairement à Quebecloisirs.com, n'est pas un site de commerce électronique réservé aux membres. Il est ouvert à tous.

"Historiquement, en temps de crise, rien n'est plus rassurant que le cocon protecteur que représente le foyer, observe M. Ethéart. Les consommateurs réduisent leurs divertissement extérieurs et optent pour des loisirs à la maison, loisirs procurés par les jeux [vidéo ou autres], les CD, les DVD et les livres. Nous sommes donc dans le bon créneau. Il convient de l'exploiter au maximum, d'où l'idée de lancer Placedulivre.com afin de toucher encore plus de consommateurs, et pas seulement nos membres actuels."

Le lancement de Placedulivre.com a coûté quelque 150 000 $, indique M. Ethéart, qui ajoute : "Ce n'est pas négligeable pour nous en ce moment."

Le vieux site n'est pas en reste

Les dirigeants de Québec Loisirs continueront d'investir dans Internet dans les mois à venir. D'ici avril, par exemple, de nouvelles fonctionnalités seront intégrées à Placedulivre.com pour pouvoir vendre aux deux millions de francophones vivant aux États-Unis.

Quebecloisirs.com, qui génère près de 40 % du chiffre d'affaires de l'entreprise, ne sera pas délaissé. "Le site est vieux. La crise actuelle est un bon moment pour lui offrir une cure de rajeunissement. Nous allons le rendre plus convivial et plus moderne en introduisant des fonctionnalités 2.0 : espaces de discussion, de partage, etc.", dit M. Ethéart.

Ce dernier entend aussi améliorer la base de données de clients de son entreprise. "Nous disposons des adresses de courriel de la moitié de nos membres. Nous allons investir en marketing pour faire monter cette proportion à 70 %. Une campagne par courriel a de grands avantages, notamment un excellent rendement de l'investissement."

jerome.plantevin@transcontinental.ca

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