Les titres des banques peineront à remonter

Publié le 08/11/2008 à 00:00

Les titres des banques peineront à remonter

Publié le 08/11/2008 à 00:00

Par Jean Gagnon

La crise financière minera la rentabilité des six grandes banques canadiennes en 2009. Une remontée rapide et importante de leurs titres paraît donc peu probable.

Les effets de la forte contraction du crédit à l'échelle mondiale se font fortement sentir au Canada. " Nous assistons maintenant à la grande contagion de la crise financière à l'économie réelle ", explique Jean Roy, professeur titulaire à HEC Montréal.

En effet, le produit intérieur brut canadien a reculé de 0,3 % en août, selon Statistique Canada. Ce ralentissement s'accompagne d'une détérioration du marché de l'emploi, ce qui nuira inévitablement aux banques, avance M. Roy.

Le pire semble à venir. La détérioration de l'économie canadienne devrait se poursuivre, voire s'accélérer au quatrième trimestre ainsi qu'au premier trimestre de 2009, selon les dernières prévisions de Douglas Porter, économiste en chef adjoint de BMO Marchés des capitaux.

Grâce à leur solide capitalisation et à une approche plus prudente, les banques canadiennes ont bien résisté jusqu'ici aux effets de la crise du crédit.

Le sous-indice des sociétés financières a été le seul des 10 sous-indices du S&P/TSX à progresser au troisième trimestre, affichant un gain de 1,7 %. Les autres sous-indices ont perdu entre 5 et 38 %. Pour sa part, l'indice S&P/TSX a perdu 18,8 %.

Les titres bancaires n'ont toutefois pas été épargnés en octobre, le sous-indice des services financiers chutant de 16,6 %, soit une baisse similaire à celle de l'ensemble de la Bourse de Toronto.

Des prévisions de bénéfices trop optimistes ?

Les portefeuilles de prêts des banques canadiennes subiront de lourdes pertes, mais les prévisions de bénéfices établies par les analystes n'en tiennent pas compte, dit Claude Boulos, associé chez Selexia, gestionnaire des fonds d'actions canadiennes de Natcan.

Selon les données compilées par Bloomberg, les analystes prévoient que les bénéfices des banques croîtront en moyenne de 6 % au cours de l'exercice financier 2009 qui a débuté le 1er novembre. Mais selon M. Boulos, dans le meilleur des cas, les bénéfices des banques stagneront au même niveau qu'en 2008; il croit même plus probable qu'ils baisseront de 5 à 10 %.

Afin d'éviter de mauvaises surprises, les investisseurs ont intérêt à attendre que les analystes réduisent leurs prévisions financières, recommande M. Boulos : " Pour acheter avec confiance, il faut attendre que cette révision ait lieu. "

Une réglementation plus stricte

Les banques canadiennes auront d'autres défis à relever au cours des prochains mois, dont le resserrement de la réglementation de leurs activités à la suite de la crise du crédit.

Ce resserrement entraînera des coûts élevés pour les banques. Comme les solutions gouvernementales proposées pour régler la crise ont une portée mondiale, le système bancaire canadien sera lui aussi touché, dit M. Boulos.

Le rendement de l'avoir chutera

La rentabilité des banques sera surtout touchée par une diminution substantielle des revenus provenant des activités sur les marchés des capitaux.

Il y aura une forte baisse des nouvelles émissions d'actions et d'obligations, ainsi que des activités de titrisation et des transactions d'arbitrage que les banques effectuent pour leur propre compte, explique Luc Grenier, gestionnaire de portefeuilles à l'Industrielle Alliance.

Malgré la crise, le rendement de l'avoir des actionnaires des banques s'est maintenu autour de 20 % au cours des trois premiers trimestres de l'exercice 2008, soit la période de neuf mois terminée le 31 juillet.

Le rendement a été aussi élevé parce que les banques profitaient d'un effet de levier important dans leurs activités sur les marchés des capitaux. Elles gonflaient leur rendement de l'avoir en empochant de bons gains sur d'importantes transactions nécessitant peu de capitaux. Mais la crise financière a anéanti la plupart de ces occasions.

En conséquence, Luc Grenier croit que ce rendement tombera sous 10 % en 2009.

Lors de la récession du début des années 1990, le rendement moyen de l'avoir des actionnaires s'établissait entre 6 et 10 %, rappelle Claude Boulos. Entre 1995 et 2002, il s'est établi en moyenne à 15 %. Mais de 2002 à aujourd'hui, il est passé entre 15 et 22 %, avec des sommets atteignant 25 % dans le cas de certaines banques, grâce à l'utilisation d'un effet de levier de plus en plus important.

" Le rendement va retomber à 15 % et peut être chuter davantage ", prévoit pour sa part Claude Boulos.

Des obstacles à la remontée des titres

Les titres bancaires canadiens ont affiché une bonne tenue au troisième trimestre grâce aux fonds d'investissement étrangers, selon M. Boulos.

Les fonds étrangers trouvaient les titres bancaires canadiens plus attrayants que ceux de leurs semblables américaines et européennes, qui sont aux prises avec des radiations d'actif colossales.

" Mais lorsque ces fonds redeviendront plus à l'aise d'investir dans les institutions américaines et européennes, ils délaisseront les banques canadiennes ", dit M. Boulos.

Le gestionnaire de Selexia croit que les investisseurs canadiens réduiront leur participation dans les titres bancaires pour investir à nouveau dans les ressources et les métaux dès qu'ils verront d'un oeil plus optimiste les perspectives économiques.

M. Boulos estime que les investisseurs ayant un horizon à long terme seront toutefois rassurés par le fait que les banques devraient maintenir leurs dividendes. Cela devrait modérer la chute des titres, pense M. Boulos.

" À plus long terme, quand les banques recommenceront à augmenter leurs dividendes, les titres remonteront automatiquement ", dit-il.

BMO Banque de Montréal

Cours 43,02 $

Actif 375 milliards

Rend. de l'avoir 15,8 % (2008)

Rend. dividende 6,5 %

Prévisions 2009

(bén. par action) 4,85 $

C'est la banque la plus exposée, proportionnellement à sa taille, aux conditions du marché du crédit américain. Plus du quart de ses prêts (28 %) ont été consentis aux États-Unis. Seule la Banque TD, avec 25 %, se rapproche d'elle.

Par ailleurs, des accidents de parcours, telle une importante perte liée à des transactions dans le secteur du gaz naturel, laisse croire à une gestion du risque inadéquate.

" Elle pourrait nous réserver d'autres mauvaises surprises ", croit Luc Grenier, gestionnaire de portefeuilles à l'Industrielle Alliance. La Banque de Montréal a aussi été très active dans l'émission de produits à capital garanti.

Son rendement devrait être inférieur à l'ensemble de celui du groupe bancaire canadien au cours de la prochaine année, prévoit Jason Bilodeau, analyste chez TD Newcrest.

C'est elle qui affiche actuellement le plus faible rendement de l'avoir des actionnaires (la mesure par excellence de la rentabilité des banques).

Toutefois, la Banque de Montréal est la cible potentielle la plus souvent mentionnée lorsqu'il est question de fusions bancaires.

Banque CIBC

Cours 54,66 $

Actif 329 milliards

Rend. de l'avoir 22,1 % (2008)

Rend. dividende 6,5 %

Prévisions 2009

(bén. par action) 6,30 $

Preuve d'une gestion de risque inadéquate, la CIBC a été la plus frappée par la crise du crédit. Avec pour conséquence que son titre a chuté de 50 % depuis un an.

Pour éviter que son capital s'effrite trop rapidement, la Banque CIBC s'est empressée de le regarnir le printemps dernier en émettant de nouvelles actions.

Elle devra inscrire au quatrième trimestre une perte supplémentaire de 1 milliard de dollars liée à des transactions avec des assureurs financiers, prévoit André-Philippe Hardy, analyste chez RBC Marché des Capitaux.

Par ailleurs, compte tenu du cours actuel de l'action, le rendement annuel du dividende de la CIBC s'établit à 6,5 %, le plus élevé parmi les banques canadiennes, à égalité avec celui de la Banque de Montréal.

Banque Nationale

Cours 45,21 $

Actif 122 milliards

Rend. de l'avoir 20,1 % (2008)

Rend. dividende 5,5 %

Prévisions 2009

(bén. par action) 5,55 $

Le règlement de la crise du papier commercial adossé à des actifs (PCAA) pourrait à nouveau grever ses résultats en 2009.

En effet, une fois que le PCAA aura été converti en titres à long terme, nous connaîtrons enfin le coût réel de cette aventure.

La Banque Nationale devra aussi accroître substantiellement ses provisions pour pertes sur prêts. André-Philippe Hardy, analyste chez RBC Marché des Capitaux, prévoit que ces provisions atteindront 235 millions de dollars en 2009, comparativement à 110 millions en 2008.

Le caractère plus régional de la Nationale pourrait jouer contre elle. En effet, le ralentissement économique frappera plus durement le Québec et les Maritimes, où ses activités sont concentrées. Elle est absente de l'Ouest du pays, où l'activité économique devrait mieux résister au ralentissement.

RBC Banque Royale

Cours 46,84 $

Actif 637 milliards

Rend. de l'avoir 23,1 % (2008)

Rend. dividende 4,2 %

Prévisions 2009

(bén. par action) 4,35 $

Étant le chef de file de l'industrie bancaire canadienne, la Banque Royale est par défaut le premier choix de nombreux investisseurs, dont Luc Grenier, gestionnaire de portefeuilles à l'Industrielle Alliance.

" Ses activités sont bien diversifiées et elle a exercé une bonne gestion du risque ", souligne M. Grenier.

C'est elle qui affiche actuellement le rendement de l'avoir des actionnaires le plus élevé. La Royale a des activités à l'extérieur du Canada, mais celles-ci ne comptent que pour environ 13 % de ses prêts (en dollars américains). Pour cette raison, elle n'est pas être trop touchée par le resserrement du crédit.

La Royale devra accroître ses provisions pour pertes de 39 % au cours du prochain exercice, prévoit André-Philippe Hardy, de RBC Marchés des Capitaux. Cela devrait être une des plus faibles augmentations parmi les banques canadiennes.

Banque Scotia

Cours 40,19 $

Actif 462 milliards

Rend. de l'avoir 21,1 % (2008)

Rend. dividende 5,1 %

Prévisions 2009

(bén. par action) 3,95 $

La Banque Scotia a surtout misé sur l'Amérique du Sud et sur le Mexique pour son expansion internationale, des régions où les coûts d'exploitation et la concurrence sont plus faibles. Reste maintenant à voir comment ces économies émergentes, qui comptent pour 20 % des revenus de la Banque, traverseront la période de ralentissement économique.

Malgré les temps difficiles que vivent les marchés financiers, la Scotia n'hésite pas à investir dans la gestion de patrimoine. Elle a récemment annoncé l'acquisition de la participation de 37 % que détenait la Financière Sun Life dans CI, une des plus importantes sociétés de fonds communs au Canada.

" Le moment est propice aux investissements dans ce secteur, car il profitera du rebond éventuel des marchés financiers ", fait valoir Luc Grenier, de de l'Industrielle Alliance.

Banque TD

Cours 56,92 $

Actif 509 milliards

Rend. de l'avoir 16,6 % (2008)

Rend. dividende 4,3 %

Prévisions 2009

(bén. par action) 5,95 $

Une banque doit d'abord savoir gérer le risque, avant la croissance, et la TD semble très bien réussir à ce chapitre, selon Luc Grenier, de l'Industrielle Alliance.

" C'est elle qui fait le moins de gaffes ", soutient-il. Elle a entre autres évité la crise du papier commercial adossé à des actifs (PCAA). Sa gestion de risque est très efficace, souligne M. Grenier.

La TD est la seule banque canadienne dont les activités avec les particuliers sont plus importantes que celles avec les entreprises. Elle recueille 52 % de ses dépôts auprès des particuliers, tandis que chez les autres banques, ce pourcentage varie entre 30 % (Banque Royale) et 47 % (Banque Nationale).

Par conséquent, seulement 16 % de son bénéfice provient de ses services aux entreprises, comparativement à une proportion variant entre 22 et 33 % chez les autres banques.

Sources : Bloomberg et RBC Marchés des Capitaux, au 31 octobre 2008

jean.gagnon@transcontinental.ca

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