La nouvelle télé Web de Radio-Canada ne fait pas l'unanimité

Publié le 20/03/2010 à 00:00

La nouvelle télé Web de Radio-Canada ne fait pas l'unanimité

Publié le 20/03/2010 à 00:00

" Cette émission est aussi disponible sur tou.tv ", dit l'annonceur de Radio-Canada. Les téléspectateurs peuvent visionner sur leur ordinateur depuis un mois, quand et où ils le veulent, leurs émissions favorites sans publicité. Plus de 2 000 heures d'écoute offertes gratuitement, un chiffre qui devrait augmenter d'ici l'été. Il s'agit d'émissions qui ont été ou qui sont diffusées par les chaînes de la SRC, ainsi que d'autres produites spécifiquement pour le Web. Cette plateforme remporte déjà un certain succès : plus de 745 000 branchements ont été enregistrés au cours de sa première semaine d'existence, à la fin janvier.

" C'est une nouvelle façon de regarder la télévision ", a dit le vice-président principal de Radio-Canada, Sylvain Lafrance, lors du lancement du site. " Il fallait trouver la bonne façon de proposer au public une offre de rêve, et lui présenter gratuitement une collection imposante d'émissions francophones. "

Tou.tv est-il " la bonne façon " ? Le site ne fait pas l'unanimité et suscite plusieurs interrogations. Le modèle d'entreprise est nouveau et non éprouvé. Ses résultats sont une grande inconnue, à l'image de l'industrie de la télévision qui n'a jamais changé si vite. L'expérience de Radio-Canada, calquée sur celle du site Hulu, aux États-Unis, est scrutée de près par les acteurs du domaine télévisuel.

Lorsque La Galère a été présentée simultanément sur le petit écran et sur le site Web de Radio-Canada, l'an dernier, Josée Vallée n'a noté aucune baisse des cotes d'écoute. " Au contraire, je crois que cela peut aider, dit-elle. Si quelqu'un manque l'émission, il peut la rattraper et suivre la série la semaine suivante à la télé. Les téléspectateurs ne peuvent pas nous manquer, quelle que soit la plateforme. Et ceux qui regardent des émissions sur le Web ne sont pas nécessairement les téléspectateurs réguliers. C'est un nouveau public. "

L'impact sur les ventes de coffret DVD de ses émissions est cependant une grande inconnue, dit Mme Vallée. " Déjà, ce n'était pas un marché important... " Comme pour l'ensemble des maisons de production dont les émissions sont présentées sur Tou.tv, Cirrus a négocié une participation aux revenus publicitaires. Quand revenus il y aura.

" Le modèle d'affaires de Tou.tv peut fonctionner, croit Michelle Blanc. Tôt ou tard, ce site générera des revenus. "

Tou.tv offre son contenu gratuitement afin de rassembler une masse critique qui attirera les annonceurs. " Sans cette masse critique, on ne peut rentabiliser le Web. C'est la première étape. "

Michelle Blanc estime qu'on croit à tort, depuis 50 ans, que la publicité télévisée est efficace. Or, le marketing de masse ne rejoint pas les masses. " Une émission peut avoir des cotes d'écoute de 1,6 million de téléspectateurs, mais qui sont ceux qui regardent réellement les pubs ? Au contraire, sur le Web, on peut quantifier le nombre de clics sur une pub. "

L'Association a terminé en juin 2008 une longue négociation avec l'Association des producteurs de films et de télévision du Québec. sur la question des redevances, et voilà qu'arrive Tou.tv.

Contrairement aux producteurs, les réalisateurs n'ont pas été mis au parfum et ne l'avaient pas vu venir. " Personne n'était au courant de la décision de Radio-Canada. La société d'État a mis tout le monde devant le fait accompli. Ce n'est pas très délicat. Nous sommes dans un flou très peu artistique. Mais avec le Web, ce n'est pas simple. Aucun modèle d'entreprise n'a encore fait ses preuves. "

" Tout.tv générera des revenus " - Michelle Blanc, Analyweb

" Un nouveau public " - Josée Vallée, maison de production Cirrus

" Un flou très peu artistique " - Jean Pierre Lefebvre, Association des réalisateurs et des réalisatrices du Québec

Le modèle retenu par TVA diffère de celui de Radio-Canada. Le diffuseur privé propose la télévision sur demande depuis trois ans, grâce à son service Illico. Toutes les émissions y sont gratuites, à l'exception des séries américaines et des films.

TVA rentabilise le tout puisque tant l'enregistreur numérique que le décodeur doivent être achetés, de même que le service de câblodistribution. " Quand nous avons lancé la vidéo sur demande, nous nous sommes demandé quel serait l'impact sur les cotes d'écoute. C'est un pari de faire migrer l'auditoire vers une autre plateforme. Avec le recul, cela ne nous a pas vraiment nui, même s'il y avait un risque ", dit la directrice des relations avec les médias de TVA.

L'érosion de l'auditoire télé est déjà là, dit-elle, " le statu quo n'était pas une option. Il n'y aura plus jamais deux millions de téléspectateurs en soirée pour regarder Les filles de Caleb. C'est un défi de suivre le consommateur. " Et Tou.tv s'inscrit dans ce changement.

" C'est un pari de faire migrer l'auditoire vers une autre plateforme " - Nicole Tardif, TVA

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