Industrielle Alliance : Yvon Charest est prêt à affronter d'autres tempêtes

Publié le 28/02/2009 à 00:00

Industrielle Alliance : Yvon Charest est prêt à affronter d'autres tempêtes

Publié le 28/02/2009 à 00:00

Par Jean Gagnon

[Photo : Gilles Delisle]

Dès le début de novembre, bien avant que les marchés boursiers touchent leur creux, le président de l'Industrielle Alliance, Yvon Charest, savait qu'il fallait tout de suite préparer le terrain.

À ses yeux, il était clair que les résultats de fin d'année allaient le forcer à prendre des mesures radicales afin de solidifier le bilan de la société financière de Québec et de lui procurer une bonne marge de manoeuvre. Et qu'il faudrait bien expliquer les raisons de ces ajustements aux clients, aux investisseurs ainsi qu'aux employés.

Devançant de près de trois semaines la date de publication de ses résultats vérifiés, l'assureur annonçait le 26 janvier une augmentation gigantesque de ses provisions mathématiques, soit 138 millions de dollars (M$) après impôts. Les provisions mathématiques servent à garantir le paiement des engagements de l'assureur à long terme. Généralement, l'ajustement des provisions s'établit à environ 5 M$.

Il faut dire que le verdict boursier avait été impitoyable. Depuis septembre, les titres boursiers des assureurs canadiens ont été frappés comme jamais auparavant.

Depuis son sommet des 52 dernières semaines, l'action de l'Industrielle Alliance a perdu 57 %. Ses grandes rivales, Manuvie et Sun Life, ont cependant fait pire, se dégonflant respectivement de 64 et de 61 %.

L'accroissement des provisions a eu pour effet d'amputer le bénéfice annuel d'environ 75 %.

"L'augmentation des provisions était nécessaire pour maintenir le cap et préserver la réputation de la société", affirme Yvon Charest, que nous avons rencontré au début février à son bureau de Montréal, où il se rend plus de deux fois par mois.

Les provisions mathématiques de l'Industrielle Alliance s'établissent à 11,8 milliards de dollars. Lorsqu'ils ont déterminé le montant à ajouter aux provisions, les dirigeants de l'assureur ont opté pour la prudence.

"Nous aurions pu nous contenter d'ajouter 70 M$, mais nous avons préféré mettre le double et nous prémunir contre de nouvelles baisses des marchés boursiers et des taux d'intérêt", explique M. Charest.

Cette décision témoigne bien des forces de l'entreprise, indique Jasmin Bergeron, professeur à l'École des sciences de la gestion de l'UQAM. "L'Industrielle Alliance s'appuie sur des assises financières solides et sur une direction des plus compétentes", soutient-il.

Des marchés qui déraillent

Plusieurs facteurs ont miné les résultats des assureurs au cours de la dernière année. Mais c'est la brisure soudaine de la corrélation entre les marchés boursiers et les taux d'intérêt qui a fait le plus mal à l'Industrielle Alliance, précise M. Charest.

Généralement, lorsque la Bourse monte, les taux d'intérêt baissent et, à l'inverse, quand la Bourse baisse, les taux montent. Comme les placements des assureurs sont favorisés lorsque la Bourse et les taux d'intérêt montent, ils gagnent habituellement sur un côté et perdent sur l'autre. Mais rarement sur les deux à la fois.

Or, la corrélation s'est brisée l'année dernière. Les Bourses ont chuté d'environ 35 %, mais les taux d'intérêt à long terme n'ont pas progressé. Ils sont plutôt tombés à un creux inégalé en plus de 40 ans. Le taux des obligations de 30 ans du gouvernement du Canada est maintenant sous la barre des 4 %. La conjugaison de ces deux facteurs a été néfaste pour les assureurs dont la principale activité est l'assurance personnelle, comme l'Industrielle Alliance.

Notons également qu'une dévaluation additionnelle de 14 % du papier commercial non bancaire adossé à des actifs (PCAA) a aussi contribué à diminuer le bénéfice de la société d'un peu plus de 10 M$. Cette nouvelle dévaluation a porté à 29 % la perte de valeur totale du PCAA.

Les résultats du quatrième trimestre se sont donc soldés par une perte de 1,37 $ par action, ce qui a laissé, pour l'ensemble de l'exercice 2008, un bénéfice par action de 0,82 $, comparativement à 2,99 $ l'année précédente.

Par ailleurs, l'Industrielle Alliance n'exerce aucune activité aux États-Unis, de sorte qu'elle n'est pas exposée aux actifs toxiques américains qui ont plombé les résultats de Manuvie et de Sun Life.

Des prévisions prudentes en pour 2009

Que réserve l'année 2009 ? "La situation économique sera difficile pendant un bon bout de temps", dit M. Charest. Bien qu'il soit difficile d'établir des prévisions pour 2009 dans le contexte actuel, les dirigeants de l'Industrielle Alliance jugent important de fournir des indications générales sur ces perspectives.

Ainsi, la société prévoit que le rendement des capitaux propres des actionnaires ordinaires s'établira entre 12 et 14 %. En juin dernier, sa fourchette cible s'établissait entre 14 et 16 %.

Quant au bénéfice par action, l'Industrielle Alliance maintient une cible de 2,50 à 3 $, mais elle prévient que si la Bourse devait terminer l'année à son niveau du 31 décembre dernier, le bénéfice s'établirait dans la partie inférieure de cette fourchette.

Deux voies de croissance

L'immobilier et la gestion de patrimoine demeureront au coeur du développement de l'Industrielle Alliance.

"Étant donné que les prix de l'immobilier étaient plus attrayants en 2008 qu'au cours des deux années précédentes, nous avons augmenté nos placements dans ce secteur pendant la dernière année", dit M. Charest.

Le principal investissement a été l'achat de 50 % de la propriété du 1981, McGill College, à Montréal, estimé à 100 M$. Les taux relativement bas des obligations rendaient l'immobilier d'autant plus intéressant.

Le portefeuille immobilier de l'Industrielle Alliance valait 630 M$ au 31 décembre 2008, une hausse de 31 % par rapport à 2007. L'immobilier compte maintenant pour 4,4 % des investissements totaux de l'assureur, qui s'approche de sa cible de 5 %.

Par ailleurs, l'Industrielle Alliance a réalisé deux acquisitions dans le secteur de la gestion de patrimoine au quatrième trimestre.

Elle a acheté Sarbit Asset Management, qui gérait un actif d'environ 100 M$. Sarbit a été intégrée à Placements IA Clarington, la filiale de gestion de fonds communs de l'Industrielle Alliance. Cette dernière a également acquis le réseau de 300 conseillers financiers québécois de Patrimoine Dundee, dont l'actif s'élevait à 2 milliards de dollars.

Pas de prime de rendement

La chute du bénéfice a amené la société à ne verser aucune prime de rendement aux employés, aux cadres et aux membres de la direction en 2008, contrairement à ce qu'ont fait bien d'autres entreprises du secteur financier.

"Personne n'a touché de prime cette année parce que l'élément déclencheur que constitue le bénéfice n'était pas au rendez-vous", explique M. Charest.

Yvon Charest, un dirigeant respecté

Yvon Charest est l'un des dirigeants d'entreprises québécoises les plus respectés au Québec.

À preuve, il vient d'être nommé "Personnalité financière de l'année 2008" par le journal Finance et Investissement, publié par Médias Trancontinental, tout comme Les Affaires.

Il est le seul à recevoir cet honneur pour la deuxième fois, ayant déjà remporté le titre en 2004. De plus, il s'est classé à deux reprises en deuxième position.

jean.gagnon@transcontinental.ca

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