Éviter la faillite des régimes de retraite sans sacrifier les jeunes

Publié le 19/01/2013 à 00:00

Éviter la faillite des régimes de retraite sans sacrifier les jeunes

Publié le 19/01/2013 à 00:00

Reporter l'âge de la retraite est inévitable, mais il existe des solutions complémentaires pour corriger la sous-capitalisation des régimes de retraite à prestations déterminées et favoriser l'équité intergénérationnelle, soutient Claude Lamoureux.

Le financier, qui s'adressait fin novembre aux employés de la Régie des rentes du Québec, a proposé de s'inspirer de l'exemple des Pays-Bas. M. Lamoureux et d'autres conférenciers participaient à un colloque de la RRQ.

«Il va falloir en faire, des sacrifices. Que les Néerlandais aient réussi à le faire [sauver les régimes à prestations déterminées], je dis : chapeau. Ils ont réagi rapidement après l'éclatement de la bulle techno, et c'est ce qu'il faut faire dans le domaine des pensions», a affirmé en entrevue l'ancien président de l'Ontario Teachers' Pension Plan.

Les Pays-Bas ont choisi de préserver les régimes à prestations déterminées, qui couvrent la vaste majorité des travailleurs du pays, car ces régimes sont beaucoup plus avantageux. L'écart par rapport aux régimes à cotisations déterminées atteint 38 % en moyenne. Mais pour préserver cet avantage, le pays a troqué les régimes de salaire final contre des régimes de salaire de carrière. Au lieu de déterminer les rentes selon les meilleures années de salaire, généralement les dernières, les rentes sont établies en fonction du salaire gagné pendant toute la carrière. Cela diminue les prestations, mais demeure plus payant qu'un régime à cotisations définies, selon les études actuarielles.

«La raison, c'est que les gens ne savent pas comment investir. Je ne veux insulter personne, mais c'est démontré. Les gens n'en ont ni le temps ni l'éducation», constate M. Lamoureux, ajoutant que même les professionnels entretiennent souvent une vision à court terme de l'investissement, alors que les fonds de retraite doivent être envisagés sur 100 ans.

Partager le risque

Les Pays-Bas, comme plus près de chez nous le Nouveau-Brunswick pour ses fonctionnaires, ont aussi choisi de se libérer de l'indexation automatique des rentes selon la hausse du coût de la vie. Les rentes ne sont indexées que les années où les régimes de retraite engrangent des surplus. C'est une manière de partager le risque entre les travailleurs actifs et les retraités.

L'évolution démographique commande ce partage de risques, selon M. Lamoureux, qui siège au comité D'Amours sur l'avenir des régimes de retraite au Québec. Le financier donne en exemple la caisse de retraite des enseignants ontariens, qui pouvait compter sur dix travailleurs pour un retraité dans les années 1970, alors qu'aujourd'hui, le ratio est d'un travailleur et demi pour un retraité. «Ça ne tient plus la route de faire peser le risque seulement sur les jeunes», considère-t-il.

Cela est d'autant plus vrai que beaucoup de régimes ont été sous capitalisés, les décideurs ayant imaginé l'éternité des rendements faciles des années 1980 et 1990. La pensée magique a aussi amené des villes et des États à offrir des bénéfices intenables. M. Lamoureux cite le cas des pompiers de New York, dont plusieurs se sont retirés après les attentats de 2001, à l'occasion desquels ils avaient effectué des heures supplémentaires comme jamais. Leur rente était comptabilisée selon la dernière année de salaire, heures supplémentaires comprises. Retraités, ils gagnent aujourd'hui davantage que s'ils étaient encore actifs.

«Quelle société a les moyens de se payer ça ?» demande-t-il, précisant que des villes américaines ont dû déclarer faillite à cause d'une gestion similaire. Chez nous, la loi empêche les municipalités de faire faillite, ce qui est un non-sens aux yeux de M. Lamoureux, dans le contexte où leur passif n'est pas comptabilisé dans les finances de l'État.

Liberté 70 ?

Puisque l'espérance de vie augmente d'un mois par an à partir de 65 ans, Claude Lamoureux calcule que l'âge de la retraite aurait déjà dû être reporté de quatre ans. De plus, il considère que les gouvernements devraient vite faire des provisions pour les coûts de santé qui vont exploser. La dernière année de vie représente en moyenne des dépenses de 100 000 $ en santé. Ainsi, quand les baby-boomers arriveront en fin de vie, le choc sur les finances publiques sera considérable. À moins que des actions ne soient entreprises rapidement. «Si nos politiciens sont convaincus de ces choses-là, ça se vend. Mais il faut qu'ils en soient convaincus et qu'ils agissent», dit-il.

Le poids des aînés s'accroît

Proportion des 65 ans et plus dans la population

Au Québec

2011 16 %

2031 27 %

Au Canada

2011 14 %

2031 23 %

Source : Présentation de Claude Lamoureux

En 2011, il y aura 3,9 participants actifs au régime des rentes du Québec pour un retraité. En 2031, ce sera 2. Source : Présentation de Claude Lamoureux

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